Les « Utopies réalisées ». Les cinq sites de la région lyonnaise

L’unité d’habitation de Firminy-Vert, façade

L’unité d’habitation de Firminy-Vert

Le quartier des États-Unis à Lyon (1917-1934) : le maire de Lyon, Edouard Herriot, confie le projet d’aménagement de la ville à Tony Garnier dont il apprécie le projet de cité industrielle, modèle inspiré des idées fouriéristes. Cet architecte, qui lie intimement urbanisme et habitat social, veut appliquer les principes des Utopies réalisées : libre disposition du sol, extension de la notion d’espace public, séparation des fonctions, hiérarchisation des voies de circulation. Pour des impératifs de densification, Garnier doit accepter de surélever les immeubles de deux étages, de réduire la surface des jardins et de réduire les équipements prévus. Malgré tout l’opération est innovante : en 1924 sont livrés 1400 logements dotés de wc et de douches, avec des commerces au rez-de chaussée. Ces logements, enserrés dans des murs en béton, sont rationnellement distribués. Les formes avant-gardistes du site font très vite débat. Le style Tony Garnier, homme de transition, se dégage, métissant composition classique, culture méditerranéenne et sensibilité à l’art déco.

Le quartier des Gratte-Ciel à Villeurbanne (1931-1934) : sensible à la construction d’immeubles de grande hauteur qui permettent de densifier, le maire Lazare Goujon confie l’aménagement de sa ville à l’ingénieur Jean Fleury et à l’architecte Morice Leroux. Comme celle de Lyon, cette expérience reste exceptionnelle pour l’époque avec 1400 à 1600 logements inaugurés en 1934. Pour la première fois en France, un centre-ville est dédié à des logements ouvriers et à d’importants équipements destinés à des populations ouvrières. Fleury et Leroux ne produisent pas une pensée théorique neuve mais s’intéressent à l’innovation et mettent en place une réglementation administrative articulée sur le projet architectural. Il n’existe pas alors de cadre juridique et financier ad hoc pour ce genre d’opération mais la municipalité se montre inventive en créant une société d’économie mixte associant fonds publics et fonds privés. Le retrait précoce des investisseurs privés et la crise économique entraînent la défaite de Goujon aux élections et des problèmes financiers qui dureront jusqu’aux années 1960. Ici l’audace est surtout technique avec la construction en hauteur, l’emploi de structures métalliques et de briques creuses masquées par un enduit. La composition est classique : alignement régulier des immeubles le long d’un axe majestueux aboutissant à un imposant bâtiment public, verticalité, aspect massif lookkçdes monuments, stricte symétrie des façades, maintien du décor. Cependant, les gradins, qui relèvent de l’héritage hygiéniste, et les deux gratte-ciel témoignent d’une modernité plus radicale avec une touche Arts déco.

Firminy-Vert (1953-1961) : le maire de cette ville minière, Eugène Claudius-Petit, ancien ministre de la Reconstruction a appliqué ici les principes du Mouvement moderne et de la Charte d’Athènes. Il fait appel à une équipe de jeunes architectes modernes. L’aménagement de cette ville « sinistrée » couvre 50 hectares. C’est un véritable plan de développement qui débute en 1957 et doit durer 15 ans : on prévoit 1000 logements HLM en hauteur, dégageant de vastes surfaces vertes où doivent être installés des équipements publics (centre commercial, écoles, caserne de pompiers, stade). Le Corbusier reçoit commande pour la Maison de la culture (1955-1969), le stade municipal (1955-1968), l’église Saint-Pierre (1961-2006) et l’unité d’habitation (1959-1967). On commence par créer ou améliorer les réseaux d’adduction et de traitement des eaux. Voirie et équipements sont achevés en même temps que les immeubles d’habitation, ce qui est exceptionnel à l’époque pour les grands ensembles. C’est un ensemble cohérent qui est réalisé, en réponse à l’ambition politique et architecturale d’améliorer les conditions de vie dans cette petite ville ouvrière. L’ensemble de cette cité, conçue par Le Corbusier, est harmonieux : le stade, niché dans le creux de la cuvette naturelle, est surplombé par la Maison de la culture inclinée en porte-à faux et par l’église Saint-Pierre dans l’esprit de renouveau de l’architecture religieuse. C’est surtout l’unité d’habitation qui pour Firminy est l’emblème du renouveau architectural, elle se rapproche de la cité radieuse de Marseille par ses importantes dimensions et sa capacité (1800 habitants pour 414 appartements répartis en six types différents) mais sa réalisation se heurte à la limite des crédits HLM. Le Corbusier doit renoncer à la rue commerçante, se battre pour imposer les loggias brise-soleil et accepteriez isolation phonique moins soignée. Comme à Marseille sont proposés trois modules complémentaires autorisant de multiples combinaisons. Le Corbusier y rajoute trois caractéristiques rares dans les logements HLM traditionnels : l’organisation en duplex, la double orientation et la double hauteur du séjour. Après la mort de l’architecte en 1965, son oeuvre est reprise par de jeunes architectes. A Wogensky achève notamment en 1969 l’unité d’habitation et l’école maternelle qui a été construite sur son toit-terrasse.

Le couvent de la Tourette à Eveux sur l’Arbresle (1953-1960) : Ce couvent illustre, comme celui de Ronchamp, le mouvement de renouveau de l’architecture religieuse dirigé par les commissions d’art sacré. Il y a désaccord sur l’introduction d’oeuvres d’art moderne dans les églises et la réflexion porte sur la dimension sacrée de l’architecture avec une réflexion sur l’espace, la lumière, la plasticité des matériaux et la couleur. Les Dominicains considèrent Le Corbusier comme un architecte qui a le sens du sacré et, en 1936, ils lui passent commande pour la construction du couvent de la Tourette. Les pilotis permettent de s’adapter à la forte déclivité du terrain. Le bâtiment comporte cinq étages mais le chemin de crête accède au troisième niveau (accueil, étude). Au dessus, sur deux étages, se trouvent les cellules des moines. Le quatrième niveau est consacré à la vie collective (réfectoire, chapitre, atrium). Il est desservi par deux larges couloirs. Au cinquième étage, en bas, on trouve la cuisine, une salle comune des caves. Dans les 104 cellules, de 1,83 sur 5,92 m, chacun dispose d’un lit, d’un bureau, d’un placard, d’un lavabo et d’une loggia brise-soleil. L’église en béton brut et couronnée d’une terrasse accessible. Le Corbusier, après Ronchamp, renoue ici avec les formes géométriques simples et reprend les thèmes du Mouvement moderne : toit-terrasse, promenade architecturale, pilotis, absence de décor. A la Tourette, est employé pour la première fois en architecture le béton précontraint. Ce chantier expérimental est une approche ouverte à l’innovation et à la transgression. Le matériau majeur du couvent est cependant la lumière avec des sources variées : brise-soleil et loggias pour les cellules, fentes lumineuses dans les couloirs, fin liseré de lumière sous le toit de l’église et “mitraillettes à lumière” au dessus de la sacristie. Avec l’aide de Iannis Xenakis est imaginé un jeu d’ombres portées au sol et sur les murs, changeant selon la course du soleil. La Tourette est avec Ronchamp le sommet et le symbole du renouveau de l’art sacré à cette époque. Le couvent est aussi un modèle organisationnel, archétype de l’harmonie entre l’individuel et le collectif, un aboutissement des modèles conceptuels des Utopies réalisées.

La cité des Étoiles (Givors 1974-1981) : dans un contexte où le logement social est absent et où prédominent les taudis, le maire, Camille Vallin, fonde une société d’économie mixte. L’architecte Jean Renaudie, sur le modèle de la cité qu’il a conçue pour Ivry, propose pour la vieille ville de Givors un programme de construction de 207 appartements (HLM, location, accession à la propriété). Tous les appartements sont différents et bénéficient de terrasses végétalisées. S’y ajoutent 1500 m² de commerces et 3000 m² d’équipements. Ce programme reste modeste car depuis 1973 il à été mis fin à la politique des grands ensembles. Cependant les principes fondateurs de la modernité restent en vigueur. L’utopie est triple : offrir à chaque habitant son logement propre dans un ensemble collectif ; construire des logements sociaux en centre ville ; s’adapter à la morphologie d’origine en restant fidèle aux principes de l’architecture moderne. Celle-ci perpétue un langage de formes primaires, les triangles. Renaudie refuse l’ornement et emploie des matériaux comme le béton brut. Sur la base d’un constat de la diversité humaine, l’architecte refuse tout a priori et ne veut pas d’un logement standard. Il n’y a donc pas de plan type. Il ne s’agit pas d’imiter les formes d’habitat ancien mais plutôt d’en retrouver l’esprit avec des formes variées, étagées sur la colline. L’organisation de la Cité des Étoiles est complexe, avec ses neuf blocs desservis par de multiples entrées et relié par trois couloirs habités. Les circulations ne sont pas lisibles d’emblée et à l’extérieur les ponts de vue sur la cité sont multiples. Renaudie combiné les triangles en jouant sur l’ouverture des trois angles ce qui génère de grandes diagonales ménageant dans les appartements des échappées visuelles illusionnistes qui amplifient les espaces. On note aussi l’étagement des toits-terrasses, privés ou publics et souvent végétalisés. L’intégration dans la nature éloigne encore de l’image de grand ensemble. Les nombreux espaces privés et publics (passages, placettes, places) sont entourés de commerces et d’équipements ce qui favorise les rencontres et la convivialité.

Voir le site :
Utopies réalisées, un autre regard sur l’architecture du XXe siècle.

A redécouvrir : les « Utopies réalisées » de la région lyonnaise

La chapelle de Firminy

La chapelle de Firminy

Il y a 40 ans, le treizième arrondissement de Paris a connu une opération d’aménagement qui l’a complètement métamorphosé. La construction en série de tours a fait débat mais on a aussi déploré l’absence des équipements promis et l’éviction des anciens habitants, « chassés » vers la lointaine banlieue. D’autres expériences contemporaines ont montré qu’on pouvait faire autrement : c’est le cas des cinq opérations menées en région lyonnaise qu’on a qualifiées « d’Utopies réalisées » :
* Le quartier des Etats-Unis de Tony Garnier à Lyon (1917-1934)
* Le quartier des Gratte-ciel de Morice Leroux à Villeurbanne (1931-1934)
* Le site Le Corbusier à Firminy-Vert (1953-1969)
* Le couvent de la Tourette de Le Corbusier à Evreux-sur-l’Arbresle (1953-1960)
* La cité des Étoiles de Jean Renaudie à Givors (1974-1981)

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Les cinq programmes, mis en œuvre à l’initiative de maires soucieux de répondre au besoin pressant de logements et plus particulièrement de logements sociaux, ont été conçus et réalisés par des architectes et urbanistes appliquant les idées du « Mouvement moderne ». Ce courant de pensée, qui a inspiré tout le XXe siècle, a eu l’ambition d’élaborer un contre-projet de société améliorant les conditions de vie des habitants au moyen d’une architecture de qualité. Les idées de ce Mouvement moderne, relèvent de l’utopie, dans le sens positif de la recherche d’un monde meilleur et d’une action d’avant-garde. L’invention proposée est en rupture avec les idées dominantes de l’époque ; elle n’est pas forcément réalisable dans l’immédiat, mais elle pourra être mise en application lorsque seront réunies les conditions politiques, économiques, sociales et culturelles adéquates. L’urbanisme n’est plus fondé essentiellement sur des règles esthétiques mais il est au service de l’homme et de ses besoins.

Cette architecture, qui s’inspire notamment de la Charte d’Athènes, repose sur un nouveau langage plastique : la géométrie et la simplification des formes lui donnent un caractère « universel », qui s’adresse à tous quels que soient le lieu, l’époque ou la condition sociale. La démarche se décompose en plusieurs phases : « diagnostiquer », « inventer », « agir ». On constate au départ l’urgence de construire et reconstruire, d’éradiquer les taudis mais le recours à l’utopie prend une dimension politique et sociale. L’homme nouveau doit disposer d’un espace qui lui est propre – cellule de moine ou cabine de paquebot – mais il doit aussi avoir accès à des services et lieux collectifs proches. La ville est un lieu où on habite des bâtiments conçus selon les principes de liberté de plan et de passage de la lumière mais, à côté des logements, les espaces publics, les équipements et la verdure ont aussi leur place. L’urbanisme des « Utopies réalisées » propose une séparation des fonctions (habitat, travail, loisirs, administration, services) et une hiérarchie des flux de circulation (voies piétonnières notamment). L’emploi de matériaux nouveaux, comme le béton armé ou le métal, a pour but d’assurer une rationalisation du processus de construction et un contrôle de qualité que ne permettent pas les matériaux traditionnels.

La visée politique et sociale de cette architecture révolutionnaire rencontre très vite la critique qu’alimentent rapidement les difficultés budgétaires : dès 1935, le site de Villeurbanne est controversé. À partir des années 70, le discrédit porté sur l’urbanisme des grands ensembles retombe sur les réalisations inspirées par le Mouvement moderne qui s’est inséré après-guerre dans la politique de construction massive de logements impulsée par le ministère de la Reconstruction, illustrée notamment par la volonté de réaliser en nombre des logements sociaux (8 millions entre 1953 et 1973). La remise en question de le Corbusier et de ses conceptions en matière d’architecture provoque des débats passionnés, notamment à propos de Firminy-vert et de son maire Eugène Claudius-Petit.

Un long processus de redécouverte s’amorce à partir des années 1980 auquel participent les habitants de ces cinq sites. Le regard des experts, comme celui du grand public, mesure désormais l’apport social et culturel d’une réflexion originale sur la ville telle que celle des “Utopies réalisées” de la région lyonnaise. Ces dernières, élaborées en réponse à la grave pénurie de logements, proposait des solutions de qualité qu’on ne retrouve pas à la même époque dans les “grands ensembles” de tours et barres construits en série et au moindre coût. Si on construisait en hauteur sur ces cinq sites c’était pour dégager au sol un espace au service de l’habitant qui y a trouvé effectivement de quoi satisfaire ses besoins individuels et collectifs. Notons qu’on retrouve en région parisienne un écho très intéresant de la recherche architecturale novatrice de cette époque dans la cité construite à Ivry par Jean Renaudie (1970-1975).

Voir le site :
Utopies réalisées, un autre regard sur l’architecture du XXe siècle.

Deux « petites » tours en duo

C’est Jean Nouvel qui édifiera à Masséna, d’ici 2018, les deux tours Duo de 175 et 115 m, hébergeant bureaux, commerces et hôtel. Pour Anne Hidalgo, ce projet innovant est un signal fort visible depuis les villes voisines et il contribue à l’implantation d’un nouveau quartier urbain attractif, ouvert sur Ivry. Il est aussi prévu deux autres tours et des immeubles de logement plafonnés à 50 m. Notons que le projet de Portzamparc avait eu la préférence des associations et conseils de quartier de la concertation PRG.

Le projet des tours Duo de Jean Nouvel pour le quartier Masséna Bruneseau

Le projet de Jean Nouvel à Masséna Bruneseau : les tours Duo

Le projet Nouvel, revendiqué comme moderniste, rencontre les critiques de ceux qui n’en aiment pas l’esthétique ou y voient de la mégalomanie. La question de la forme, la tour, ne se pose plus car pour cette opération la limitation des hauteurs, fixée depuis 1977 à 37 m, a été assouplie en 2010. La vive opposition manifestée alors (Verts, membres de la concertation) n’a pas été entendue. De même n’ont pas été pris en compte les arguments sur le coût des tours et sur leur difficulté à s’insérer dans le contexte urbain. L’objectif de densifier l’habitat n’est pas convaincant car, si on gagne de l’espace en hauteur, il y a une importante perte de place en surface.

Pourquoi des bureaux en centre-ville  plutôt que des logements ? Pourquoi ne pas privilégier des activités d’artisanat et de logistique traditionnelles ici où l’infrastructure de transports (route, rail, navigation fluviale) est exceptionnelle ? Le terrain, voisin du périphérique et de l’usine de traitement de déchets, est difficile car il est enclavé et accidenté. Les capacités locales de transport répondront-elles à l’intensification des déplacements à prévoir ? Le prolongement du tramway est imminent mais il faudrait au moins une décennie pour réaliser celui de la ligne 10.

Le nouveau quartier attendu sera-t-il vraiment aussi attractif que prévu, avec un environnement plutôt ingrat, la concurrence de centres voisins (Bercy, Ivry) et la difficulté, accrue par la crise économique, d’assumer les prix du foncier et des charges ? Malgré la progression des techniques, les tours sont énergivores, d’où un surcoût considérable. L’opération, très controversée, ne pourra se faire que s’il intéresse un nombre suffisant de candidats à l’occupation.

Brigitte Einhorn

Faire de la Halle Freyssinet une vitrine au service de l’art de construire

Halle Sernam, préparation du défilé de mode (7 octobre 2009)

Halle Sernam : préparation du défilé de mode
(7 octobre 2009)

Lors d’un café patrimoine, le 23 juin, l’association Paris historique a évoqué son souhait d’une sauvegarde de la Halle Freyssinet, en proposant de la classer dans sa totalité au titre des monuments historiques. Cette procédure vise à empêcher le démantèlement partiel de ce bâtiment, tel qu’il est prévu dans le projet actuel d’aménagement de la ZAC Paris-Rive gauche qui envisage de rogner un tiers environ de l’ensemble, à l’est et à l’ouest.

Cette Halle, située Boulevard Vincent Auriol et bien connue des habitants du 13e , est un chef d’œuvre de l’architecture industrielle, réalisée entre 1927 et 1929, pour le compte du Chemin de fer Paris-Orléans et destinée à servir aux messageries de la gare d’Austerlitz. Le bâtiment, de 310 m sur 72, est composé de trois nefs très bien éclairées. La conception d’ensemble réunit de nombreuses inventions techniques de son créateur Eugène Freyssinet. Celui-ci, Polytechnicien de formation, était moins célèbre qu’Eiffel, mais s’est révélé être un constructeur acharné à produire au meilleur coût des œuvres de qualité : hangars d’Orly, ponts de Plougastel, Halle de Reims et Halle Freyssinet à Paris. Il a aussi inventé un procédé de construction de ponts par éléments préfabriqués qui a été repris dans le monde entier. Mais surtout, c’est lui qui a mis au point une technique de construction révolutionnaire, en inventant en 1928 le « béton précontraint ». L’utilisation de voûtes et d’arcs permet d’obtenir une compression permanente du béton qui par sa qualité offre une meilleure résistance que le béton armé et évite les fissures. Freyssinet ne cherche pas à faire de « l’art » et veut ignorer les maths mais pourtant ses réalisations donnent une grande impression d’équilibre et d’harmonie et se sont révélées d’une grande solidité.

L’idée du classement de la Halle Freyssinet repose sur la volonté de sauvegarder ce témoin de l’œuvre d’un ingénieur particulièrement innovant. Cet espace très vaste, très bien conservé a une situation centrale dans le 13e. Il présente des qualités architecturales exceptionnelles et doit pouvoir être utilisé pour un équipement public valorisant le savoir-faire et les métiers du Génie civil, l’art de bâtir et la connaissance des matériaux. On pourrait aménager dans cet espace un musée consacré à Eugène Freyssinet, au béton « matériau d’avenir », au Génie civil, un site de démonstrations pédagogiques, d’exposition et de conférences, une bibliothèque. Les syndicats et associations de la profession du BTP sont partenaires de ce projet qui nécessite pourtant d’être porté par une volonté politique forte.

Une telle vocation donnée à ce lieu, pourrait s’articuler, avec la présence voisine de l’école d’architecture logée dans l’ancienne SUDAC, autre bâtiment industriel prestigieux. Cela pourrait illustrer la volonté de réorienter cette partie de l’arrondissement vers des activités de production. Pourtant se pose la question de savoir si on veut préserver l’ensemble de la Halle comme le souhaite Paris historique ou si on accepte d’en retrancher une partie dans le cadre du projet de la Semapa qui envisage la construction de logements sociaux et l’aménagement de jardins sur les marges de ce bâtiment. En tant qu’habitants du 13e nous sommes concernés aussi bien par le désir de préserver notre patrimoine local que par les projets d’équipement de ce quartier isolé. Relier à l’ancien 13e ces zones, coupées par les emprises ferroviaires et hospitalières, est un enjeu que nous ne devons pas négliger. Il ne faudrait pas non plus que faute d’intérêt des investisseurs publics, ce lieu exceptionnel, actuellement loué par RFF à une entreprise qui crée des « évènements », soit récupéré par le privé et rendu en cela peu accessible pour les habitants et les travailleurs.

Enquête publique sur la révision simplifiée du PLU Masséna Bruneseau. Quelques réflexions sur les thèmes Développement Durable et Environnement – Emmanuel Leguy

Schéma des orientations d’aménagement proposés dans le cadre de la révision simplifiée du PLU

Schéma des orientations d’aménagement proposés dans le cadre de la révision simplifiée du PLU

Cette enquête Bouchardeau permet surtout d’apprécier les volets « développement durable », en particulier environnementaux du projet, qui sont porteurs de gros enjeux.
Les enjeux sociaux et économiques sont aussi déterminants , mais ils relèvent de la programmation initiale du projet et ont été certainement débattus plus en amont dans le cadre du CPC : il est trop tard pour y revenir.

Composition urbaine et paysage :
L’option centrale est la construction de tours dont au moins un IGH (Immeuble Grande Hauteur) .
C’est une option très déterminante pour la qualité urbaine et architecturale du projet et sur laquelle le débat pour ou contre les tours n’est plus d’actualité. La vraie question étant à ce stade d’apprécier si on se donnera les moyens de réussir des complexes immobiliers, mixtes, écologiquement acceptables, bien intégrés dans leur environnement et susceptibles d’apporter un vrai référentiel de qualité à ce paysage déstructuré de franges.
En assurant la bonne continuité urbaine annoncée entre Paris et sa banlieue, ce qui peut susciter quelques réserves quand on crée un ilôt de densité sur un faisceau d’infrastructures aussi complexe.

L’étude d’impact : Ce pavé est un modèle du genre, dont on n’attend plus grand chose et ceci pour des raisons qui sont maintenant bien connues et qu’on peut brièvement rappeler :
– financées par le maître d’ouvrage elles sont définitivement sous influence
– elles apportent les demandes et les réponses, le véritable débat est en amont
– elles ne hiérarchisent pas les problématiques abordées
– elles ne livrent pas de conclusion synthétique permettant un vrai débat sur des questions de fond.
Au demeurant, celle-ci est très bien faite, juste cafouilleuse sur l’hydrologie (prévention des crues) mais elle a le mérite de faire explicitement référence à une phase ultérieure de débat sur les thèmes environnementaux, qui seront intégrés dans les Cahiers de Prescriptions des Maitres d’Ouvrage promoteurs-constructeurs en phase avec le Plan Climat (cf infra).

Plus intéressantes sont les études thématiques sur le bruit et les pollutions urbaines, très techniques dans leurs analyses mais malheureusement conceptuellement encore très limitées dans leurs conclusions.

L’étude de bruit :
La campagne de mesures et la modélisation du trafic à terme permet d’extrapoler des niveaux de bruit à trois altitudes NGF sur le site (niveau sol, 1,5m et 20m) ; le résultat attendu est que l’exposition au bruit augmente avec l’altitude et que les zones de calme (inférieures à 60 dB) sont très limitées aux cœurs d’ilôts.
Paradoxal pour un site où l’on veut construire en hauteur ? Sûrement pas si on y construit des immeubles fermés, climatisés et fréquentés seulement aux heures de bureaux…
A défaut d’une diminution espérée du trafic sur un site très intermodal, mais qui restera un point de croisement des flux automobiles, les conclusions sont plutôt basiques : réduire les niveaux sonores de la circulation en adaptant les revêtements de voiries.

L’étude sur les pollutions urbaines : Cette étude sur la qualité de l’air est caractéristique du genre en l’état de nos connaissances actuelles sur le sujet : beaucoup de calculs d’experts sur de nombreux paramètres ( NO2, O3, CO, COVm , NOX , poussières …) , simulés à terme à trois altitudes ( différentes des précédentes) , pour aboutir à des conclusions lénifiantes qui masquent en fait notre ignorance sur les effets long terme de ces expositions polluantes sur la santé.

En conclusion :
Il n’est pas question de faire un procès d’intention à la SEMAPA sur les lacunes d’une procédure obsolète – l’étude d’impact- et des dossiers techniques inopérants-sur le bruit et les pollutions urbaines- parce que, par exemple, dix ans après la promulgation de la Loi sur l’Air nous sommes encore incapables de lutter efficacement contre les nuisances urbaines (1).

Mais on peut se poser, peut-être tardivement, quelques questions sur ce thème générique de l’environnement voire du développement durable :

Question 1 :l’opération Masséna- Bruneseau n’est-elle rien d’autre que la construction d’un complexe de tours sur un « échangeur », à une encablure d’un incinérateur ?
Pourquoi vouloir à toutes forces valider l’idée d’un quartier habité par des gens qui vivraient mieux ailleurs, alors qu’il s’agit en fait d’un pôle tertiaire dont rêve la SEM pour achever en beauté la ZAC aux portes de Paris ?
Avec un risque financier certain dans un marché tertiaire tendu, mais chacun ses risques…

Question 2: il y a eu un avant Plan Climat de Paris, voté en 2007, y a t-il un après ?
On aurait pu s’attendre à ce qu’il serve de cadre général aux études préalables en fixant des cibles stratégiques en matière d’émissions de GES ( Gaz à effet de Serre), de maitrise de l’énergie, voire de bilan carbone .
En fait le rapport de présentation sauve la mise en précisant ce qui suit :
« Les nouveaux programmes de bâtiments s’attacheront en matière de construction à respecter les objectifs du Plan Climat en matière de consommation et de production d’énergie. »
Dont acte ! Reste à rêver de tours écologiques…

(1) NDLR : cette appréciation sur les études d’impact n’engage que son auteur.

Enquête publique et exposition à la mairie du treizième sur la révision du PLU pour Masséna-Bruneseau

Enquête publique et exposition, du 10 février au 12 mars, à la mairie du treizième sur la révision du PLU pour Masséna-Bruneseau (ZAC Paris-Rive gauche). Vous pouvez aussi adresser vos observations au commissaire enquêteur, M. Marc Brion (Mairie du treizième, 1, place d’Italie, 75634 Paris Cedex 13).
Cette enquête débouchera sur une délibération du Conseil de Paris à l’été 2010 et sur des travaux à partir de 2013.
L’enjeu principal est la révision du plafond des hauteurs de 37 m actuellement à 50 m (logements) et 180 m (activités).

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ADA 13 donne son avis sur le projet de révision simplifiée du PLU Masséna-Bruneseau

1) Remarques sur l’opportunité du projet de révision
Cette révision vise à permettre l’édification d’un quartier de ville dense dans une zone excentrée et marquée par la présence d’infrastructures lourdes (périphérique, boulevard Jean-Simon, incinérateur d’Ivry avec sa future unité de méthanisation) apportant des nuisances exceptionnelles. Celles-ci seront combattues par « une implantation de bâtiments favorisant la circulation de l’air et par une végétalisation renforcée contribuant à retenir les poussières » ainsi que par des « bâtiments écrans dédiés à des usages de bureaux, de commerces, d’activités ou de services localisés le long du périphérique ». ADA 13 s’interroge sur l’efficacité des solutions proposées.

Le rapport de présentation justifie les révisions proposées par une amélioration des transports en commun dans la zone. Celle-ci paraît insuffisante pour répondre à l’accroissement des déplacements que ce projet génèrera. Au vu des surfaces susceptibles d’être construites, le quartier devrait accueillir entre 5 000 et 10 000 habitants et environ 8 000 salariés, or les transports en commun sont au bord de la saturation, aux dires même de la RATP, la prolongation de la ligne 10 n’est pas acquise, les stations de la ligne 14 et du RER C sont éloignées de la zone, la circulation aux portes de Paris est saturée, et les améliorations prévues ne relieront pas les nouveaux habitants aux centres du 13e arrondissement.

ADA 13 rappelle sa position concernant le développement du quartier Masséna-Bruneseau :
La création de logements dans cette zone extrême de Paris nécessite la recherche d’un bon niveau de qualité de vie pour les futurs habitants : qualité de l’air, bruit, accès aux transports en communs et aux équipements centraux.
Plutôt que d’essayer de gommer toutes les spécificités de la zone Bruneseau pour en faire un quartier banal de Paris, il serait possible de profiter des opportunités que cet espace représente en termes de nœud de circulation pour en faire un pôle logistique utile pour Paris et attirant pour un certain nombre d’entreprises artisanales.

2) Remarques sur le projet de révision simplifiée
Les équipements prévus (4 établissements d’enseignement, 3 équipements d’action sociale-enfance, un établissement de sport semblent insuffisants pour combattre le risque d’enclavement de ce quartier censé contribuer à la requalification du quartier d’habitation voisin Bédier-Boutroux. Pour répondre aux besoins des habitants, un bureau de poste devrait être créé. Devraient également être envisagés des équipements attractifs pour une population plus large : une piscine et un établissement culturel, par exemple.
Les inconvénients en matière d’ensoleillement dus au rehaussement des plafonds de hauteur sont limités par des études d’ensoleillement dans le cadre desquelles « toute construction devra se voir garanti un niveau d’éclairement satisfaisant, notamment pour les logements ». Cette réglementation peu précise risque d’être source de contentieux et d’alimenter de nombreux mécontentements.

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