Paris loin des yeux…

Il ne faut pas trop en rajouter en ce moment. Mais la crise que nous vivons ne va-t-elle pas entrainer une crise urbaine ? Les statistiques sont un peu floues, mais elles indiquent que près de 300 00 parisiens ont quitté précipitamment la capitale, juste avant le confinement. Les statistiques précises manquent pour l’après confinement mais il est certain qu’au moins la moitié des partants déménagera. Ils ne faisaient évidemment pas leurs valises pour quitter définitivement la ville. C’était Paris loin des yeux. Par contre, depuis une dizaine d’années  les déménagements se sont multipliés. Il serait inapproprié de mélanger ces chiffres, mais ne racontent-ils pas, à leur manière, les mêmes choses ?

 Tout d’abord, que les densités d’habitat et d’emplois cumulés deviennent pour certains des pièges. En particulier pour les familles modestes et les jeunes, confrontés à la bulle immobilière insensée qui sévit dans la capitale. Cela ne concerne pas uniquement Paris, mais cela interroge le processus de métropolisation en marche sur toutes les grandes villes. La Métropole du Grand Paris est censée apporter une réponse à cette question, à condition que la banlieue accepte cette redistribution des forces vives. Ce n’est pas gagné.Pour le moment les chantiers ne proposent que de créer des nouvelles densités. Serait-ce une mauvaise réponse à une bonne question ?

En second lieu, il s’agirait aussi d’une question de qualité du cadre de vie. Sur ce point, on ne peut que rapprocher la pandémie actuelle avec la crise climatique. Celle-ci doit aussi être combattue sous  l’angle de la santé, pas seulement du bien-être. Les mesures de prévention s’inscrivent dans une logique globale de rééquilibrage écologique du cadre de vie, qui doit faire l’objet d’une sérieuse réflexion. Tout le monde s’interroge sur l’après-crise. Beaucoup de questions vont émerger, celle de la qualité de l’environnement urbain reste l’une des plus concrètes.

Paris, loin du cœur ? Ceux qui ont fui la capitale l’ont sans doute fait par opportunisme ou par dépit. On interprétera ce message comme on voudra, mais il ne faudra pas l’oublier.

Emmanuel Leguy

Nous vous proposons de déposer sur notre blog les idées que vous avez envie de partager, sur notre vie pendant le confinement, et surtout, vos propositions sur la vie après, dont nous pensons qu’elle ne peut pas être le simple retour à la situation antérieure.

Dans le prolongement de notre réflexion sur le 13e arrondissement et son devenir.

Panneau d’exposition | Une histoire parisienne de la démocratie participative

Panneau d’exposition | Une histoire parisienne de la démocratie participative

Questionnaire ADA13 aux candidats aux élections municipales de 2020

Ada 13 propose des solutions collectives aux problèmes concrets qui se posent pour les habitants au niveau de l’arrondissement. En s’appuyant sur son expérience, l »association a envoyé aux candidats une liste de questions. On trouvera ces questions dans La Lettre d’Ada 13 n° 37de mars 2020.

A- Il est de plus en plus difficile de se loger à Paris. Comment pensez-vous lutter à la fois contre l’étalement urbain et une densification excessive ? Plus précisément,

  1. Quelles sont vos priorités en matière de logements sociaux et intermédiaires et vos objectifs en matière de répartition entre les différentes catégories ?

Notre objectif est que plus personne ne soit obligé de quitter Paris à cause d’un loyer excessif. Les ménages ne doivent plus être contraints de consacrer plus de 20 % de leur revenu à leur loyer. Pour cela nous mobiliserons tous les leviers du logement social, construction, préemption, pour en produire 60 000 d’ici à 2026.
Nous revendiquons également pour Paris la possibilité de mettre en œuvre la loi de 1998 sur les réquisitions, qui est de la compétence du préfet dans la capitale – une exception à l’échelle de la France. Nous organiserons un référendum pour reprendre cette compétence. Dans l’intervalle, nous exigerons du préfet de Paris l’application de cette loi, qui nous permettra de mettre à la disposition du public de nombreux logements parmi les 110 000 vacants à Paris.
Notre programme au niveau parisien prévoit également une répartition des logements subventionnés qui réponde vraiment aux besoins des gens. Aujourd’hui les logements de type PLS, c’est-à-dire les plus chers du secteur social, représentent 30 % de la production, pour environ 5 % des besoins, alors que les logements PLAI, conçus pour les revenus les plus modestes, représentent 30 % de la production pour 67 % des besoins. Si bien que des logements restent vacants faute de candidats et des familles se retrouvent à payer des loyers au-dessus de leurs moyens.
Nous souhaitons aussi rééquilibrer la production des logements au niveau des arrondissements. Le seuil SRU est calculé au niveau de la ville. Cela ne veut rien dire, quand il y a 7 % de logements sociaux dans le 16e et 40 % dans le 13e. Pour garantir la mixité, il faut produire des logements sociaux partout.

  1. Êtes-vous favorables à l’encadrement des loyers ?

Oui. Nous encadrerons les loyers à la baisse. Nous initierons un référendum pour récupérer cette compétence qui aujourd’hui appartient à l’État et doit revenir à la commune. Enfin nous modifierons les modalités de contrôle du niveau des loyers. Aujourd’hui, c’est au locataire de contester. C’est à la fois une épée de Damoclès pour ceux qui craignent de se mettre en délicatesse avec leur propriétaire et c’est surtout une complication pour des gens qui n’ont pas le temps ni les connaissances des arcanes de l’administration et de la loi. La Ville doit pouvoir contrôler elle-même la conformité des loyers pratiqués dans le parc privé.

  1. Envisagez-vous de proposer un programme de transformation des bureaux vacants en logements ?

De la même manière que les logements vides doivent être mobilisés, les bureaux vacants pourront l’être. Nous souhaitons surtout réduire le nombre de permis de construire accordés pour les bureaux pour privilégier l’augmentation du parc de logements.

  1. Êtes-vous d’accord pour encadrer plus sévèrement les locations de type Airbnb ?

Non seulement nous sommes d’accord, mais c’est une des mesures que nous avons prévu de mettre en œuvre. Nous encadrerons plus fortement la durée maximale de location, de 120 jours à 60 au minimum. Et nous organiserons un moratoire sur les changements d’usage de résidences principales en résidences hôtelières.

  1. Ces dernières années, le 13e s’est fortement densifié et compte maintenant plus de 25 000 habitants au km². Que comptez-vous faire pour inverser cette tendance ?

Paris doit accueillir du logement mais n’a pas vocation à devenir une ville-béton. Le 13e est particulièrement concerné parce qu’il a accueilli beaucoup de grands programmes, de l’urbanisme sur dalle, des immeubles de grande hauteur, et la Ville continue à autoriser à tour de bras les constructions dans les dents creuses. Au lieu de tout bétonner, nous créerons de nouveaux parcs et jardins en association avec les habitants et acteurs locaux. Ce n’est pas incompatible avec une grande politique du logement social.

B- Comment envisagez-vous l’action de la Ville face aux désordres climatiques et au réchauffement, à la fois pour le limiter et pour s’y adapter ? Plus concrètement,

  1. Quelles sont vos propositions pour accélérer la rénovation énergétique des logements ?

Le plan climat de la Ville prévoit de rénover 1 million de logements d’ici à 2050. Cette échéance est trop lointaine. L’urgence climatique n’attend pas. Les villes doivent agir plus rapidement et Paris peut agir plus rapidement. À l’échelle de la capitale nous lancerons un plan massif d’isolation. L’ensemble du parc social fera d’ailleurs l’objet de travaux de réhabilitation thermique, acoustique et d’étanchéité d’ici à la fin de la mandature.

  1. Avez-vous des propositions pour créer des îlots de fraîcheur dans l’arrondissement, contraindre les copropriétés à protéger les espaces verts privés et les inciter à végétaliser les espaces intérieurs ?

Pour que la végétalisation et la création d’îlots de fraîcheur soit pérenne, il faut y associer massivement les habitants : associations de locataires dans le parc social, copropriétés et associations dédiées aux enjeux environnementaux. C’est l’un des axes forts de notre programme pour le 13e, car nous ne concevons l’écologie qu’en articulation avec la démocratie. Comme mairie d’arrondissement, nous initierons la discussion avec les acteurs locaux.

  1. Où réaliseriez-vous de nouveaux espaces verts dans le 13e ?

On peut étendre des espaces verts existants, en créer de nouveaux, même seulement des îlots de fraîcheur qui seront de plus en plus indispensables. Nous avons la chance d’être un arrondissement où il reste du foncier disponible. Il faut utiliser tous les expédients et surtout sortir d’une logique où chaque pousse de terrain est confié à un promoteur.

C- À côté de la démocratie représentative, le besoin de démocratie participative s’exprime avec toujours plus de force. Quelle place tient-elle dans votre programme ? Plus concrètement,

  1. Quelles sont vos propositions pour augmenter les compétences du Conseil d’arrondissement ?

Les compétences des conseils d’arrondissement sont très limitées par la loi PLM. Mais la démocratie réelle est au cœur de notre programme et c’est pourquoi nous voulons faire de la mairie du 13e une caisse de résonance citoyenne.
Nous instaurerons un RIC déclenché par 5 % de la population, pour proposer ou abroger des délibérations ou révoquer des élus. Nous mettrons en place une Assemblée citoyenne permanente dont les membres seront tirés au sort, sans condition de nationalité, pour participer aux délibérations de la mairie.
Le budget participatif sera porté de 5 % à 10 % du budget d’investissement et atteindra 25 % en fin de mandature.
Les habitants seront informés beaucoup plus largement et systématiquement de l’ordre du jour et des délibérations adoptées en conseil d’arrondissement.

  1. Comptez-vous encourager les associations à venir présenter leurs projets et leurs questions aux séances du Conseil d’arrondissement grâce au dispositif appelé CICA (art 16 de la loi PML du 31/12/1982) ?

Bien sûr, car la vitalité associative du 13e doit trouver à s’exprimer au CICA. C’est encore trop peu le cas, même si des associations en connaissent désormais bien le mécanisme. Mais cela ne suffit pas. Il faut plus de locaux pour que les associations puissent se réunir et une maison des citoyens par quartier.

  1. Quel rôle attribuez-vous aux Conseils de quartier ?

Le fonctionnement actuel des conseils de quartiers n’est pas satisfaisant de notre point de vue. Il faut les transformer pour qu’ils soient l’émanation des citoyens et que ceux-ci prennent vraiment les initiatives par eux-mêmes.

Dans notre vision, les habitants seront informés des conseils quartiers comme ils le seront de l’ordre du jour du conseil d’arrondissement, afin de se saisir pleinement de cette possibilité d’expression locale, qui ne doit pas être une tribune pour les élus.

  1. Envisagez-vous de décider un moratoire et d’organiser une consultation des habitants et de leurs associations sur l’avenir de l’Institut George Eastman ?

Le centre George Eastman sera conservé dans sa fonction actuelle de dispensaire et nous défendrons les autres centres de santé menacés dans l’arrondissement. C’est un engagement que nous prenons. Nous nous engageons également à consulter les habitants et leurs associations à ce sujet.

  1. Envisagez-vous de continuer à recourir aux « appels à projet » et de poursuivre les opérations du type « réinventer Paris » ? (cf. l’éditorial de notre Lettre n°36)

“Réinventer Paris” est surtout un prétexte pour faire des cadeaux au secteur privé. Nous ferons en sorte que tous les projets urbains soient conçus avec les habitants, dans un cadre vraiment participatif. L’Assemblée permanente citoyenne, les commissions extra-municipales, les conseils de quartier, la mairie même seront le lieu d’une délibération féconde pour porter des projets utiles à l’intérêt général et utiles aux habitants.

  1. Avez-vous des réponses aux propositions des associations membres du Comité Permanent de Concertation de Paris Rive Gauche qui entendent donner un nouveau souffle à la concertation ?

Nous serons à leur écoute et prêts à fournir les moyens nécessaires pour qu’ils mènent à bien leurs missions. Sur notre liste, nous avons des candidats qui connaissent très bien le sujet de la concertation et des problématiques Paris Rive Gauche. Ils pourraient ainsi également apporter leur expérience pour l’intérêt général et pour améliorer le cadre de vie des habitants.

D- Une ville attirante est une ville diverse et sociable. Comment réaliser une ville qui ne fait pas fuir ses habitants ? Plus précisément,

  1. Comment voyez-vous la suite de l’expérimentation « territoire zéro chômeur de longue durée » ?

Nous renforcerons et étendrons le dispositif « territoire zéro chômeur de longue durée » dans le 13e arrondissement et agirons plus généralement pour favoriser un emploi tout à la fois relocalisé, stable et utile socialement. Nous prévoyons notamment un plan d’éradication de la pauvreté chez les personnels de la Ville de Paris et des aides ciblées sur les entreprises de l’économie sociale et solidaire, les Scop et les artisans.

  1. Quelles sont vos propositions pour accueillir dignement les personnes sans domicile, en particulier les réfugiés et exilés ?

Il y a 3 600 personnes sans domicile à Paris intra-muros. La Ville et l’État se renvoient la balle et la création de places supplémentaires au 115 n’a rien résolu. On assiste à la création de véritables bidonvilles dans le nord-est de la capitale, mais la grande pauvreté est également présente dans le 13e, avec des situations d’errance, de détresse psychologique, et, comme partout, de nombreuses familles avec enfants sans solution de logement. Pourtant, une ville riche comme Paris a largement de quoi accueillir toutes ces personnes. Il faut pour cela mobiliser du foncier et du bâti pour renforcer les capacités de prise en charge de tous les publics, quelle que soit d’ailleurs leur situation administrative – nous ne faisons aucune distinction. Il faut également prévoir un suivi adapté au cas de chacun. Sans oublier que c’est le logement pérenne qui reste l’objectif.

  1. Êtes-vous favorables à la réalisation de locaux à loyers réduits permettant à des artisans, des commerçants de proximité et des petites entreprises de s’implanter dans le 13e , notamment à Paris Rive Gauche ?

Nous pousserons en effet en faveur de loyers réduits pour permettre aux commerçants de proximité, artisans et TPE de s’installer au cœur de la Ville, partout dans le 13e arrondissement.

  1. Soutenez-vous le projet de créer un marché à Paris Rive Gauche ?

Oui. Totalement. C’est une de nos mesures programmatiques.

  1. Que comptez-vous faire pour entretenir la mémoire du passé industriel de l’arrondissement et garantir la pérennité des ateliers SNCF et RATP, qui sont les derniers établissements industriels du 13e ?

Maintenir les derniers bastions tels que l’atelier SNCF de porte de Vitry, les Frigos, les Docs en Seine et le quartier Bruneseau.

Soutenir toute association qui irait dans ce sens en leur donnant les moyens d’agir.

Permettre à des cheminots, des agents de la RATP ou des ouvriers de pouvoir se loger dans le 13eme et sur Paris Rive Gauche.

  1. Comment envisagez-vous l’amélioration des relations entre le 13e et les communes limitrophes, comment faire en sorte que le périphérique ne soit plus une frontière ?

Comme les autres arrondissements de Paris, le 13e n’est pas une commune de plein exercice… Cela limite forcément l’autonomie dans les relations avec d’autres communes. Mais cela n’empêche nullement de discuter avec Gentilly, le Kremlin-Bicêtre ou bien Ivry sur les problématiques communes et des partenariats ou projets éventuels.

  1. Quels doivent être la place et le rôle de Paris dans la Métropole ?

Celle d’une grande ville certes, de très loin la plus peuplée et la plus riche, mais surtout celle d’une ville parmi beaucoup d’autres dans une métropole de 7 millions d’habitants qui est et doit être de plus en plus polycentrique. Les habitants de cette grande agglomération ne doivent pas dépendre de Paris pour l’emploi ou le commerce, pas plus que les Parisiens ne doivent être contraints de quitter leur ville pour trouver des logements abordables. Il faut penser la relocalisation et le rééquilibrage de l’activité à l’échelle de la métropole.

La métropole, un destin pour Paris

 Il y a 50 ans  la « bande à Delouvrier », haut fonctionnaire chargé par le Général de Gaulle de planifier le développement urbain de la Région  Parisienne inventait les villes nouvelles, le RER et le périphérique. Suivrait la Défense, puis l’A86. L’agglomération allait se structurer durablement sur ce schéma théoriquement polycentrique, mais en réalité  fortement convergent sur la capitale, qui assura son hégémonie sur la banlieue. Vingt ans plus tard le SDAURIF de 1995 , sous l’autorité de l’Etat,  s’efforça de contenir l’étalement péri-urbain résultant de ce schéma radial en rétablissant un semblant de multipolarité, mais il se révéla incapable, faute de volonté et de moyens, de réorganiser le réseau de transports pour résoudre la crise aigüe des déplacements.

Or, il fallut attendre encore une quinzaine d’années pour voir émerger un nouveau concept d’agglomération porté par l’Etat et la Région : la Métropole du Grand Paris. Le concept de métropole n’est en soi pas nouveau, il recouvre à travers la planète des réalités différentes, mais dans le contexte français il marque une étape décisive dans l’aménagement du territoire.

Une seconde révolution copernicienne

1-Métropole-EL La création de la  métropole du Grand Paris date déjà de dix ans.  Elle regroupe autour de Paris 11 territoires de la petite couronne qui sont des EPCI à fiscalité propre. Ce qui est important c’est que, d’une part, ces 12 territoires doivent planifier solidairement leur territoire à travers un SCOT unique adossé à un Programme de l’Habitat (PLHH) et que, d’autre part, ils doivent à terme adopter une  fiscalité unique. Le projet métropolitain s’annonce ainsi   comme une volonté fondatrice de  « lutter contre les inégalités territoriales  en rééquilibrant le développement au sein de la Métropole ». La réalisation de cet objectif sera difficile pour deux raisons : d’abord parce que les mobilités résidentielles dépendent du marché du logement, ensuite parce que, sur un bassin d’emploi aussi homogène une fiscalité des entreprises harmonisée ne jouera qu’à la marge sur les implantations.

Le Grand Paris Express, un fil historique enfin retrouvé :

2-GP Express-ELLa structuration de cette nouvelle entité politique et administrative se fera en renouant le fil historique de la politique des grandes infrastructures initié par Paul  Delouvrier. Cette fois, il s’agit d’un nouveau réseau de transports public : le Grand Paris Express., 200 km de métro souterrain autour de la capitale, desservant 68 stations. Tout ce réseau fonctionnant en automatique. Toute comparaison chiffrée est inutile d’autant qu’on ne pourra la faire qu’à la fin.

Il s’agit de deux projets comparables mais avec des finalités opposées : le projet Delouvrier, faiblement polycentrique centrait toute l’agglomération sur Paris, le GPE fait l’inverse.

La face cachée du Grand Paris Express     

                                                                                                             3-GPE gares-ELCartographie IAU

La carte ci-dessus fait figurer les 68 gares qui jalonneront le tracé des deux boucles du réseau du Grand Paris. Chaque pastille rouge figure l’emplacement de la gare et délimite un espace de 800 mètres de rayon autour de celle-ci. Cet emplacement, qui fait donc environ 200 hectares en milieu urbain, est baptisé « périmètre de projet » autour des quartiers de gare. Traduit en langage technique il s’agit de périmètres de mutation urbaine et  de transformation du bâti, donc de projets de construction synonymes de densification du tissu urbain. Là un peu de calcul s’impose : 200 hectares multipliés sur 68 gares produisent une surface gigantesque de plus de 13 000 hectares soit plus que la surface de Paris (10 000 hectares).

Se révèle donc la face cachée du projet de grand métro qui, au-delà de son impact direct sur les mobilités, génèrera sur son parcours un colossal anneau de transformation et de croissance urbaine, susceptible de bouleverser les équilibres fonctionnels de l’agglomération. De ce point de vue, le projet métropolitain semble tenir  sa promesse de rééquilibrage, mais il faut aller plus loin pour en comprendre les enjeux.

L’enjeu initial de mobilité mérite tout de même qu’on s’y attarde un peu. Le double anneau ferré de 200 km, à 95% en souterrain, annonce des performances de desserte phénoménales avec des cadencement de 2 à 4 minutes, dignes du métro. Une performance inatteignable sans une gestion automatique, mais sur quels flux de voyageurs et au total quelles recettes ? Ces prévisions restent dans les cartons…

Au demeurant, c’est la grande inconnue de ce projet et cela pourrait sembler paradoxal à un moment-clef où on assiste à de grandes mutations dans le domaine des mobilités. Le pari le plus risqué est là, mais son impact urbain structurant méritait d’être réévalué. En particulier pour Paris. C’est ce que nous proposons d’esquisser .

Les quartiers gares et les  pôles de croissance urbaine de la Métropole

4-GPE Villejuif-EL5-GPE Noisy EL

Villejuif gare  (Apur)                              Noisy Champs gare (Apur) 

6-GPE Issy vanves Clamart-EL

    Issy Vanves Clamart (Apur)

 Une étude de l’Apur recense avec beaucoup de précision l’état des projets en cours, généralement des ZAC, dans les périmètres de gares de 800 mètre de rayon. Cette étude porte sur les 16 gares de la ligne 15, plus ou moins proche du périphérique sud.

Les trois vignettes ci-dessus montrent, d’une part, que les secteurs en projet ou en cours de réaménagement varient beaucoup en surface (de 5 ha à 270 ha) en fonction de la proximité de Paris et de leurs interconnexions, d’autre part que lesdits projets débordent déjà largement du périmètre de mutation (cercle vert). L’étude évalue à 20% de ce périmètre foncier la surface déjà mise en projet sur la totalité des gares et en conclut sobrement que le rééquilibrage Paris/1e couronne, inscrit dans les « gènes » de la Métropole, reste encore timide. Cette prudence s’explique à ce stade, mais la mise en perspective de ce grand projet en plein démarrage laisse penser le contraire. En effet, pour plusieurs raisons, on peut penser que la couronne urbaine jalonnée par ces gares va se densifier progressivement mais inéluctablement en bousculant les équilibres actuels.

Ces projets sont déjà plus denses que leur environnement, ils sortent souvent du cercle induit, ils génèreront d’autres projets (plus proches du périphérique). En plus la densification se fera dans le tissu existant (phénomène « Built in my Backyard »), en même temps que la très attendue rénovation thermique du bâti pavillonnaire.

Vers un rééquilibrage des densités urbaines ?

Il faut d’abord souligner une tendance de fond qui semble aller dans ce sens, puisque Paris depuis 8 ans perd des habitants tout en continuant à attirer les emplois, tandis que la petite couronne gagne sur les deux tableaux. Les deux phénomènes ne sont pas forcément liés, le principal facteur de la désaffection relative de la capitale est certainement lié à l’immobilier spéculatif qui y sévit.

Mais  il est raisonnable de penser que sur un même bassin d’emploi et d’habitat puisse s’installer durablement une forte interaction entre une banlieue rénovée et suréquipée et la ville centre.    C’est d’ailleurs, faut-il le rappeler,  le but du jeu !

7-densités IdeF-ELLa carte ci-dessus montre les écarts de densités entre les quatre  entités géographiques de l’Ile de France. Les chiffres sont parlants : la densité de population entre Paris et la petite couronne varie d’un facteur 3 ; cet écart  est encore aggravé pour la densité mixte (habitants et emplois) puisque le taux d’emploi sur Paris est au sommet ; reste la densité brute qui mesure le taux d’artificialisation des sols: il  varie en gros dans un rapport de 1 à 4. Cette dernière estimation n’est qu’une moyenne…

Il est temps une fois encore de sortir la calculette, juste pour voir. Le total des surfaces mutables entourant les quartiers-gares représente, rappelons-le, plus que la surface de Paris soit 13 000 ha (130 km2). En admettant que ces surfaces soient entièrement construites en respectant la densité moyenne de la Métropole soit 6700 hab/km2, on obtient une croissance de population de l’ordre de 700 000 habitants. Le compte est bon, la croissance annoncée dans les statistiques de la Métropole est de l’ordre de 800 000 habitants pour au moins autant d’emplois, puisqu’on raisonne à juste titre en mixité.

Ndlr1 : les chiffres de mise en chantier sur le GPE démontrent que la proportion habitat/emplois est plus proche de 50/50, alors que dans le scénario de programmation de la MGP le rééquilibrage des emplois prévoit une proportion de 60/40 en faveur de ceux-ci. Rien de bien nouveau, il est plus facile de programmer des logements que des emplois.

Sauf qu’on construit déjà plus dense et on omet d’y ajouter l’imprévisible  densification du tissu pavillonnaire, qu’il serait déraisonnable de ne pas prendre en compte.

Ndlr 2 : les statisticiens utilisent plus volontiers comme indicateur démographique le cumul habitants + emplois qui s’établit en moyenne à 140 hab/emplois à l’hectare (14 000 au km2) sur la Métropole. Mais cet indicateur est trop influencé statistiquement par l’exceptionnelle concentration des emplois sur Paris et la Défense. Les chiffres bruts nous semblent mieux refléter la réalité démographique de l’agglomération. Au demeurant, les calculs sont cohérents.

Vers un scénario de rupture : pour un urbanisme bioclimatique sur  Paris.

D’un côté, une capitale hyper-dense et enchaînée à la spéculation immobilière et de l’autre un vaste ensemble de quartiers rénovés, bien équipés en emplois et en transports publics qui peuvent offrir un cadre de vie plus aéré, aux choix multiples: comment ne pas y voir l’alternative du futur ? On n’échappera pas à ce dilemme sur le long terme si  la capitale ne se décide pas à donner plus d’air et plus d’espace aux parisiens, en adaptant son territoire aux défis bioclimatiques. La construction de la métropole peut servir ce dessein. Paris peut s’y préparer, en prenant le temps de replanifier sa politique urbaine, mais en s’y mettant sans tarder.

Il est temps, en effet,  de promouvoir  une politique d’amélioration du cadre de vie des parisiens car les vraies échéances, hors la lutte contre les pollutions urbaines, ne sont pas prises en compte dans l’aménagement du territoire. Les grands défis figurent pourtant dans le Plan Climat qui promet d’agir sur les effets du  changement climatique et en faveur de la biodiversité.

 Or, il est impossible d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et de conserver une ville vivable sur le plan climatique  en continuant à densifier, à bétonner les espaces libres et à faire croire que la végétalisation du bâti pèsera  dans la compensation carbone. Celle-ci ne pourra être atteinte qu’en externalisant massivement la production d’énergie et la reforestation extra-muros, ce qui ne procurera aucun bénéfice direct aux Parisiens.

Le nouvelle donne s’inscrit dans le cadre d’une petite révolution copernicienne qui consiste à remettre la qualité de vie des Parisiens au centre de la politique d’urbanisme, en mettant à profit la fenêtre de décompression qu’offre l’aménagement de l’espace métropolitain. Il faut y réfléchir, la concurrence n’étant pas de mise avec la Métropole, ce sera  du « gagnant-gagnant ».

On peut esquisser quelques axes de réflexion pour un  Paris bioclimatique et « renaturé » qui pourraient nourrir le futur PLUi, inscrit dans le nouveau cadre réglementaire de la métropole.

Le Plan Climat de Paris peut inspirer cet exercice puisqu’il coche toutes les cases de la transition écologique, permettant ainsi d’orienter la réflexion collective sur :

  • un corpus de règles de densités et de hauteurs de construction adaptées au paysage urbain et suffisamment stables pour contrarier les projets dérogatoires, en particulier les surélévations des bâtiments existants et les tours,
  • des mesures renforcées pour stabiliser la densité et pour protéger les espaces libres,  les infrastructures ferrées et les friches industrielles non bâties de l’urbanisation,
  • des mesures pour installer durablement des techniques permettant de lutter contre l’imperméabilisation des sols naturels ou artificiels, voire de restaurer leur perméabilité,
  • des actions d’accompagnement pour la résilience bioclimatique du tissu urbain, le renforcement végétal des espaces naturels publics et privés (cœurs d’îlots), la plantation des îlots de chaleur urbain (ICU).
  • l’accélération de la campagne de rénovation thermique du bâti avec de nouveaux outils, en particulier pour les copropriétés, excluant les projets spéculatifs,
  • des mesures spécifiques pour replanter les quartiers d’habitat social hyper-denses,
  • la relance de projets d’écoquartiers en lieu et place des grandes opérations sur dalles.

Il faut accélérer, les rapports  des instances du climat (GIEC, ONU) se succèdent, les métropoles sont en première ligne. C’est déjà leur premier défi de gouvernance.

  Emmanuel Leguy  – Ada13

 

 

 

 

 

Projet d’aménagement BÉDIER – OUDINÉ

calendrier aménagement Bédier-Oudiné-2

C’est un projet de rénovation urbaine : projet NPNRU (nouveau programme national de Renouvellement Urbain).

Le secteur élargi Bédier-Boutroux a été retenu par l’État comme projet d’intérêt régional dans une partie du 13°sud-est.

Les objectifs de ce projet urbain :

  • Désenclaver le quartier par la création de nouvelles voies publiques et favoriser l’articulation et les liens avec les quartiers voisins.
  • Rénover les équipements publics: crèche, centre d’animation, école Franc-Nohain, terrains de sport…
  • Renforcer la mixité sociale par la création de logements intermédiaires et/ ou en accès à la propriété.
  • Implanter des activités économiques et des commerces en rez-de-chaussée sur la rue.
  • Développer les possibilités d’emploi local.
  • Renforcer le potentiel paysager existant et la végétalisation.

Concertation avec les habitants :

Il a fallu de nombreuses rencontres pour réorganiser ces deux quartiers et pour faire comprendre l’intérêt de démolir les deux « barres » existantes afin de supprimer la sensation de « cité fermée »…

Pour organiser le relogement des locataires, une charte sera signée par le bailleur. Elle garantira les procédures de relogement. Il y aura une enquête sociale et un travail avec chaque locataire.

Dès le 1er trimestre 2019, auront lieu les négociations et les consultations sur les mutations souhaitées, avec signature de la charte pour chacun.

Il est souhaitable que se constitue une association de locataires. Représentant collectivement les habitants concernés, et faisant le lien entre eux, cette association permettrait la prise en charge des situations particulières (personnes âgées, handicapées…).

À BÉDIER, un architecte coordinateur sera désigné pour dessiner le projet urbain définitif.

À OUDINÉ, des concours d’architecture permettront de créer les différents bâtiments et les espaces publics.

              Chantal Riou

Calendrier des travaux :

  • Études urbaines, concours d’architectes Fin 2019 – Été 2022
  • Fin des travaux d’aménagement des espaces publics… : 2029.

calendrier aménagement Bédier-Oudiné-1 Lire sur le site de la concertation : https://www.api-site.paris.fr/paris/public/2018%2F10%2FBedier%20Oudine%20expo%2020181127.pdf

Un avis, une question ? écrire à concertationbedieroudine@imaginons.paris

Street art ou peinture murale ?

DSC01283

Conor Harrington, Étreinte et lutte, 85 bd Vincent-Auriol

Pourquoi peindre sur des murs « aveugles » ? Ou sur des surfaces extérieures aux habitations ? Que peindre, que représenter ? Il y eut des scènes religieuses en Italie, représentant par exemple une annonciation ou des personnages voulant apparaître comme des passants de la rue, des anonymes qui demandent à être reconnus comme des humains aux États-Unis, ou des manifestants qui annoncent une lutte au Mexique. Dans ces trois pays on a vu des mises en scène d’un groupe plus ou moins rassemblé autour d’un chef : ce fut le cas dans  des régions dites de l’Est pendant la guerre froide. Ou c’est la célébration du chef de l’État : je pense à la Chine, à la Corée du Nord…

À Paris, rien de cela. Quelques scènes plus ou moins légères, qui venaient recouvrir un mur « libéré » par la destruction d’habitations adjacentes, il y a trente ou quarante ans … (rue Clisson) ou quelques peintures « sauvages » éphémères dans des quartiers appelés à être réaménagés… Et, depuis quelques temps, une prolifération d’images surfaces apparaissent sur des murs d’immeubles publics,  souvent non prévus à cet effet par les architectes. Voire même une densification tendant à saturation dans le quartier du boulevard Vincent-Auriol.

Ces productions interrogent sur la « qualité artistique » d’elles-mêmes, c’est-à-dire sur leur place dans la ville et sur leur iconicité. Si l’on considère qu’une ville doit respirer comme une musique donnant des sons qui ont un sens par rapport à des silences, comme une peinture de chevalet  qui joue sur les pleins et les vides, ne faut-il pas s’interroger sur la densité visuelle qui impose un trop grand nombre de peintures, d’autant plus que l’espace vide au sol est de faible dimension ?

Une deuxième question s’impose aussi, concernant l’iconographie de la plupart de ces peintures, de ces objets. Jean Baudrillard écrit dans Le Système des objets : « derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé, écrit ». Pourquoi s’agit-il souvent d’immenses portraits, immenses par rapport à la taille des habitants, des passants ? Un habitant, très connaisseur des pays de l’Est et des « dictatures » d’Asie me disait qu’il n’y a que dans ces pays que l’on impose des images gigantesques aux citoyens. Sans reprendre complètement cette opinion, je pense que la taille des figures humaines a du sens par rapport aux Parisiens. Alors, quel rêve ? Quel sens ? Est-ce le symbole d’un pouvoir qui se voudrait plus grand ou la décoration-collection d’un magasin trop fourni ?

Jean-François Einhorn

Entre le lion et la licorne : le mur qui réunit

Utopies locales et laboratoire social : l’exemple du 13e arrondissement de Paris. Extrait de l’article d’Anne Raulin paru dans L’Année sociologique, 2008/1 (Vol. 58).

Le projet pluriculturel de la paroisse [Saint-Hippolyte] ne voulait pas se limiter aux seuls arrivants du Sud-Est asiatique. Elle chercha à fédérer l’ensemble des cultures présentes sur son territoire en lançant une idée de mur peint sur la façade extérieure des bâtiments de la paroisse, et en faisant appel à toutes les contributions disponibles dans le quartier. Des ateliers de créativité furent mis en place, les écoles furent appelées à participer à un concours de dessin. Il s’agissait de représenter l’imaginaire collectif du quartier, « animaux mythiques issus du fond des mémoires, tronc commun de nos multiples cultures » (documents paroissiaux). Le thème du mur, en réalité mur pignon de la paroisse, fut décliné en fonction de ce projet de rassemblement des cultures : « Les cultures font le mur », « Tu seras le mur de la mémoire des hommes, de la mémoire du monde, le mur de la rencontre […] Je veux fixer la mémoire de demain », « Finis les murs de la séparation, le mur peint va vous réunir », telles étaient les formules qui accompagnèrent la réalisation, d’inspiration quelque peu chagallienne, de ce mur en 1988. La mobilisation et l’organisation de la « fête du premier coup de pinceau » inaugurée par Harlem Désir ,ancien élève du lycée Claude-Monet et ancien du quartier, furent, semble-t-il, exemplaires. Elles impliquèrent la participation de groupes fort divers : conteurs et musiciens togolais, orchestre portugais, femmes clowns, cracheurs de feu, lions asiatiques, buffets multiculinaires… Une licorne de 7 m de long fut transportée de la région de Montargis, apportant avec elle une caution mythique à l’événement. L’association AVRIL 13 ne manqua pas de lancer une campagne de sensibilisation, d’inviter la presse et les officiels…

mur peint st Hippolyte

Le point de vue d’une habitante du treizième sur le street art

Mon avis : il est dubitatif. Quel est l’intérêt de décorer un pan de mur qui a été pensé nu par un architecte compétent ? L’effet géométrique dans l’espace de ces grands pans de mur est complètement perdu ; je ne vois pas. Autant je suis favorable à des œuvres cache-misère sur des pans de mur abandonnés et disgraciés (pignons pas conçus pour être vus ou panneaux-caches de chantier), autant je suis défavorable à ces “œuvres”.  La surface qu’elles occupent les rend beaucoup plus agressives que la moindre publicité sur panneaux ou abribus. Une fois ça va ; tous les jours, bonjour les dégâts.

Par exemple, je vais assez souvent sur la placette près du métro Nationale et je suis lassée d’y voir le visage exagérément agrandi de Pinel. Il n’est pas photogénique et de plus, rien dans sa physionomie ne rappelle le rôle qu’il a pu jouer dans la vie et dans son siècle. Quant au visage de femme qui lui fait pendant : qui est ce ? que fait-elle là ? Est-elle sensée être une “aliénée” qui a bénéficié de ses soins ?

Jorge Rodriguez-Gerada – place Philippe Pinel – Paris 13

Bien qu’élevée dans l’admiration des murs dénudés des églises romanes – de mise dans les années ’40 et ’50, je ne suis pas pour l’imposer à nos contemporains ni à notre environnement. Au contraire, les photos des murs très colorés par des publicités murales au XIXème siècle me plaisent bien (voir en bas de la rue Mouffetard) et je garde un excellent souvenir des pignons parisiens de mon enfance, couverts de réclames peintes pour des produits de beauté, cirages ou autres disparus. J’aime en retrouver un au hasard, un peu effacé mais encore reconnaissable comme celui de l’avenue des Gobelins. J’y préférais toutefois les affiches ; elles présentaient l’avantage de changer souvent (Ah ! la campagne Garap, ah ! les « ronds rouges” annonçant la campagne pour Total).

Alors une fresque qui présente démesurément agrandie, une sorte d’héroïne de bande dessinée vaguement fantastique – dont on ne connaît pas l’histoire – pourquoi faire ? Un profil de chat bleu, copie exacte d’une fresque qui orne déjà une ville tunisienne (qui a copié ?), pourquoi ?

(Texte écrit en juillet 2017)

Street Art : le point de vue d’un plasticien

DSC01639Sous le boulevard du Général Jean Simon

L’art qui invente, néologisme, choque. Toujours, en Occident. Rappelons-nous l’Olympia d’Édouard Manet (1865), Impressions soleil levant de Claude Monet (1872). Les « barbouilleurs » disaient les défenseurs de l’art officiel. Les artistes fauves étaient comparés à des « sauvages ». Le cubisme, contre le point de vue unique. Le dadaïsme comme  refus des valeurs de société dont le moteur est la guerre…

Le Street Art ? : « l’épuisement des possibles sociétaux, la disparition des opportunités classiques d’épanouissement » écrit Codex Urbanus (2018). Une expression de minorités délaissées, en Amérique à l’origine. Alors, ce qu’on voit sur les murs des propriétés de la Ville de Paris, c’est un travail officiel, académique. Ce n’est pas en peignant en grand à l’extérieur, et parce que les techniques industrielles le permettent aujourd’hui, que l’on pourra parler d’art.

La récupération des inventions artistiques par les pouvoirs, quels qu’ils soient, qui veulent « faire jeune », épuise le sens de l’art. Ce n’est plus de l’art. C’est devenu trop souvent un vernis pour des pouvoirs  qui ne sont plus mus par les inventions nécessaires à la vie de société.

Codex Urbanus écrit : « le street art ne peut exister qu’illégalement » dans Pourquoi l’art est dans la rue ?, Grenoble, critères éditions, 2018.

François Moulin, avril 2018

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Sur le boulevard du Général Jean Simon

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Rue Barrault

 

Des tours, Paris prend garde !

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Avant-propos : il est question ici de tours, c’est-à-dire de constructions en hauteur. Il  ne sera fait aucune distinction entre tours et IGH, la seule chose qui importe est la relation d’échelle. Ainsi, on mettrait sur le même plan une tour de 100 mètres dans un champ de colza et un IGH émergeant des toits d’une ville moyenne. Juger si c’est acceptable est une autre question…


37, un nombre d’or ?

Sur Paris, c’est actuellement la hauteur maximum autorisée par le PLU pour les constructions. Ceci sauf pour les zones de plafond élevé, précisées sur le Plan des Hauteurs.Je me suis livré à un petit exercice de nivellement très élémentaire sur le relief du site parisien. Le cœur de Paris, symbolisé par le niveau de Notre-Dame émarge à la cote 35 NGF. Tandis que le point le plus haut, sur la Butte Montmartre, émerge à la cote 125 NGF. Ces valeurs sont arrondies, ce sont les  cotes naturelles du site et leur moyenne géométrique est à 90 NGF.  Cette hauteur, exprimée en mètres, suggèrerait que la bonne hauteur moyenne pour construire des immeubles, respectueux du relief, se situerait autour de 45 mètres. Soit environ  2 étages de plus que le plafond ultime  autorisé. Ça ne prouve rien, mais c’est troublant.

Deux autres paramètres ne doivent rien au hasard. Entre R+6 et R+12, c’est- à dire en gros entre 21 et 37 m se situe une limite très humaine qui est celle de la montée sans ascenseur. Haussmann l’avait parfaitement appréhendée, pour le petit peuple des mansardes. Enfin, une coupe en travers d’une avenue parisienne démontre, sans commentaire, qu’on se situe ainsi à l’échelle de l’arbre.  Euclide a mis du temps pour affiner son  nombre d’or, les bâtisseurs de Paris auraient-t-ils au fil du temps trouvé le leur?  De cette nappe de toits émergent les plus beaux monuments parisiens, ce qui fait sens. Pourquoi perturber cet équilibre historique, pour quels enjeux ?

Une brève histoire des tours.

L’archétype est Manhattan puissant et superbe bouquets d’IGH. Pour un urbaniste, donc pour moi, c’est le symbole d’un urbanisme pionnier : une armature urbaine de type « grille-pain », orthogonale, sur laquelle on a greffé de hautes tours plus ou moins enchevêtrées, ordonnées par une « skyline », figure de style assez floue… Ce modèle basique est efficace.  Il l’est surtout parce qu’il exprime la puissance et constitue une formidable vitrine urbaine, exposée aux yeux du monde.

Ce modèle a inspiré La Défense dans les années soixante. Il exprime à plus petite échelle la même chose, la volonté d’afficher le renouveau de l’économie, avec l’État aux manettes. Ce fut  une vraie réussite, mais on oublie que s’exposeront  ainsi, face à Paris, les futures multinationales qui donneront leur identité aux tours. Elles auront  pour nom, Elf, le Crédit Lyonnais, le GAN, la Générale des Eaux… qui n’hésiteront pas à y  construire leur siège. Ce modèle-vitrine se perpétuera dès l’ouverture du périphérique. Il prendra une forme plus ouverte aux innovations  formelles, avec de grands noms de l’architecture, en Front de Seine. La sombre stèle de Montparnasse sera un accident de l’histoire…

Juste un mot sur une opération qui a marqué le paysage du Treizième, les Olympiades. Elle vient de fêter ses quarante ans. Elle est à peu près contemporaine des villes nouvelles, avec un fort parti de typo-morphologie urbaine caractérisée par le souci de bâtir sur dalle isolée de la circulation automobile. Les tours de 100 mètres habitées rétablissent une densité décente, elles offrent des appartements vastes et de qualité, à condition de pouvoir payer les charges. Quels que soient les atouts de ce modèle urbain, sophistiqué et multifonctionnel, sa survie pose d’énormes problèmes. Seule la ville nouvelle d’Evry a osé timidement le casser pour finalement tenter de s’adapter.

 Ce qui ressort ce bref tour d’horizon c’est que pour un urbaniste la tour, qu’elle soit occupée ou habitée, est une composante urbaine et une solution architecturale difficile à manier. Parce que fonctionnellement et morphologiquement c’est un « silo », d’une mixité factice, qui ne s’impose que dans des contextes précis et raisonnés (extensions pionnières, quartiers d’affaires, urbanisme de dalles…). Qui n’ont pas tous le même intérêt…

Une histoire de pyramide 

Le marché du tertiaire, qui nourrit pour l’essentiel les modèles de surdensité, autrement dit les tours, a depuis quelque temps des caractéristiques dynamiques de fonctionnement analogues à la célèbre pyramide de Ponzi. L’original est un mode de « gestion » frauduleux d’actifs financiers dans lequel les derniers arrivants dans le fonds d’investissement financent les revenus d’épargne, totalement fictifs, de l’ensemble des porteurs de titres. Le montage s’écroule lorsque la collecte est insuffisante pour rémunérer tout le monde, les actifs s’étant évaporés entretemps. Le système s’alimente par le haut et s’effrite par le bas.

Le marché de l’immobilier d’entreprise, lui  parfaitement légal, fonctionne sur l’agglomération  parisienne sur le même schéma. Le parc de bureaux en blanc livré chaque année (autour d’un million  de m² par an) alimente le marché par le haut et déclasse le parc  plus ancien, souvent intimement intégré dans le tissu urbain. Celui-ci ne s’écroule pas vraiment mais il ne lutte pas à armes égales : pas assez câblé, pas assez modulable, souvent enclavé et moins bien situé sur les nœuds d’infrastructures…Dans ce contexte, construire des tours de bureaux sur Paris, qui bénéficie d’un fort effet d’aubaine, c’est accroître ce déséquilibre concurrentiel. Le vrai gisement d’emplois d’avenir vit bien la mixité de la trame ancienne, en constante mutation. Est-ce encore  une cible prioritaire ? Alors pourquoi Paris, qui mise intelligemment sur son image de capitale des incubateurs de start-ups et autres fablabs, symboles de la nouvelle économie (décentralisée, collaborative, fertilisante), accepterait-elle ces encombrants édifices qui n’incarnent même plus le progrès ?

Il y a plus grave, ce « marché du lourd » qu’on le veuille ou non va s’éclater dans les quinze prochaines années sur les interconnexions du Grand Paris Express, c’est déjà en cours. Et la marée tertiaire risque de refluer vers la périphérie, ce serait par parenthèse  le signe d’un rééquilibrage bienvenu du taux d’emploi… Hors La Défense, intimement liée à Paris, les tours intra-muros resteront-elles dans le marché devenu très fluide ? J’en doute fort personnellement et, en tant qu’urbaniste, je déconseillerai d’en prendre le risque.

La vraie nature des tours

Les tours de bureaux, avant d’être des éléments architecturaux sont des produits financiers, comme les autres. En  moins risqué que les produits de taux et à beaucoup moins long terme qu’on l’imagine. Le trio promoteur / investisseur / architecte est à la manœuvre. Certes, au départ il faut du foncier, mais l’aménageur, généralement une SEM, n’est pas forcément partisan de ce genre de forme urbaine. Cependant, elle peut lui sauver la mise dans des « queues de programme » ou dans des sites scabreux où la commercialisation des sols viabilisés n’offre pas trop d’opportunités. Les tours défient l’environnement, elles sont sourdes, inertes et climatisées. Si on oublie le paysage le problème majeur est en pied d’immeuble, l’idéal est de l’ancrer dans une dalle. Vieille recette !

 Mais c’est le trio qui y trouve le meilleur compte. Le promoteur, généralement spécialisé n’a par définition pas d’état d’âme sur la localisation des édifices, hors leur désenclavement. De toute façon il ne finalisera son montage que lorsqu’il aura pré-commercialisé la plupart des mètres carrés. L’investisseur, s’il est chinois, hésitera peut-être entre 30 hectares de grand cru et un produit immobilier. Si c’est un fonds de pension ou un institutionnel, il n’hésitera pas une seconde : Paris est une marque, le produit est du solide et il sort de terre en trois ans après la signature. Les entreprises  qui ont maintenant des stratégies immobilières, gérées comme des actifs, se mettent également sur le marché immobilier, devenu de plus en plus spéculatif.

Quant à l’architecte, généralement de renom, il y voit la meilleure expression de son art de construire, souvent avec une image en tête. Le problème de l’intégration de son architecture dans l’environnement est toujours soluble puisque, d’une certaine manière, il ne s’adapte pas au contexte, il le recrée. Si on lui demande de concevoir une tour écologique, il fera appel à l’ingénierie nécessaire pour verdir son projet. Celui-ci armé d’une BIM factory pourra facilement simuler les adaptations formelles – échancrures, écrêtements partiels, torsion – des édifices, permettant d’y intégrer du végétal. Les données numériques traduiront une faible diminution de l’empreinte carbone, mais le résultat sera visible. D’autant que la visualisation en 3D sera irrésistible, dans une lumière irréelle.

La démarche de l’architecte, dernier maillon de la chaine, n’est absolument pas critiquable, sauf s’il projette trop haut son ego ; il est dans son rôle et l’art de construire a esthétiquement évolué. Mais c’est aux décideurs de résister quand il le faut à l’attrait des totems siglés. Paris peut tenir son rang sans ces artefacts. Le fond du problème réside dans la tentation perpétuelle d’adapter le droit des sols, déjà  permissif. En urbanisme, il faut toujours faire des choix et garder un cap fort et clair.

Je conclurai brièvement, il n’est pas utile d’en rajouter. Les tours ne sont pas à leur place à Paris, par respect pour le contexte environnemental et parce qu’elles ne font plus sens. J’ai l’intuition que la majorité des Parisiens partagent cet avis et ont une autre perception de la modernité. Ça mériterait qu’on le vérifie.


Postface : une mise au point s’impose. Pour un urbaniste être contre les tours en tant que forme urbaine, donc composante de la ville, serait une sottise. L’avenir des tours, si j’ose dire, est radieux. Il suffit de penser à l’Afrique, qui va doubler sa population en trente ans, probablement tripler le nombre d’urbains. J’ai initié en leur temps des extensions urbaines d’Abidjan, il y a des tours.

Emmanuel LEGUY, Urbaniste Environnementaliste

20 février 2018

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Les avatars des vélos en libre service (VLS)

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Les vélos en libre-service (VLS) ne semblent pas très appréciés dans mon quartier de la Place de l’Abbé-Hénocque. Les dégradations ont commencé sur les petits vélos verts, les Gobee,et uniquement ceux-ci. Maintenant tout y passe, avec la même technique, arrachage ou section des rayons. Vandalisme ou protestation?

Emmanuel Leguy

Projet de baignade du Lac Daumesnil (avis Emmanuel Leguy)

iqFULyYaPWTXPlR-800x450-noPadLa mairie de Paris annonce une baignade « écologique » sur le lac Daumesnil, au cœur du bois de Vincennes, avec une plage sur l’île de Bercy. Ce lieu, peuplé d’oiseaux et  classé zone naturelle,  est  un réservoir de biodiversité, une immense bouffée d’oxygène, un lieu ouvert à tous dans la capitale et un paradis pour les promeneurs.

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Ceci est la position personnelle, pour l’enquête publique, que je développerai sur le registre.

Elle s’inspire de la position que j’ai toujours défendue en matière d’urbanisme, et qui se résume en peu de mots : «  une espace naturel protégé est inaliénable, sauf cas de force majeure ». Ce n’est pas ce que dit la loi, encore moins ce que pensent des élus qui font plutôt appel à l’utilité publique. Mais, si  je n’avais pas pensé cela, j’aurais abandonné ce métier.

Dès lors, ma position sur ce projet se résume facilement « je ne suis pas contre ce projet, mais contre sa localisation ».

Je suis opposé à cet aménagement  localisé abusivement sur le Lac Daumesnil, pour trois raisons:

1/ je suis contre l’implantation sur ce site au motif qu’elle est doublement  inappropriée « parce qu’elle conduit à un déclassement abusif de cette partie du lac et parce qu’elle la soustrait à l’écosystème naturel ». On pourrait ajouter qu’elle  perturbe définitivement celui-ci, ce qui serait scientifiquement plaidable dans le cadre d’une étude d’impact sincère.

Je m’interdirai toute argumentation technique sur le projet puisqu’il est pour moi non avenu.

Je m’appuierai sur l’argumentaire développé à propos  des aspects historiques, paysagers et écologiques, par la Commission des sites qui a émis un avis défavorable.

2 /  l’étude d’impact (pour peu que je puisse  y accéder) est orientée et insincère car elle omet d’étudier et d’évoquer des variantes.  L’étude de conformité de la DRIEE le mentionne, parmi d’autres arguments techniques, mineurs, qui ne sont pas dans mon propos. (1)

Je m’appuierai sur les arguments développés dans ce document.

3 / la publication de l’appel d’offres, avec ouverture des plis un mois seulement avant l’enquête publique, nuit gravement à l’éthique de la concertation et décrédibilise la démarche. Le chantier étant programmé en mai, il s’agit clairement d’un passage en force.

Suivent les mentions  légales de dépôt.

  • NDLR :

Orientée : les études d’impact le sont toujours puisque ce sont les Maîtres d’ouvrage qui les financent, mais là c’est trop flagrant.

Emmanuel Leguy, le 31 janvier 2018

Il faut préserver le patrimoine du square de Choisy

En plus d’être une oasis de verdure au milieu des tours et des barres, le square de Choisy est un lieu de culture attractif. La plus récente réalisation, qui a donné à ces lieux un coup de jeune, a été initiée par le conseil de quartier n° 5. ll a été installé; sous le préau du parc, une mosaïque belle et colorée, fruit du travail collectif d’enfants de l’école Vandrezanne, de leurs enseignants et d’une mosaïste professionnelle.

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La renommée du parc dépasse le cadre du 13e arrondissement en raison des événements et des manifestations qui se déroulent dans ce parc depuis sa création en 1937. Pourtant, parfois, s’élèvent de vives controverses qui portent souvent sur la sauvegarde du patrimoine local :

  • À la fin des années 1990, la Ville de Paris avait décidé de raser l’îlot de 3 700 m² qui se trouvait à l’angle de l’avenue de Choisy et de la rue du Dr Magnan. Selon un contrat, signé avec la Fondation Eastman en 1934, il avait été en effet prévu que ce terrain servirait de réserve pour, à terme, agrandir le parc. L’ensemble qui n’était plus entretenu par la Ville se dégradait, mais cet îlot était un des rares témoignages du passé, avec ses bâtisses construites sur le territoire d’Ivry avant le rattachement de 1860, ses écuries, ses ateliers d’artisans et d’artistes. Ce projet satisfaisait ceux qui voulaient verdir davantage. Par contre, les habitants, très attachés aux lieux, se sont mobilisés autour d’un artiste, Jean-Paul Couturier, qui avait un contre-projet intéressant : ouverture de l’îlot sur le parc, écomusée, jardin partagé… Après un long combat, ils ont obtenu la réhabilitation d’une partie de l’îlot, mais le reste a été démoli, et des bâtiments modernes ont été construits à partir de 2007. Le confort a été fortement amélioré, mais l’ensemble s’est banalisé, l’esprit des lieux s’est perdu.
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  • Un autre débat a opposé les partisans et adversaires de Clara-Clara, la sculpture qui a été installée un moment sur la pelouse du parc. Le maire, Jacques Toubon, voulait que le 13e arrondissement, oublié parce que périphérique, soit doté d’une œuvre d’art contemporain, celle créée par Richard Serra, sculpteur de renommée internationale. Cette installation, intervenue en 1985, s’accompagnait d’une réhabilitation du parc. De nombreux habitants et des associations ont protesté, décrétant que cette sculpture était encombrante, disgracieuse. Elle a donc été enlevée en 1990. Elle a connu ensuite bien des péripéties, avant de se retrouver en disgrâce dans un entrepôt de banlieue. Mais tous ne l’ont pas oubliée. Les amateurs d’art déplorent que le 13e ait ainsi été privé d’une œuvre de qualité qui contribuait à son rayonnement culturel. Certains rêvent d’un retour parmi nous de cette chère Clara-Clara et ils envisagent même de la réinstaller : pourquoi pas au square Kellermann où il y a de l’espace ?
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Clara-Clara 2
  • Actuellement, c’est autour du devenir de l’Institut Eastman que le débat se mène. De nombreux habitants y sont attachés parce que ce lieu est pour eux un souvenir et le symbole d’une action philanthropique remarquable. Pour d’autres, l’élégant bâtiment qui surplombe le parc n’est pas entretenu, paraît à l’abandon et ressemble au château de la Belle au bois dormant. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien, car des activités y subsistent. Et pourtant, pour des raisons financières, la Ville veut se défaire de cet institut dans le cadre du projet Réinventer Paris et délocaliser les travailleurs qui l’occupent. La destination qui serait donnée aux locaux n’est pas assurée. S’ils passent au privé, pour une reconversion ne correspondant pas aux objectifs d’action humanitaire et sociale, définis au départ par la Fondation Eastman, ce sera une perte pour le patrimoine de notre arrondissement et un abandon de l’engagement de la Ville en matière de service public. La vie de notre parc ne sera plus la même !

1940

 

Le parc de Choisy fête ses 80 ans

espaces vertsLe parc de Choisy est un des plus vastes et des plus anciens jardins publics du 13e. Il a été aménagé en 1937, sur un terrain occupé auparavant par une usine qui fabriquait du gaz d’éclairage. Sur ce même terrain, à la même date, a été construit par Edouard Crevel, architecte de la Ville de Paris, l’Institut dentaire George-Eastman. L’Institut domine le parc dans lequel il est complètement intégré. De l’autre côté du square, a été édifié toujours sur la même parcelle le lycée Claude-Monet, dont la construction n’a été achevée qu’en 1955.

Roger Lardat, qui a dessiné le parc, s’est inspiré de l’art nouveau : classicisme du plan en croix, avec au centre un bassin, édicules, végétation variée et composée.  Blotti  entre les tours et les barres des Olympiades et celles du centre Italie, le parc de Choisy offre une respiration appréciable dans un tissu urbain particulièrement dense. On y trouve une belle végétation, c’est un jardin de proximité, un lieu de détente et un point de rencontre. Il est bien entretenu par une équipe de jardiniers très actifs.

Au fil des années, la composition d’origine a été conservée mais les équipements ont été diversifiés et modernisés pour répondre à l’évolution des besoins d’un public varié : habitants, lycéens de Claude-Monet, étudiants, travailleurs. Les usages du parc sont multiples : certains le traversent rapidement, d’autres s’y promènent ou s’y posent, à la recherche de verdure et de calme. La pelouse centrale, aujourd’hui libre d’accès, accueille de nombreux jeunes venus s’y détendre, s’y restaurer, converser. Les bancs et la buvette sont d’autres étapes pour les promeneurs, les lecteurs ou les amateurs de nature et de calme. Les petits fréquentent les aires de jeux, le manège, Guignol ; les plus grands utilisent la piste de rollers, la table de ping-pong, le baby-foot, le terrain de basket. Un jardin partagé propose un lopin de terre aux riverains. Le théâtre de verdure est le lieu où se déroulent des fêtes et des manifestations culturelles, qui attirent un public plus large. Enfin le parc est un lieu de mémoire avec l’évocation de la Révolution française et l’hommage aux victimes  de violences (enfants juifs, Rwanda).

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Impressions de Bruneseau nord

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Nous partons de la maison des projets de la Semapa, quai Panhard et Levassor et passons sous le pont national. Sur le quai d’Ivry, une station de service, des cimenteries, des entrepôts de matériaux bouchent la vue sur la Seine ; des camions bruyants s’activent. Un grand escalier descend du boulevard Jean Simon qui a été civilisé. Il annonce les immeubles d’habitation à venir jusqu’à la rue Jean-Baptiste Berlier et les premiers contreforts du périphérique : un immeuble en bois de logements privés, un immeuble de logements locatifs intermédiaires et deux résidences étudiantes.

De l’autre côté de la rue Berlier, nous entrons dans la zone de l’appel à projets. Toujours beaucoup de bruit. Vraiment peu d’espace entre la rue Berlier et les bretelles du périphérique. Mais l’immeuble à construire là protégera peut-être les logements et leur petit jardin des nuisances du périphérique.

Nous passons sous le périphérique. Du bruit toujours et des camions. On ne peut pas se parler sans élever la voix. Nous longeons une parcelle qui devra être aménagée en gardant les bâtiments existants : un immeuble des années 50 à l’architecture brutale et bien dessinée regardant vers la Seine et une résidence étudiante le long de la rue Bruneseau. Il ne reste plus grand-chose pour mettre les m² à programmer.

Il n’est pas possible de s’approcher du reste de la zone de l’appel à projets entre les bretelles du périphérique en construction et la rue Jean-Baptiste Berlier également en construction. Nous partons donc explorer l’environnement immédiat, la zone d’activités économiques d’Ivry par la rue François Mitterrand. Nous ne trouvons que des entrées de parkings pour Leroy Merlin, Baktor (qui arrête ses activités), un garage, de grands entrepôts de marchandises, le Syctom et de nombreux gros camions manœuvrent pour y entrer ou en sortir. Personne sur les trottoirs. Difficile de traverser la rue.

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Nous empruntons la rue Victor Hugo jusqu’au pont sur les voies ferrées. Belle vue sur les constructions industrielles et les haubans du périphériques mais l’autre rive nous paraît trop loin pour que nous franchisions les voies.

En reprenant la rue François Mitterrand de l’autre côté de la rue Victor Hugo nous rencontrons des piétons sur les trottoirs bordés maintenant d’habitations dont deux immeubles en construction pour loger les auto-entrepreneurs de la station F (halle Freyssinet). C’est l’heure de la sortie des écoles. Rue Jules Vanzuppe, nous longeons le centre commercial Grand Ciel. Nous continuons jusqu’au quai Marcel Boyer. Celui-ci a été civilisé : élargissement de la voie, terreplein central, requalification des bâtiments des activités sur la Seine qui laissent deviner le fleuve, limitation de la vitesse.

Nous remontons par la rue Bruneseau, constatons le démarrage des travaux sur la parcelle des tours Duo. Nous nous arrêtons rue J.A. de Baïf face à la percée sous la petite ceinture d’un premier tunnel duquel nous voyons le boulevard Jean Simon sous lequel un deuxième tunnel devra être creusé et nous pouvons imaginer qu’au-delà, ce seront le périphérique et ses bretelles qui seront percés de tunnels. L’allée Paris Ivry, la grande rue commerçante de Bruneseau nord, les empruntera tous et conduira à la zone d’activités économiques d’Ivry. Et alors la ZAC Paris Rive Gauche sera terminée.

Pourquoi détruire une zone de grande activité qui semble avoir sa raison d’être au bord du périphérique et de la Seine, en liaison avec Ivry ? Pourquoi ne pas la renforcer et en même temps, comme à Ivry, l’apaiser ?

Françoise Samain

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À la découverte du secteur Bruneseau Nord

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La maquette, exposée par la Semapa dans ses nouveaux locaux de la Maison des projets, apporte un plus par rapport aux plans, en donnant les volumes, en insérant le territoire de l’opération PRG dans son contexte, en mettant en évidence les infrastructures de transport et les liens avec le centre de Paris, avec le 12e, avec Ivry. Cependant, rien ne vaut une visite sur place  qui nous plonge en direct dans le contexte.

Côté Paris, on voit des ouvriers de chantier,  mais ni habitants ni promeneurs. Seuls d’énormes camions manœuvrent et les voitures circulant sur le quai donnent l’impression de vouloir s’éloigner au plus vite. On comprend pourquoi on n’a pas envie de venir dans ces lieux ingrats. On remarque  immédiatement que le site est enserré par la Seine, le périphérique et les rails de chemin de fer. Cette localisation explique qu’on trouve ici essentiellement des activités de logistique, indispensables, mais peu attirantes. On se demande comment implanter logements, commerces et équipements sur de telles parcelles, exposées au bruit et à la pollution. On  nous dit que les quatre tours prévues feront écran mais cette protection sera-t-elle suffisante ? Si le terrain prévu pour les tours Duo est conséquent, on se demande aussi comment on pourra caser  les autres tours sur des parcelles aussi exigües. Les conditions d’installation d’un nouveau quartier de ville ne semblent pas réunies.

Côté Ivry, c’est aussi un secteur d’activités avec des entrepôts, des magasins comme Truffaut et Leroy-Merlin, Baktor, les cinémas Pathé, l’hypermarché carrefour, le Syctom désormais bordé par les ciments Calcia. Ici aussi, les piétons ne sont pas très nombreux  car les clients des commerces locaux, les spectateurs des cinémas, ne viennent qu’occasionnellement, et en voiture pour la plupart. Si on pénètre un peu plus dans Ivry, on finit par trouver des logements mais ni commerces ni équipements de proximité. Il y a bien l’immeuble Niel, destiné à loger les usagers de la station F, mais on peut craindre que ceux-ci ne soient pas incités à s’insérer dans un quartier peu attractif. Ils voudront probablement rejoindre au plus vite le quartier Chevaleret, et  ce sera surtout en deux-roues car la desserte par les transports en commun est insuffisante : on est loin des bus et des métros et  le tramway, plus proche, ne propose pas un trajet qui leur permette d’aller au travail.

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Il est prévu d’améliorer les liens entre le sud 13e et sa banlieue, par le percement de l’allée Paris-Ivry. L’idée est séduisante mais qu’en sera-t-il réellement ? Le parcours devant se faire en passant sous le boulevard Jean Simon, puis sous les bretelles et les voies du périphérique, il est indispensable d’assurer une insonorisation et une sécurité  efficaces. Pour que ça marche, il faut que les gens aient envie d’y aller pour circuler mais aussi pour s’attarder. Il ne semble pas judicieux d’installer les commerces traditionnels (habillement, parfumerie) que l’on trouve à proximité, à Plein Ciel, ou à Bercy. On pourrait prévoir un marché, des jeux et activités pour les enfants et les jeunes, des lieux de loisir et de culture, des bistrots sympathiques… Au départ de l’allée, côté Paris, on est en plein en territoire étudiant à côté de l’École d’architecture,  à proximité de l’université Paris-Diderot et pas trop loin de l’Inalco-Bulac. On a un moment surnommé cette nouvelle voie « l’allée des étudiants » et cela pourrait inspirer le choix des activités à y installer. Pour que le lien soit efficace, il faudrait aussi que le débouché côté Ivry donne envie d’y aller voir et qu’il contribue à désenclaver le secteur Bruneseau.

Brigitte Einhorn

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Réactualisation de la charte des usages du port de la Gare

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Une charte des usages du port de la Gare a été  signée en 2013 pour encourager les bonnes pratiques en termes d’hygiène, sécurité et cadre de vie et faciliter ainsi la cohabitation entre ceux qui gèrent les terrasses et péniches et les habitants. Il est indispensable d’empêcher les nuisances notamment au moment des périodes estivales, mais il faut aussi reconnaître que le quai de la Gare est un lieu attractif avec ses activités économiques et culturelles. Cet accord négocié,  entre les Ports de Paris,  la mairie du 13e et les riverains vient d’être réactualisé le 3 octobre : il a été étendu au 12e arrondissement qui est également concerné par cette volonté de bien vivre ensemble. L’expérience, malgré une saison 2015 compliquée, s’est révélée positive et pourrait être étendue par  l’établissement d’un dialogue constructif entre riverains et acteurs des quais de la Râpée et d’Austerlitz.

L’œuvre de Le Corbusier inscrite au patimoine mondial de l’Unesco

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17 oeuvres de Le Corbusier, réparties dans 7 pays, témoignant d’un nouveau langage architectural ont été inscrites par l’Unesco au patrimoine mondial. Ils témoignent  d’une « recherche patiente » menée sur un demi-siècle.

Ces œuvres sont, dans l’ordre chronologique :

  • les maisons La Roche et Jeanneret (1923) à Paris,
  • une villa au bord du lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse),
  • la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde),
  • la maison Guiette (1926) à Anvers ,
  • les maisons de la Weissenhof-Siedlung (1927) à Stuttgart
  • la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy,
  • l’immeuble Clarté (1930) à Genève,
  • l’immeuble locatif de la porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt ,
  • l’Unité d’habitation (1945) « cité radieuse », Marseille,
  • la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges ,
  • la maison du docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine),
  • la chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp
  • le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin
  • le complexe du Capitole (1952) à Chandigarh
  • le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) à Eveux (Rhône),
  • le Musée national des beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon)
  • et la Maison de la culture (1953) à Firminy.

À noter que les œuvres du patrimoine du 13e n’y sont pas représentées

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