Impressions de Bruneseau nord

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Nous partons de la maison des projets de la Semapa, quai Panhard et Levassor et passons sous le pont national. Sur le quai d’Ivry, une station de service, des cimenteries, des entrepôts de matériaux bouchent la vue sur la Seine ; des camions bruyants s’activent. Un grand escalier descend du boulevard Jean Simon qui a été civilisé. Il annonce les immeubles d’habitation à venir jusqu’à la rue Jean-Baptiste Berlier et les premiers contreforts du périphérique : un immeuble en bois de logements privés, un immeuble de logements locatifs intermédiaires et deux résidences étudiantes.

De l’autre côté de la rue Berlier, nous entrons dans la zone de l’appel à projets. Toujours beaucoup de bruit. Vraiment peu d’espace entre la rue Berlier et les bretelles du périphérique. Mais l’immeuble à construire là protégera peut-être les logements et leur petit jardin des nuisances du périphérique.

Nous passons sous le périphérique. Du bruit toujours et des camions. On ne peut pas se parler sans élever la voix. Nous longeons une parcelle qui devra être aménagée en gardant les bâtiments existants : un immeuble des années 50 à l’architecture brutale et bien dessinée regardant vers la Seine et une résidence étudiante le long de la rue Bruneseau. Il ne reste plus grand-chose pour mettre les m² à programmer.

Il n’est pas possible de s’approcher du reste de la zone de l’appel à projets entre les bretelles du périphérique en construction et la rue Jean-Baptiste Berlier également en construction. Nous partons donc explorer l’environnement immédiat, la zone d’activités économiques d’Ivry par la rue François Mitterrand. Nous ne trouvons que des entrées de parkings pour Leroy Merlin, Baktor (qui arrête ses activités), un garage, de grands entrepôts de marchandises, le Syctom et de nombreux gros camions manœuvrent pour y entrer ou en sortir. Personne sur les trottoirs. Difficile de traverser la rue.

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Nous empruntons la rue Victor Hugo jusqu’au pont sur les voies ferrées. Belle vue sur les constructions industrielles et les haubans du périphériques mais l’autre rive nous paraît trop loin pour que nous franchisions les voies.

En reprenant la rue François Mitterrand de l’autre côté de la rue Victor Hugo nous rencontrons des piétons sur les trottoirs bordés maintenant d’habitations dont deux immeubles en construction pour loger les auto-entrepreneurs de la station F (halle Freyssinet). C’est l’heure de la sortie des écoles. Rue Jules Vanzuppe, nous longeons le centre commercial Grand Ciel. Nous continuons jusqu’au quai Marcel Boyer. Celui-ci a été civilisé : élargissement de la voie, terreplein central, requalification des bâtiments des activités sur la Seine qui laissent deviner le fleuve, limitation de la vitesse.

Nous remontons par la rue Bruneseau, constatons le démarrage des travaux sur la parcelle des tours Duo. Nous nous arrêtons rue J.A. de Baïf face à la percée sous la petite ceinture d’un premier tunnel duquel nous voyons le boulevard Jean Simon sous lequel un deuxième tunnel devra être creusé et nous pouvons imaginer qu’au-delà, ce seront le périphérique et ses bretelles qui seront percés de tunnels. L’allée Paris Ivry, la grande rue commerçante de Bruneseau nord, les empruntera tous et conduira à la zone d’activités économiques d’Ivry. Et alors la ZAC Paris Rive Gauche sera terminée.

Pourquoi détruire une zone de grande activité qui semble avoir sa raison d’être au bord du périphérique et de la Seine, en liaison avec Ivry ? Pourquoi ne pas la renforcer et en même temps, comme à Ivry, l’apaiser ?

Françoise Samain

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À la découverte du secteur Bruneseau Nord

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La maquette, exposée par la Semapa dans ses nouveaux locaux de la Maison des projets, apporte un plus par rapport aux plans, en donnant les volumes, en insérant le territoire de l’opération PRG dans son contexte, en mettant en évidence les infrastructures de transport et les liens avec le centre de Paris, avec le 12e, avec Ivry. Cependant, rien ne vaut une visite sur place  qui nous plonge en direct dans le contexte.

Côté Paris, on voit des ouvriers de chantier,  mais ni habitants ni promeneurs. Seuls d’énormes camions manœuvrent et les voitures circulant sur le quai donnent l’impression de vouloir s’éloigner au plus vite. On comprend pourquoi on n’a pas envie de venir dans ces lieux ingrats. On remarque  immédiatement que le site est enserré par la Seine, le périphérique et les rails de chemin de fer. Cette localisation explique qu’on trouve ici essentiellement des activités de logistique, indispensables, mais peu attirantes. On se demande comment implanter logements, commerces et équipements sur de telles parcelles, exposées au bruit et à la pollution. On  nous dit que les quatre tours prévues feront écran mais cette protection sera-t-elle suffisante ? Si le terrain prévu pour les tours Duo est conséquent, on se demande aussi comment on pourra caser  les autres tours sur des parcelles aussi exigües. Les conditions d’installation d’un nouveau quartier de ville ne semblent pas réunies.

Côté Ivry, c’est aussi un secteur d’activités avec des entrepôts, des magasins comme Truffaut et Leroy-Merlin, Baktor, les cinémas Pathé, l’hypermarché carrefour, le Syctom désormais bordé par les ciments Calcia. Ici aussi, les piétons ne sont pas très nombreux  car les clients des commerces locaux, les spectateurs des cinémas, ne viennent qu’occasionnellement, et en voiture pour la plupart. Si on pénètre un peu plus dans Ivry, on finit par trouver des logements mais ni commerces ni équipements de proximité. Il y a bien l’immeuble Niel, destiné à loger les usagers de la station F, mais on peut craindre que ceux-ci ne soient pas incités à s’insérer dans un quartier peu attractif. Ils voudront probablement rejoindre au plus vite le quartier Chevaleret, et  ce sera surtout en deux-roues car la desserte par les transports en commun est insuffisante : on est loin des bus et des métros et  le tramway, plus proche, ne propose pas un trajet qui leur permette d’aller au travail.

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Il est prévu d’améliorer les liens entre le sud 13e et sa banlieue, par le percement de l’allée Paris-Ivry. L’idée est séduisante mais qu’en sera-t-il réellement ? Le parcours devant se faire en passant sous le boulevard Jean Simon, puis sous les bretelles et les voies du périphérique, il est indispensable d’assurer une insonorisation et une sécurité  efficaces. Pour que ça marche, il faut que les gens aient envie d’y aller pour circuler mais aussi pour s’attarder. Il ne semble pas judicieux d’installer les commerces traditionnels (habillement, parfumerie) que l’on trouve à proximité, à Plein Ciel, ou à Bercy. On pourrait prévoir un marché, des jeux et activités pour les enfants et les jeunes, des lieux de loisir et de culture, des bistrots sympathiques… Au départ de l’allée, côté Paris, on est en plein en territoire étudiant à côté de l’École d’architecture,  à proximité de l’université Paris-Diderot et pas trop loin de l’Inalco-Bulac. On a un moment surnommé cette nouvelle voie « l’allée des étudiants » et cela pourrait inspirer le choix des activités à y installer. Pour que le lien soit efficace, il faudrait aussi que le débouché côté Ivry donne envie d’y aller voir et qu’il contribue à désenclaver le secteur Bruneseau.

Brigitte Einhorn

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Réactualisation de la charte des usages du port de la Gare

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Une charte des usages du port de la Gare a été  signée en 2013 pour encourager les bonnes pratiques en termes d’hygiène, sécurité et cadre de vie et faciliter ainsi la cohabitation entre ceux qui gèrent les terrasses et péniches et les habitants. Il est indispensable d’empêcher les nuisances notamment au moment des périodes estivales, mais il faut aussi reconnaître que le quai de la Gare est un lieu attractif avec ses activités économiques et culturelles. Cet accord négocié,  entre les Ports de Paris,  la mairie du 13e et les riverains vient d’être réactualisé le 3 octobre : il a été étendu au 12e arrondissement qui est également concerné par cette volonté de bien vivre ensemble. L’expérience, malgré une saison 2015 compliquée, s’est révélée positive et pourrait être étendue par  l’établissement d’un dialogue constructif entre riverains et acteurs des quais de la Râpée et d’Austerlitz.

La Cité de refuge de l’Armée du salut : une histoire mouvementée

Immeuble Armée du Salut 2007 07Petit rappel à l’occasion de l’inauguration par le Président Hollande, le 23 juin 2016, de la Cité de refuge restaurée :

En 1933, en pleine crise économique et sociale, la Cité de refuge s’est implantée dans le 13e arrondissement, alors industriel et pauvre. Après le Palais du peuple (1926) et  l’asile flottant Louise-Catherine (1929), c’est le troisième et le plus important volet de la collaboration entre trois personnalités qui partagent les mêmes valeurs humanistes :

  • Albin et Blanche Peyron, commandeurs territoriaux de l’Armée du salut, sont à l’origine du projet social destiné à l’accueil des personnes en détresse, sans adresse, sans travail, qui ont besoin de retrouver leur dignité et de reprendre leur place dans la société.
  • Winaretta Singer, princesse de Polignac, soutient les artistes, finance le logement social (HBM de la rue de la Colonie) et les initiatives philanthropiques. Sensible  aux courants avant-gardistes de l’architecture, elle est mécène et marraine de ce projet (elle donne 3 millions de francs sur les 8 millions).
  • Le Corbusier et Pierre Jeanneret, qui appartiennent au mouvement architectural moderne voient en ce projet un moyen de mener une réflexion sur la dimension sociale de l’architecture et de l’urbanisme et d’appliquer les principes scientifiques et la technologie qui peuvent améliorer la qualité du bâtiment et le bien-être des résidents. C’est un des premiers projets d’envergure qu’ils réalisent et la première illustration du concept de cité-jardin verticale ou d’unité d’habitation incluant des espaces d’habitation, de travail, de loisir et d’éducation. L’abattement de 40% consenti sur leurs honoraires n’empêche pas un important dépassement financier.

Le terrain choisi est très difficile à aménager : dénivelé important entre la rue Cantagrel et la rue du Chevaleret, forme complexe de la parcelle, réglementation qui limite les hauteurs. Les architectes tirent parti  de la topographie des lieux, ce qui  relève de la prouesse technique : un accès dans chaque rue est prévu, le dénivelé est pallié par l’utilisation de pilotis et la création d’une rue intérieure au niveau bas. Le Corbusier voulait d’ailleurs faire de cet exercice d’adaptation d’un édifice à un programme et à un terrain un modèle destiné à structurer le tissu urbain environnant, accidenté donc difficile à aménager.

Deux ailes, une pour les hommes et l’autre pour les femmes, sont séparées au centre par les circulations verticales. Le bâtiment de 11 niveaux, évoquant l’architecture d’un paquebot, est en ciment armé, avec des planchers et poteaux en béton. La principale innovation est le mur de verre de 1 000 m²  hermétique, placé au sud devant les dortoirs de cinq étages. Il doit laisser pénétrer au maximum la lumière naturelle et réduire les déperditions de chaleur des ouvertures, créant un univers complètement clos, dit  « à respiration exacte » pour désigner l’air conditionné rendu ici indispensable. Le verre utilisé va du transparent au translucide, selon les points de vue. Le dégradé des vitrages en façade permet de lire les différentes fonctions des lieux. Rapidement, le mur rideau s’est révélé impraticable : la climatisation installée n’a pas fonctionné comme prévu, l’air circulait mal et devenait étouffant en été. En 1935, pour aérer, Le Corbusier a été contraint de renoncer au concept de mur hermétique et de percer des  ouvertures coulissantes destinées à l’aération..

Cette « usine du bien » est une véritable cité réunissant, au-delà de l’hébergement de 500 à 600 personnes, les différentes fonctions donnant aux résidents les moyens de se reconstruire : dortoirs, chambres pour mères célibataires, espaces de préparation et distribution des repas, ateliers de travail, lieux de formation et de culte, clubs pour hommes et pour femmes, une crèche, bureaux pour le personnel, sanitaires. Les services sont multiples : dispensaire, vestiaire du pauvre, soupe populaire. Les innovations techniques de l’époque améliorent l’hygiène et le bien-être physique, jugés prioritaires : système très moderne de chauffage et d’évacuation des extractions de cuisine, sols en pente faciles à lessiver, matériaux modernes (carreaux de céramique blanche, verre, acier, brique de verre Nevada). Les architectes veulent donner une image du rôle de la production industrielle. L’équipement est également moderne : ascenseurs, monte-charge, machines à café, chambres froides.

Au cours du XXe siècle plusieurs modifications interviennent :

– En 1948, Le Corbusier assure la restauration du bâtiment fortement dégradé pendant la guerre. Il remplace le pan de verre, soufflé par une bombe en 1944, par des brise-soleils en béton, comme à Marseille et Chandigarh. Des menuiseries en bois sont posées sur une allège qui n’est plus transparente mais maçonnée. Les chambres, devenues moins lumineuses, sont plus intimes et moins chaudes l’été. La façade est ensuite repeinte avec des couleurs rappelant le drapeau de l’Armée du salut : bleu outremer, ocre, rouge.

– En 1975, une nouvelle restauration, sous la direction de P Verrey, reprend la configuration de 1933, sauf pour les allèges On  installe un ouvrant dans la partie médiane des menuiseries en bois de 1952. La façade est repeinte dans les couleurs antérieures. La même année, la Cité de refuge est inscrite au titre des Monuments Historiques.

– En 1978, le Centre Espoir, centre d’hébergement et d’insertion sociale, est bâti par G Candilis et P Verrey sur un terrain voisin. Les niveaux 2 et 3 des deux établissements sont reliés. Dans la Cité de refuge, les anciens dortoirs sont redécoupés en chambres de 8 à 10 personnes.

– En 1988, l’immeuble de la Cité de refuge vétuste, non fonctionnel et ne répondant plus aux normes de sécurité, nécessite des travaux. Il faut, en priorité, remplacer les châssis de bois et refaire l’étanchéité des terrasses. Ces travaux dénaturent les caractéristiques originales du bâtiment en ce qui concerne les menuiseries, les garde-corps des balcons et des terrasses. Les couleurs sont modifiées.

Une restauration collaborative, décidée en 2007, aboutit à la réhabilitation du Centre Espoir (2014) et à la rénovation-restauration du centre de refuge (20015).

Réaménagement concerté à Oudiné-Chevaleret

Capture d’écran 2016-06-30 à 18.38.14Périmètre quartier Bédier-OudinéUn projet construit avec les habitants

Réaménagement du quartier Oudiné-Chevaleret, au sud du 13e arrondissement.   Des actions ponctuelles ont été engagées par Elogie qui a repris en 2013 à la Semidep le patrimoine de logements sociaux que celle-ci  gérait : la rénovation de l’immeuble Chevaleret est lancée. Elle prévoit la création de nouveaux logements, l’implantation d’activités et le relogement du centre social CAF.

En novembre 2015, plus largement, une étude urbaine a été lancée pour définir un projet de renouvellement du quartier. Dans le cadre  d’une nouvelle dynamique d’intervention en faveur des quartiers populaires, la Ville de Paris a décidé de lier ce projet à celui qui est en cours dans le quartier Bédier-Boutroux, au sud du boulevard Masséna.  Le diagnostic dressé pour ces deux secteurs montre en effet qu’ils présentent des similitudes qui permettent de dégager des objectifs communs plus ambitieux et d’assurer une continuité entre territoires.

Ces objectifs, définis par l’arrêté du 12 avril 2016, sont les suivants :

–  désenclavement par création de nouvelles voies, de dessertes locales, par fractionnement des îlots et par ouverture des façades

– renforcement de la mixité sociale par la création de logements intermédiaires ou en accession à la propriété

– renforcement de la mixité fonctionnelle en créant ou repositionnant des activités, en favorisant l’emploi local, en animant les rez-de-chaussée et en développant les liens

– création de continuités végétales avec la petite ceinture et le potentiel paysager existant

– renforcement des liens avec le secteur voisin e inscription du territoire dans la dynamique de l’Arc de l’innovation Paris-Rive gauche

– revalorisation des équipements publics, acteurs de la recomposition du quartier

– réflexion sur la place des immeubles de logement social existants et sur les améliorations à leur apporter.

En 2016, des ateliers  de concertation ont été mis en place : présentation du projet d’aménagement (9 mai), débat avec les habitants (30 mai et 13 juin), synthèse des échanges (29 juin). Ce projet a aussi été présenté le 17 mai 2016 à 15h00 dans une émission radio sur les ondes de monparisfm.com.

Lors de la réunion du 29 juin, le travail des ateliers était restitué, avec des cartes localisant les remarques et suggestions issues du débat. Deux options majeures se dégageaient : conservation totale ou partielle de la barre, avec réhabilitation ou destruction de cette barre qui serait remplacée par des « plots ». Les réactions ont divergé : il y avait ceux qui voulaient retrouver leur environnement et ceux qui voulaient du nouveau. Dans tous les cas il y aurait création d’une nouvelle rue, assurant la desserte locale, et d’un mail. Faut-il reconstruire le gymnase ou donner la priorité à un objectif d’amélioration de la qualité des logements ? Au-delà des choix d’orientation, la concertation a permis  de faire remonter les attentes de chacun et les observations tirées du quotidien (cour peu attrayante, parcours de circulation à améliorer, problèmes de sécurité…).

Une phase de la concertation est terminée. Il faut maintenant définir les orientations du projet définitif, éventuellement en recourant à une consultation des habitants concernés.

Ateliers concertation Oudiné- Synthèse des propositions-juin 2016

À la découverte du quartier Croulebarbe

Plan quartier Croulebarbe-2

Le 24 juin, Pierre Deblock et Daniel Friedmann nous ont fait découvrir le quartier Croulebarbe, leur quartier. Promenade dans l’espace mais aussi dans le temps, car on y a trouvé un condensé d’histoire locale nous menant de Lutèce au Paris d’aujourd’hui. La visite nous a  permis de retrouver les vestiges actuels de cette Histoire.

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◙ Le quartier Croulebarbe était à l’origine rattaché à l’ancien bourg Saint-Marcel, nommé ainsi  en l’honneur  de l’évêque Saint-Marcel qui y a été enterré au Ve siècle. Les pèlerinages qui s’y sont développé aux siècles suivants ont été l’amorce de l’urbanisation dans le 5e arrondissement et au nord du 13e. La vie s’y est organisée autour des paroisses. Les noms de rue rappellent ce passé lointain : sise au 3-7 de l‘actuel boulevard Arago, l’église Saint Hippolyte, datant du XIe siècle et démolie au XIXe siècle, a donné son nom à une rue dont il subsiste une partie aujourd’hui. Le chemin de l’Oursine, devenu la rue de Lourcine (référence aux cendres ?)  évoquerait les nécropoles voisines. C’est maintenant la  rue Broca. La rue des Cordelières rappelle le couvent construit au XIIIe siècle dont il ne reste que quelques vestiges (baies en arc cintré, troncs de colonne et chapiteaux) intégrés dans l’hôpital Broca (anciennement de Lourcine). On a gardé aussi le souvenir du couvent des Dames  anglaises de la rue des Tanneries.

◙ C’est la Bièvre qui a joué un rôle essentiel dans le développement de l’ouest du 13e. La Bièvre était alors  en dehors de Paris et attirait ceux qui recherchaient le calme et la  verdure : les riches Parisiens, mais aussi les congrégations religieuses (Cordelières, Dames anglaises, Dominicains). Sont venues également s’implanter dans son voisinage les activités, chassées du centre de la capitale parce qu’elles étaient sources de nuisance. On appréciait aussi la qualité de ses eaux qui était particulièrement réputée. Parmi les métiers qui s’y sont développés, il y avait les teinturiers dont un sieur Gobelin, installé en 1443, qui a fait souche. Les membres de sa nombreuse famille ont été relayés par bien d’autres, mais c’est leur nom qui a subsisté. C’est ce nom qui a été donné à la Manufacture, fondée par Colbert en 1662, d’abord royale puis nationale, qui a impulsé le rayonnement national et international des métiers d’art (tapissiers, peintres, orfèvres, fondeurs, graveurs, ébénistes). Un secteur de la très ancienne rue Mouffetard est devenu  en 1869 l’avenue des Gobelins. Outre la station de métro qui porte ce nom, on parle volontiers du  « quartier des Gobelins » même si ce n’est pas son nom officiel. Par contre, d’autres  voies ont été rebaptisées, comme la ruelle des Gobelins appelée aujourd’hui rue Berbier-du-Metz. Malheureusement, la contrepartie de cet essor a été pour beaucoup les difficiles conditions de vie et de travail, la misère avec comme lieu emblématique le passage Moret ; et aussi, la pollution irrémédiable de la Bièvre qui entraîné son recouvrement, puis sa disparition totale en 1912.

Sur place, le souvenir de la rivière est partout :

– Le moulin Croulebarbe, cité dès 1214, a été démoli en 1840 mais il a laissé son nom à une rue, à une station de métro et au quartier administratif créé en 1860 (au moment de la constitution du 13e arrondissement).

– Les rues Paul-Gervais et Edmond-Gondinet sont alignées sur les deux bras de la Bièvre sur lesquels elles ont été édifiées à la fin du XIXe siècle

– Les galeries souterraines qui subsistent après recouvrement ne sont pas visibles mais le tracé des rues évoque le parcours sinueux de la rivière

– Le square Le Gall a remplacé l’île aux singes où, enserrés entre des deux bras de la Bièvre, se trouvaient les anciens jardins ouvriers des Gobelins. Aujourd’hui, ce sont les habitants qui peuvent y cultiver les parcelles d’un jardin partagé. Le square a conservé quelques pans des anciens murets bordant la rivière.

– Au XXIe siècle, les anciens métiers liés à la rivière ont disparu, mais la mémoire des lieux subsiste : la grande mégisserie de la rue Corvisart est devenue le lycée professionnel Corvisart des arts graphiques.  Le Palais du peuple de l’Armée du salut, rue Corvisart, et le lycée Rodin, rue des Tanneries, se sont installés à l’emplacement d’anciennes mégisseries .

– Le château de la reine Blanche, rénové en 2000-2002, nous rappelle les nombreux artisans des bords de Bièvre qui s’y étaient installés.

– La manufacture des Gobelins est toujours là. On peut voir ses bâtiments, sa chapelle, la plaque qui rappelle qu’elle a obligation d’entretenir la rivière devant ses bâtiments sur 137 m.

– Un parcours symbolique de la Bièvre a été établi : il donne des repères (regards d’égout, plaques) et des illustrations (sculpture de salamandre de Véronique Vaster au square Le Gall).

– De nombreux documents et des photos entretiennent le souvenir d’une rivière qui a façonné le quartier

◙ Au XXe siècle, après la disparition de la Bièvre, le quartier Croulebarbe a été remodelé : aménagement du square Le Gall, construction du Mobilier National et d’une extension des Gobelins ; puis rénovation urbaine et modernisation  des années 1950-1960. On envisage alors de prolonger l’avenue de la sœur-Rosalie par une véritable autoroute urbaine (les Champs-Élysées de la rive gauche) reliant la porte Dauphine à la place d’Italie qui aurait fait disparaître l’hôpital Broca et une partie du square Le Gall. L’objectif est de moderniser, d’assainir et de remédier à la crise du logement d’après-guerre. Ce plan d’ensemble n’a pas été réalisé mais des constructions et des aménagements sont intervenus.

On peut voir dans le quartier quelques réalisations d’architectes éminents :

– Le Corbusier a construit en 1926 une annexe de l’Armée du salut rue des Cordelières, 29 rue des Cordelières.

 – Les frères Perret ont  édifié le Mobilier National en 1934-1936 au 1, rue Berbier-du-Metz.

– Jean-Charles Moreux a aménagé le square Le Gall en 1938 sur l‘ancien jardin des Gobelins et a confié à Maurice Garnier des sculptures en rocaille.

– Adrien Brelet a été chargé en 1955du plan d’aménagement du quartier Croulebarbe. Son 2e projet prévoit une importante innovation : la construction de trois tours.

– Adien Brelet et André Le Donné ont construit de 1954 à 1957 un groupe d’immeubles HLM entre la rue Croulebarbe et le boulevard Blanqui

– Édouard Albert a édifié en 1960, au 31 de la rue Croulebarbe, la première tour de Paris, «  la Tour n°1 ». La tour Albert est la première de l’ensemble de trois prévu par le plan Brelet. Les deux autres tours sont situées au 42-52 rue Corvisart(1961)  et entre la rue Émile-Deslandres et le boulevard Arago (1969).

À lire :

– Gaston Digard, Le quartier Croulebarbe, éd. Municipales, 1995, 71 p.

, Simon Texier Le 13ème arrondissement : Itinéraires d’histoire et d’architecture, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 2000, 143 p.

– Renaud Gagneux, Jean Anckaert, Gérard Conte, Sur les traces de la Bièvre parisienne : promenades au fil d’une rivière disparue, Paris, Parigramme, 2004, 156 p.

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Mundo-Montreuil pour l’innovation sociale… et immobilière/financière !

Le Mundo-Montreuil

Le Mundo-Montreuil

L’originalité du nouvel immeuble de l’avenue Pasteur ? 1850 m² de bureaux spécialement destinés aux acteurs de l’Économie sociale et solidaire et du progrès social. Les associations, coopératives, entreprises y trouvent des emplacements à loyer modéré mais aussi des services mutualisés (imprimantes…) et surtout des espaces communs : salles de réunions, espaces de travail collectifs, tisaneries pour la pause. Autant de lieux où tous les occupants peuvent se croiser, échanger, découvrir de nouveaux projets.

Ainsi le « Mundo-Montreuil » se présente comme un immeuble entier de locaux d’associations, aux moyens de prix de location réduits ! La situation peut surprendre, surtout lorsque l’on est habitué aux opérations d’immobilier commercial, financées sur la base de loyers grimpant en flèche, portés par la spéculation. Dès lors, qu’est-ce qui a permis le montage d’un projet si particulier ? Une part de réponse peut être trouvée dans un modèle alternatif proposé par l’entreprise « étic, foncièrement responsable ». Il s’agit de la branche française d’une initiative anglaise « Ethical property » qui depuis 30 ans poursuit un double objectif :

  • D’une part, proposer aux investisseurs des produits d’investissement en immobilier, respectant leurs valeurs de respect de l’environnement, d’innovation sociale et de solidarité.
  • D’autre part, les bâtiments ainsi financés et construits répondent aux difficultés que rencontrent les associations engagées dans ces mêmes causes pour trouver des locaux à loyer modéré tout en maintenant des conditions de travail agréables.

En France, étic a impulsé et suivi plusieurs projets immobiliers. Chacun présente un montage propre, porteur de diverses solutions permettant d’offrir des loyers modérés. L’opération du Mundo-Montreuil est particulièrement intéressante car pour la première fois, étic est intervenue à toutes les étapes du projet. Tout d’abord, le financement du projet a rassemblé, dans une SCI créée pour l’occasion, étic (et ses 45 actionnaires) ainsi que C’développement et la Caisse des Dépôts et Consignations. La particularité des actionnaires d’étic ? Ils sont prêts à accepter une rentabilité limitée de leurs actions pour voir leur capital investi dans une opération « éthique ». Ces différentes sources de financement offrent l’effet levier nécessaire pour obtenir un prêt bancaire.

Le projet du Mundo-Montreuil a également bénéficié de l’aide de la ville de Montreuil qui a cédé le terrain à un prix réduit. Néanmoins, une telle situation n’est pas systématique et ne constitue pas une condition pour le montage des projets d’étic.

Après avoir suivi les travaux de construction et de rénovation, étic prend en charge l’exploitation de l’immeuble. Il s’agit de gérer au quotidien les services utiles au bon fonctionnement des associations, coopératives et entreprises. Dans un objectif de maîtrise des coûts, ces services ont fait l’objet d’un arbitrage pour se concentrer sur les besoins essentiels des locataires.

étic se charge également de trouver les futurs occupants du Mundo-Montreuil. Leur principal souci est de dénicher des acteurs qui partagent le même esprit et avec qui la cohabitation se déroulera sans heurt. Comme toute opération immobilière, l’équilibre économique du Mundo repose essentiellement sur l’occupation de l’intégralité des locaux.

Ainsi, le Mundo-Montreuil a été l’occasion pour l’entreprise étic de montrer de multiples innovations dans le montage et la gestion du projet visant à offrir une alternative à la spéculation immobilière. Il sera intéressant d’observer l’évolution à terme d’étic ainsi que de la ruche bourdonnante d’activité que doit devenir le Mundo.

Si vous voulez participer à cette aventure, il reste encore des emplacements libres au Mundo-Montreuil.
Pour plus d’information, contacter : Clémence Latournerie, étic, responsable Ȋle-de-France, 01 80 89 47 70 – Site internet

Hélène Richard

Réinventer Paris avenue d’Italie : un projet innovant

Le projet atelier d’architecture autogérée est dénommé Wiki Village Factory (WVF)

Le projet de l’atelier d’architecture autogérée est dénommé Wiki Village Factory (WVF)

La Ville de Paris a présélectionné trois projets pour chacun des 25 sites de l’opération Réinventer Paris. Rappelons qu’il s’agit de réaliser, sans dépense publique, des programmes « innovants » sur des terrains appartenant à la collectivité. Un jury international départagera prochainement les candidats encore en lice.

Compte tenu des conditions du concours, peu d’informations circulent. Mais Ada 13 a pu rencontrer le cabinet aaa (atelier d’architecture autogérée) qui a déposé une proposition pour l’avenue d’Italie, sur l’espace compris entre l’avenue et le centre commercial.

L’aaa se veut être une plate-forme collective d’exploration, d’action et de recherche autour des mutations urbaines et des pratiques culturelles, sociales et politiques émergentes de la ville contemporaine. Elle souhaite favoriser la participation des habitants à l’autogestion des espaces urbains délaissés, et contourner les stéréotypes par des projets réversibles.

Le projet de l’atelier d’architecture autogérée est dénommé Wiki Village Factory (WVF). Il est proposé en partenariat avec REI France, la Nef, étic, le groupe SOS, enercoop, biocoop, terre de liens, Jardins de Cocagne, Habitats Solidaires, le 6b, étamine, Oregon, Écodesign Fab Lab, Macogep, Canada et Massachusetts Institute of Technology (MIT), États-Unis. Il s’agit de réunir des organismes d’innovation sociale dans un bâtiment participatif et autogéré.

Les activités proposées sont l’agriculture urbaine, l’apiculture, le recyclage et la réparation (notamment avec des imprimantes 3D), les circuits courts, l’entreprenariat social, une crèche, des restaurants (où seraient proposés les produits cultivés sur place) etc. Chaque programme disposerait d’un accès en rez de chaussée.

Les bâtiments comporteraient quatre étages dans la partie Nord mais seulement deux dans la partie Sud afin de ne pas gêner les habitants de la tour Béryl. Un passage piéton serait réservé entre WVF et l’ensemble Galaxie.

Ada 13 est séduite par ce projet réellement innovant et qui associe des partenaires attachants. Cela nous paraît aller dans la direction de la ville que nous souhaitons pour demain.

Projet-AAA-WVF

Le nouveau stade olympique de Tokyo,
« un éléphant blanc » japonais

Lorsque l’architecte irako-britannique Zaha Hadid remporta le concours international pour un nouveau stade olympique de 80.000 places pour les JO de Tokyo de 2020, rien ne présageait que les choses prendraient une telle tournure. Et pour cause, son projet semblait le mieux correspondre aux nouvelles attentes du cahier des charges du CIO pour le stade : une capacité de 80.000 spectateurs, un toit rétractable, mais surtout un stade avec une excellente performance environnementale, réutilisable, et qui s’intègre dans le contexte urbain.

Mais dés la fin 2012, après avoir été accepté, le projet a du faire face à de vives critiques d’architectes (qualifiant le stade de « monstruosité de 80.000 places »), de l’opinion publique et des politiques, à propos de son esthétique et de son coût. Ce mouvement d’opinion pris ayant de plus en plus d’ampleur, le premier ministre Shinzo Abe a ordonné le 17 juillet 2015 l’abandon du projet et a lancé un nouvel appel d’offres.

Les raisons de la contestation du projet,
et de sa remise en cause

Le premier problème qui est apparu assez rapidement est celui du prix. Alors qu’en 2012 le stade devait coûter 946 millions d’euros, le Conseil japonais des sports (JSC) a révélé le 7 juillet 2015 que le stade devrait coûter 1,9 milliard d’euros, bien plus que n’importe quel stade olympique. Ce prix a été justifié par le dirigeant du JSC, Musao Yamazaki, par le fait que seules quelques entreprises peuvent le réaliser. Le cabinet de Zaha Hadid rétorque que cette augmentation ne peut pas découler du design car les matériaux et les techniques utilisés sont connus.

Le coût annoncé, ainsi que l’opacité entourant le projet, ont déplu aux Tokyoïtes, qui y ont vu un nouvel exemple d’échange secret entre politiciens, bureaucrates et businessmans. Ils leur reprochent d’utiliser des moyens très importants pour le stade, alors que les zones détruites par le séisme et le tsunami de mars 2011 doivent encore être reconstruites. De plus, le gouverneur de Tokyo, Yoichi Masuzoe, n’a pas voulu contribuer au financement du stade (à hauteur de 371 millions d’euros) comme l’avait exigé le gouvernement national.

Enfin, les raisons de la contestation sont d’ordre esthétique et urbanistique. En effet, alors que le projet a été sélectionné par un jury présidé par l’architecte Tadao Ando, un collectif de plusieurs architectes, les « Gardiens du Stade national » s’est formé en 2014 pour protester contre « la monstruosité de 80.000 places ». Le qualifiant « de casque de vélo », moquant sa forme sur Internet en parodiant le stade en WC ou en grille-pain. Si les raisons esthétiques et urbanistiques ont largement été utilisées, le fait que l’architecte du stade ne soit pas japonais a aussi bien sûr déplu aux Gardiens du Stade national.

De plus, la destruction du stade national pour construire le stade olympique, son impact environnemental sur le quartier vert des jardins extérieurs du sanctuaire Meiji, ont fortement déplu aux architectes. Et les tokyoïtes, qui utilisent ces espaces comme lieu de promenade sont également montés au créneau. Finalement, l’impact environnemental a été jugé préoccupant à un moment où Tokyo souhaite organiser des JO verts, en contradiction avec les faibles mesures prises par le Japon pour la COP-21.

Et maintenant ?

Des sportifs médaillés comme Yuko Arimori ont critiqué le projet, des manifestations ont été organisées, et même si les partisans du projet continuent à le défendre, que va-t-il se passer ? Le cabinet de Zaha Hadid a fait connaître son agacement et sa profonde déception, mais n’a pas décidé pour le moment d’engager une procédure. Un nouvel appel d’offres a donc été lancé, comme l’a annoncé le ministre des sports Hakubun Shimomura, avec pour objectif de choisir un nouveau projet en janvier 2016, parmi les architectes japonais, et de terminer ce nouveau stade d’ici au printemps 2020.

Malheureusement, cette échéance implique que le Japon ne pourra finalement pas accueillir la coupe du monde de rugby de 2019, et la fédération de rugby a exprimé « sa profonde déception » en attendant des précisions.

Si, comme le rappelle un éditorial du 18 juillet dans le journal de centre gauche Asahi, « la pagaille autour du stade révèle la réalité de la politique japonaise : les gens au pouvoir agissent pour eux en usant de leur influence », ce stade olympique est un autre exemple « d’éléphant blanc ». Ces projets controversés pour des raisons plus ou moins claires, le plus souvent financières, comme le Centre des Congrès de Lyon ou l’EPR de Flamanville. Cependant, si la tendance aux « éléphants blancs » semble à la baisse en France, cet exemple japonais doit rappeler que nous ne sommes pas à l’abri d’un tel imbroglio.

Forestier Arnaud.
Étudiant à l’Institut français de géopolitique

Le Corbusier dans le 13ᵉ arrondissement
La péniche Louise-Catherine (1929-1930)

La péniche Louise-Catherine (1929-1930) - Photographie : J.-F. E.

La péniche Louise-Catherine (1929-1930) – Photographie : J.-F. E.

♠ La péniche a été construite en 1919 pour alimenter Paris en charbon à partir de Rouen. Elle est alors appelée « Liège ». Elle est construite en béton en raison de la pénurie d’acier dans cette période, est longue de 70 m et large de 8 m, et elle pèse 700 tonnes.

♠ Désaffectée après guerre, la péniche est alors transformée en asile flottant, après avoir été rachetée en 1929 par l’Armée du Salut. Elle est baptisée « Louise-Catherine » du nom de Louise-Catherine Breslau, peintre et amie de Madeleine Zillhardt qui a financé le projet et de la princesse Singer de Polignac, mécène de l’Armée du Salut qui impose Le Corbusier, déjà engagé dans le projet de la Cité de refuge. Celui-ci, amateur de cargos, y aménage trois « nefs » où sont installés des dortoirs de 64 places chacun avec autant de casiers de rangement, un réfectoire de 36 places, une cuisine, des sanitaires, deux appartements pour le directeur et pour le marinier, un jardin suspendu. La surélévation du pont permet d’éclairer et de ventiler le corps du navire où sont installés à chaque extrémité les deux dortoirs, séparés par un bloc de service. L’architecte crée des soupentes pour casser les volumes, et il érige 36 poteaux en ciment armé qui portent le toit-terrasse et libèrent les façades de leur fonction porteuses selon un qui principe sera repris dans la maison « Dom-Ino ». Cet aménagement est en effet l’occasion d’expérimenter des théories de Le Corbusier qui seront développées par la suite. On peut noter aussi que les mesures de la péniche sont calées sur le futur Modulor qui servira à déterminer la structure et la taille des unités d’habitation.
La péniche doit accueillir des personnes en difficulté et servir l’été de colonie de vacances. La Louise-Catherine, inaugurée le 1er janvier 1930, connaît plusieurs emplacements sur la Seine : au Pont des Arts, à Saint-Germain-en-Laye puis au Pont d’Austerlitz. Elle est utilisée jusqu’en 1994 où elle est fermée pour des raisons de sécurité, la coque prenant l’eau.

♠ Après quelques années d’incertitudes, la péniche fortement délabrée est finalement revendue par l’Armée du Salut en 2006. L’association Louise-Catherine veut en faire un centre dédié à l’architecture. La restauration en a été confiée à l’agence Acyc. L’objectif de l’association Louise-Catherine, créée pour l’occasion, est de préserver et de faire revivre cette œuvre, emblématique de la modernité du 20e siècle et de « l’Esprit nouveau » et de rendre visible et lisible la péniche depuis les quais, le pont d’Austerlitz, les bateaux-mouches et le métro aérien. La restauration consiste à aménager trois nouvelles nefs en béton et de nouveaux accès, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Pendant la durée des travaux, une structure métallique nommée Springtechture, réalisée par l’architecte Shuhei Endo, doit envelopper la péniche. C’est un gigantesque ruban métallique flottant, composé de trois séquences. La restauration est soutenue par la Drac, la Fondation Le Corbusier, la mairie de Paris et celle du 13e. Un appel à projets a été lancé par Ports de Paris désireux d’animer cette partie des berges.
Au moment de l’acquisition un état des lieux a été dressé par Michel Cantal-Dupart, président de l’association Louise-Catherine : examen de la coque pour sauvegarder la barge et identification des éléments d’origine (2 châssis, l’escalier principal, les soupentes, les placards, les poteaux).
La péniche doit devenir non seulement un lieu d’accueil, de rencontres et d’exposition sur l’architecture et sur Le Corbusier mais doit aussi rappeler son histoire.

Cinq patrimoines doivent être mis en valeur :

  • La barge en béton. Elle doit rendre visible la structure du bâtiment et permettre une lecture de l’histoire technique des bateaux en béton, une réflexion sur la rencontre entre construction navale et béton armé.
  • Le nom « Louise-Catherine ». C’est un hommage aux grandes figures des bienfaitrices, de l’Armée du Salut.
  • L’œuvre de Le Corbusier. Il s’agit de remettre en valeur l’aménagement de 1929 en rétablissant la lumière grâce à la restauration des châssis et guillotines, en retrouvant les couleurs d’origine et la perspective des 3 nefs (par enlèvement des ajouts), en restaurant l’inscription Louise-Catherine, le mât, les escaliers et soupentes, les casiers et placards, en réinstallant les cloisons, en terminant le jardin-suspendu jamais achevé.
  • La solidarité 1929-1994. L’histoire des 65 ans d’accueil des « sans-adresse, sans-repos, sans-taudis » doit faire l’objet d’une exposition d’archives de l’Armée du Salut (journaux, photos, films…).
  • Le patrimoine du futur « créer dans le créé » 2013-2023-3033. La Louise-Catherine synthétise les vingt premières années de travail de Le Corbusier selon M. Cantal-Dupart. C’est un point d’appui pour la réflexion, l’étude.

Ce « bateau-savoir » témoignera donc de l’histoire du lieu, sera un lieu d’exposition, de rencontres, d’information, d’éducation. Des partenariats doivent être établis avec des écoles et des universités : chantiers-écoles, formation qualifiante sur « la promotion du fleuve »… Ce sera un lieu culturel consacré à l’architecture fluviale : photos, vidéos, installations, et interventions d’artistes, inventions scénographiques.


Bibliographie

  1. L’asile flottant de l’Armée du Salut 1929-1930. Gilles Ragot, Mathilde Dion, Le Corbusier en France, Le Moniteur, 1997, p. 44.
  2. La Louise-Catherine : la péniche Le Corbusier. Décembre 2008, 20 pages.
  3. Aurélie Jacques, La péniche secrète de Le Corbusier. Inouï. C’est en réalisant cette œuvre que l’architecte a mis au point nombre de ses théories. Le Point, 18 octobre 2012.
  4. « Louise-Catherine » et Le Corbusier sont dans une péniche, Le Monde, 11 avril 2013.
  5. Olivier Flandin, La péniche en béton de Le Corbusier devient un centre sur l’architecture. Le Monde, 23 mai 2013.
  6. La péniche en béton de Le Corbusier transformée en centre d’architecture sur le quai d’Austerlitz. 28 mai 2013.
  7. Christophe Riedel, Péniche Le Corbusier restaurée : automne 2015. Parallèles potentiels, 20 octobre 2014.
  8. Édito, vidéo photos « 1919-1920 », « aujourd’hui », « demain » sur le site de Louise-Catherine SAS.
  9. Michel Cantal-Dupart, Avec Le Corbusier. L’aventure du « Louise-Catherine ». CNRS éditions, 2015.

Jean Walter et les Z : deux livres d’aventures à découvrir

Jean-Pierre Clerc, Jean Walter & Zellidja, ou le devenir-homme, éd. Kéraban, 2010, et Z, dix mille voyages initiatiques, éditions Barakah, 2011.

Zellidjalogo

L’auteur, habitant du 13e, ancien Zellidja et ancien journaliste du Monde, commence par nous conter la vie de Jean Walter. On connaît en tant qu’architecte le parcours de celui qui a débuté avec les maisons jardins, comme celles de la pittoresque « Petite Alsace » nichée dans la pente de la rue Daviel. Il s’est aussi illustré dans l’architecture hospitalière qu’il a contribué à renouveler. Son nom, associé à celui de Paul Guillaume, évoque par ailleurs la belle collection de tableaux impressionnistes rassemblés au musée de l’Orangerie. On sait moins que, jeune homme aventureux, il a sillonné à bicyclette les routes d’Europe ; convaincu du rôle pédagogique d’expéditions, menées dans la prime jeunesse avec un objectif de découverte qui va bien au-delà d’un simple voyage touristique, il a voulu en faire bénéficier des jeunes de 16 à 20 ans, en leur accordant une bourse, volontairement modeste. Il fallait partir seul, se débrouiller et, au retour, rendre un compte-rendu écrit. Les boursiers apprenaient à écouter, à voir, à être responsables et à prendre confiance en eux.

Jean Walter a pu financer ces bourses, grâce aux gains considérables réalisés dans l’exploitation d’une mine de plomb située au Maroc au lieu-dit Zellidja. C’est donc ce nom qui a été donné à la Fondation qu’il a créée en 1951. C’est ce même nom qu’a pris l’association constituée par des anciens « Z » pour se retrouver, s’entraider et faire connaître le dispositif aux générations postérieures. Grâce à leur conviction et à la satisfaction d’avoir pu vivre une telle expérience, Zellidja a pu survivre, malgré de nombreuses péripéties et, après 1968, une interruption de quelques années.

Au 60 de la rue Regnault, dans le 13e, est installée l’association Zellidja : vous pouvez vous y procurer ces deux livres qui relatent la genèse et l’évolution de la Fondation et de l’association Zellidja. Le dispositif d’origine s’est adapté en cours de route : le terrain d’aventure, d’abord métropolitain, s’est rapidement élargi au vaste monde ; les rapports de voyage font désormais appel aux multimédias ; le recrutement s’est démocratisé ; et, surtout, les jeunes filles y ont été « admises » et sont devenues largement majoritaires.

Ces livres nous font découvrir la richesse des expériences privilégiées dont ont bénéficié plus de 10 000 boursiers, et montre leur esprit de solidarité, l‘esprit « Z ».

www.zellidja.com

Qu’entend-on par Grand Paris ?

Carte du Grand Paris

L’idée d’un Grand Paris débordant des limites de la capitale a plusieurs fois été évoquée depuis le début du siècle dernier. La ville de Paris (2,24 millions d’habitants) ne couvre en effet que 100 km² alors que le territoire aggloméré (5,58 millions d’habitants) s’étend sur près de 1 600 km², soit une superficie comparable à celle de la ville de Londres (Greater London). L’idée progresse dès le début des années 2000, aussi bien du côté de la Ville de Paris que du côté de l’État, suite à l’« Appel pour le Grand Paris » lancé en mars 2005 par un groupe d’urbanistes, d’architectes et d’experts qui demandent la création d’un atelier de la métropole parisienne.

C’est ainsi que le 7 juillet 2006, 42 élus se rassemblent autour d’enjeux communs (les déplacements, le logement, le développement économique) dans le cadre de la Conférence métropolitaine, en réponse notamment à l’appel du Maire de Paris et du président de la Région, tandis qu’un an plus tard l’État propose des pistes de réflexion pour l’aménagement de la métropole parisienne.

Le discours-programme de Nicolas Sarkozy pour la Région d’Île-de-France (26 juin 2007)
Alors que le Schéma directeur de l’Île-de-France (SDRIF) est en cours de mise au point par la Région (sur la base d’une structuration de la zone dense par des rocades de transport en commun), le président de la République expose sa vision du développement de la métropole parisienne dans son discours d’inauguration du satellite nº 3 de l’aéroport Charles-de-Gaulle.

Il identifie quatre leviers de changement :

  • les infrastructures avec la construction de transports en commun circulaires,
  • l’urbanisme, avec le développement de l’habitat collectif en centre-ville et de l’habitat individuel en périphérie,
  • la recherche et l’enseignement supérieur, avec le renforcement de l’attractivité des campus universitaires,
  • l’organisation des pouvoirs, Paris étant la seule agglomération de France à ne pas avoir de communauté urbaine.

Nicolas Sarkozy propose une mobilisation des administrations concernées pour étudier ces questions et définir une stratégie, ainsi que le schéma directeur correspondant, à adopter fin 2008 au cours d’un Comité interministériel d’Aménagement du territoire dédiée à l’Île-de-France.

Le discours de Nicolas Sarkozy sur un projet de « Grand Paris » (17 septembre 2007)
Les propositions du président de la République se précisent quelques mois après dans son discours d’inauguration de la Cité de l’architecture. Il annonce son intention de lancer, par le biais de cabinets d’architectes français et internationaux, un diagnostic prospectif, urbanistique et paysager pour contribuer à la définition d’un nouveau projet d’aménagement global du « Grand Paris ». Dans la foulée (27 décembre 2007), le ministère de la Culture lance une consultation internationale en vue de sélectionner dix équipes pluridisciplinaires chargées de produire des idées d’aménagement de la métropole du 21e siècle.

La création d’un Secrétariat d’État au Développement de la Région Capitale (18 mars 2008)
Christian Blanc est nommé Secrétaire d’État en charge du développement de la Région Capitale, avec pour mission de définir une vision pour la Région Capitale à l’horizon 2030, avec de grandes opérations d’aménagement (Plateau de Saclay, Plaine de France) et les réseaux de transport nécessaires au bon fonctionnement régional. Le Secrétaire d’État participe également à la consultation internationale sur le Grand Paris, les dix équipes d’architectes-urbanistes sélectionnés devant « produire des scénarios de développement du territoire de la Région Capitale à partir d’un diagnostic global ».

De 2008 à 2009 : parallèlement aux réflexions du gouvernement, les collectivités locales de l’Île-de-France poursuivent leurs actions en matière d’aménagement.

Le lancement des assises de la Métropole (25 juin 2008)
Plus de 200 élus faisant partie de la Conférence métropolitaine, réunis à la Plaine-Saint-Denis, lancent les bases d’un « syndicat mixte » pour tenter de peser face au gouvernement dans les projets d’aménagement de la métropole parisienne. Les statuts de ce syndicat sont élaborés dès octobre 2008 et leur validation en avril 2009 se concrétise par la création du Syndicat Mixte Paris-Métropole le 10 juin 2009.

L’adoption du SDRIF par le Conseil régional d’Île-de-France (25 septembre 2008)
Le SDRIF adopté prévoit une structuration de l’agglomération dense par une ligne de métro circulaire reliant les lignes de métro prolongées en banlieue et les différentes lignes ferroviaires.
Le document présente trois tracés possibles, au sein d’un fuseau irriguant la Première Couronne, pour ce projet de métro dénommé Arc Express.

La mise au point d’Arc Express
Le Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif) affine le projet Arc Express dont il précise les tracés, les coûts et le mode de fonctionnement. Pris en considération par le Conseil d’administration du Stif en juillet 2009, le projet fait l’objet d’une saisine de de la Commission nationale du débat public (CNDP) qui approuve en septembre 2009 l’organisation d’un débat public sur Arc Express.

Après l’inauguration de l’exposition « Le Grand Paris de l’agglomération parisienne » par Nicolas Sarkozy, l’appellation Grand Paris tend à se focaliser sur le projet de métro.

La présentation des résultats de la Consultations des architectes-urbanistes (mars 2009)
Les dix équipes d’architectes-urbanistes chargées de donner leur vision de la future agglomération parisienne présentent leurs projets lors d’un débat « Le Grand Paris – À la recherche de nouveaux équilibres »  organisé par la Cité de l’architecture et du patrimoine. Ils prônent la multiplication de métros aériens, de tramways, de bus rapides, mais leurs projets n’auront pas de suite et la vedette leur est volée un mois plus tard par l’annonce du projet de métro du Grand Paris.

Le discours de Nicolas Sarkozy lors de l’inauguration de l’exposition « Le Grand Paris de l’agglomération parisienne » consacrée aux travaux des architectes-urbanistes (avril 2009)
Dans son discours, le président de la République annonce la création du métro du Grand Paris conçu par Christian Blanc. Destiné à relier les pôles d’excellence situés tout autour de la capitale, le projet se compose d’une double boucle et du prolongement de la ligne 14 jusqu’aux deux aéroports internationaux, ce qui totalise une longueur de 130 km. Le financement du projet, d’un coût de 21 milliards d’euros, doit faire l’objet d’une recherche de nouvelles sources, dont la valorisation foncière. Cette recherche est confiée à Gilles Carrez, rapporteur général de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, qui remet son rapport en septembre 2009. Ce dernier précise que les recettes liées à la valorisation foncière et immobilière ne doivent pas faire illusion et propose d’associer les Collectivités territoriales à la politique d’aménagement dans le cadre de contrats d’aménagement.

Le premier semestre 2010 voit la mise en place d’outils institutionnels pour la réalisation du Grand Paris, en particulier pour le projet de métro.

La création de l’Atelier international du Grand Paris (février 2010)
Un Atelier International du Grand Paris regroupant les dix équipes d’architectes-urbanistes est créé, afin de les rassurer en leur prouvant que le Grand Paris ne se limite pas à un projet de transport. Les architectes-urbanistes pourront travailler ensemble pour modeler le Grand Paris, le faire évoluer et l’enrichir.

La promulgation de la loi relative au Grand Paris (3 juin 2010)
La loi établit les fonctions du Grand Paris et précise les moyens prévus pour sa mise en place :

  • L’élaboration et les outils de mise en œuvre du réseau de transport public du Grand Paris, pour lequel l’organisation d’un débat public a été validée par la CNDP en avril 2010.
  • La création de la Société du Grand Paris, établissement public chargé de concevoir et d’élaborer le schéma d’ensemble et les projets d’infrastructures composant le métro du Grand Paris et d’en assurer la réalisation en tant que maitre d’ouvrage.
  • Le développement territorial et les projets d’aménagement, à partir de Contrats de développement territorial (CDT) pouvant être conclus entre le représentant de l’État dans la région et les communes et les établissements publics de coopération intercommunale ; la région et les départements territorialement concernés peuvent également, à leur demande, être signataires des contrats.
  • Les dispositions relatives à l’établissement public d’aménagement de Paris-Saclay.

Le projet de métro du Grand Paris est en concurrence avec le projet Arc Express, jusqu’à l’accord de janvier 2011 entre l’État et la Région Île-de-France.

Deux débats publics menés en parallèle (30 septembre 2010 – 31 janvier 2011)
En mai 2010, les députés et les sénateurs, répartis en commission paritaire, s’accordent sur le lancement de deux débats publics, un pour le métro du Grand Paris, l’autre pour Arc Express. Ces débats démarrent simultanément le 30 septembre 2010 pour une durée de quatre mois.

Signature du protocole d’accord État-Région sur le projet de métro Grand Paris Express (26 janvier 2011)
Quelques jours avant la clôture des deux débats publics, l’État et la Région se mettent d’accord sur la réalisation d’un projet de métro dénommé Grand Paris Express constitué :

  • du projet de métro du Grand Paris de l’État,
  • de deux arcs de métro, à la charge de la Région, irriguant respectivement la proche banlieue ouest (Hauts-de-Seine) et la proche banlieue est (Seine-Saint-Denis).

Dans cet accord, l’État apporte un certain nombre de garanties, notamment des garanties financières complémentaires pour le Plan de Mobilisation pour les transports de la Région.

Les principales composantes du Grand Paris se précisent au cours du premier semestre 2011.

Extension de l’Atelier International du Grand Paris (AIGP)
L’Atelier International du Grand Paris bénéficie des adhésions successives du Syndicat mixte Paris-Métropole (11 mars 2011), de la ville de Paris (29 mars 2011) et de la région Île-de-France (8 avril 2011), ce qui met les collectivités locales et l’État à parité dans la gouvernance de l’AIGP.

Présentation du schéma d’ensemble du métro Grand Paris Express (mai 2011)
La société du Grand Paris présente le projet de métro arrêté suite aux accords intervenus avec la Région. La ligne 14 ira bien jusqu’à l’aéroport d’Orly mais elle ne sera plus prolongée jusqu’à l’aéroport de Roissy comme prévu initialement ; son terminus nord sera Saint-Denis-Carrefour Pleyel, important nœud d’échanges avec la ligne La Défense-Roissy et les deux arcs proches rajoutés par la Région. Le projet de métro Grand Paris Express comptera 160 km, desservira 72 gares et coûtera 32,4 milliards d’euros (y compris le coût de lignes supplémentaires à la charge de la Région) ; la mise en service du projet s’effectuera par phases successives à partir de 2017 (jusqu’au-delà de 2025).

Lancement des Contrats de développement territorial (décret du 24 juin 2011)
Le décret précise le contenu des Contrats de développement territorial prévus dans la Loi relative au Grand Paris pour permettre au nouveau métro de produire pleinement ses effets sur le développement local. Ce sont des outils de planification et de programmation pour la mise en œuvre des objectifs du Grand Paris, notamment en matière d’urbanisme, de développement économique, de logement. Concentrés en zone dense, les CDT couvrent aussi quelques secteurs de la Grande couronne. Il s’agit d’engagements de principe sur un projet de territoire entre l’État, les communes et les intercommunalités, pour une durée fixée par les partenaires (à défaut quinze ans).

Peu de temps après son élection à la présidence de la République, François Hollande lance le projet de Métropole parisienne.

Le discours de François Hollande à l’Hôtel de ville de Paris (15 mai 2012)
Dans son discours, le président de la République s’engage à « créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une métropole parisienne capable d’affronter, à l’échelle pertinente, tous les défis qui se présente à elle, en s’appuyant sur une structure qui existe et qui a fait ses preuves : Paris-Métropole. La nouvelle confédération métropolitaine disposera de pouvoirs réels, notamment en matière de logement, puisque c’est là l’enjeu le plus immédiat et le plus urgent pour les familles ».

Le discours du premier ministre à l’université de Marne-la-Vallée (6 mars 2013)
Jean-Marc Ayrault apporte un certain nombre de précisions concernant l’évolution du Grand Paris :

  • L’État et les collectivités locales, notamment la Région, se sont mis d’accord sur le financement d’un projet de transport régional à mettre en service progressivement jusqu’en 2030. Ce projet, du nom de Nouveau Grand Paris comprend le projet de métro Grand Paris Express et tous les autres projets de transports en commun régionaux faisant l’objet de Contrats de projets Etat-Région, dont des investissements lourds de modernisation des réseaux ferrés,
  • L’espace métropolitain doit se structurer de manière privilégiée autour de grandes intercommunalités qui conforteront la logique des Contrats de développement Territorial. La dynamique des territoires (périmètres géographiquement continus regroupant au moins 300 000 habitants) de l’île de France doit être soutenue par une nouvelle gouvernance et, sur la base de la nouvelle carte intercommunale, sera créé l’établissement public de la Métropole parisienne le 1er janvier 2016.

La loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (27 janvier 2014)
Le projet de loi vise en premier lieu à clarifier les responsabilités des collectivités territoriales et de l’État. En second lieu, il entend conforter les dynamiques urbaines en affirmant le rôle de trois métropoles (la Métropole de Paris, la Métropole de Lyon et la Métropole d’Aix-en-Provence). Le texte comprend également diverses mesures concernant ces métropoles et précise que leurs compétences porteront sur l’aménagement de l’espace métropolitain, la politique locale de l’habitat, le développement et l’aménagement économique, social et culturel, la protection et la mise en valeur de l’environnement, la politique du cadre de vie. Les dispositions spécifiques à l’île de France précisent que sera créé, le 1er janvier 2016, un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre à statut particulier dénommé la « Métropole du Grand Paris ».

Le décret relatif à la mission de préfiguration de la Métropole du Grand Paris (19 mai 2014)
Le décret précise les règles d’organisation et de fonctionnement de la mission de préfiguration chargée de préparer les conditions juridiques et budgétaires de la création, au 1er janvier 2016, de l’Établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre de la métropole du Grand Paris. Pour son fonctionnement, la mission s’appuie sur un Groupement d’intérêt public (GIP) constitué à part entière entre l’État et le Syndicat mixte Paris-Métropole. Le GIP est présidé alternativement par le préfet de la région île de France et par le président du Syndicat mixte Paris-Métropole, lesquels sont assistés d’un directeur qui assure la coordination et la direction de la mission. La mission comprend également deux conseils :

  • Un conseil d’élus qui oriente les travaux de préparation des rapports et émet un avis sur ces rapports (les maires et les présidents des EPCI de la première couronne, le maire de Paris, les maires des communes des autres départements en continuité de la Première couronne ou appartenant à un EPCI comprenant au moins une commune de la première couronne, les présidents des Conseils généraux, le président du Conseil régional, deux députés et deux sénateurs,
  • Un conseil de partenaires socio-économiques qui émet des avis et donne des orientations pour le diagnostic général.

Le Grand Paris se décline désormais en trois chantiers principaux : les transports, l’aménagement et la gouvernance.

Les transports
Le projet de transport du Nouveau Grand Paris concerne l’ensemble de la Région d’Île-de-France car il se compose :

  • Du projet de métro Grand Paris Express.
  • Des autres projets de transports en commun franciliens, y compris des projets de modernisation des réseaux ferrés et d’amélioration des services offerts.

L’aménagement
Les Contrats d’aménagement territorial passés entre les communes ou les intercommunalités et l’État encadrent le développement territorial du Grand Paris. Parmi les projets, l’État accorde une forte priorité à la construction de logements (nécessité de construire 70 000 logements par an dans la région) et au développement économique (le Grand Paris pourrait générer 800 000 emplois pérennes à l’horizon 2030) sur l’ensemble du territoire francilien.

Pour cela, l’État :

  • S’engage à travers le Plan de mobilisation pour l’aménagement et le logement à la relance de la construction et à la rénovation de l’habitat des Franciliens (soutien aux collectivités qui construisent, création d’une Opération d’intérêt national (OIN) multi-sites, transformation de l’Agence foncière et technique de la Région Île-de-France en Grand Paris Aménagement).
  • Prévoit de mieux utiliser les sept pôles de compétitivité existants, d’apporter son appui aux nombreux grands projets, publics ou privés, déjà engagés, de créer un système de gouvernance économique cohérent permettant le développement d’une marque « Grand Paris » facilement identifiable par les acteurs économiques.

La gouvernance
La Métropole du Grand Paris réunira les communes de la zone dense dès le premier janvier 2016. Cet Établissement public de coopération intercommunale ne doit pas créer d’échelon supplémentaire, ce qui impliquera la suppression des Conseils généraux dans la Métropole. Sur le reste du territoire francilien, une large concertation est engagée pour mettre en place une nouvelle organisation intercommunale avec des regroupements d’au moins 200 000 habitants.

Danièle Navarre

Carte des transport du Grand Paris

Ada 13 :
50 ans à penser treizième

Panneau d’exposition | Une histoire parisienne de la démocratie participative

À l’occasion de son 50e anniversaire, Ada 13 vous propose
L’EXPOSITION
Une histoire
PARISIENNE
de la démocratie participative


Du 20 au 30 octobre 2014 ■ Mairie du treizième ■ Galerie Athéna
Ouverture du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures et le jeudi jusqu’à 19 h 30


Au sommaire de la manifestation

Ada 13 : de 1964 à 2014…
Début des années 1960 : la fondation

Ada 13 et le treizième : 50 ans d’histoire partagée

Histoire populaire du treizième
Terre d’accueil et porte d’entrée de la capitale

Les grandes opérations d’urbanisme depuis 50 ans

Opération Italie XIII
L’apprentissage de l’urbanisme concerté

1960-1970 : la défense du cadre de vie
Contre la rénovation bulldozer

De la tutelle de l’État à une mairie responsable
Ada 13 mobilise la population pour réformer le statut de Paris

Ada 13 et la démocratie participative

Enrichir le débat public

Les transports : un engagement permanent
aux côtés des usagers de la rue et des transports publics

Intrinsèque beauté des tours
« Les Parisiens veulent tout à la fois… Galaxie le leur offre. »

Un arrondissement marqué par la verticalité

La renaissance de la Bièvre à Paris
Évocation historique ou projet environnemental ?

Des projets en débat…
La Métropole du Grand Paris va rebattre les cartes

Relais Accueil : accueillir les jeunes travailleurs
Une aventure poursuivie depuis 50 ans


Événement organisé en partenariat avec
Icade - Mairie de Paris - Mairie du treizième - Ogic - RIVP - Semapa
et l’aimable soutien de Denis Baupin, député de Paris, et de Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État.


Le treizième et Ada 13 :
50 ans d’histoire partagée

Cap sur la Métropole du Grand Paris ?
Programme du colloque
Le samedi 25 octobre 2014, à l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Val-de-Seine

Entrée de l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Val-de-Seine, quai Panhard-et-Levassor

Entrée de l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Val-de-Seine, quai Panhard-et-Levassor.

9 h – 9 h 15
Introduction
par Emmanuel Leguy, président d’Ada 13

Matinée
Les transformations du treizième depuis 50 ans
Un des plus vastes arrondissements de la capitale a connu en un demi-siècle de profondes mutations économiques, sociales et culturelles. Elles ont entraîné de véritables transformations du paysage urbain, de l’habitat et du « vivre ensemble » des différentes populations qui s’y sont succédé.

9 h 20 – 10 h 45
Les mutations
Table ronde, animée par David Even, journaliste, rédacteur en chef du magazine Le 13 du mois.

9 h 20 – 9 h 40
Les grandes mutations économiques de l’arrondissement, des usines aux buildings…
par Vincent Renard, économiste, directeur de recherches au CNRS.

9 h 40 – 10 h
L’histoire sociale, ou les différentes populations qui ont modelé le visage du treizième
par Pascal Dibie, directeur de la Fédération de recherches sciences de la ville, université Paris-7.

10 h – 10 h 20
L’histoire politique, l’alternance gauche/droite/gauche
par Matthieu Jeanne, doctorant à l’Institut de géopolitique, université Paris-8.

10 h 20 – 10 h 45
Débat avec la salle

10 h 45 – 12 h 30
Les métamorphoses
Plusieurs interventions décriront la profonde évolution du cadre de vie du treizième.

10 h 45 – 11 h 45
Les transformations architecturales et urbaines : les grands projets, la reconversion des friches industrielles
par Gilles-Antoine Langlois, urbaniste, professeur à l’École d’architecture de Bordeaux, accompagné de Laura Vasdebonscoeur, architecte, et Paul Smith, historien chargé du patrimoine industriel à la direction générale des patrimoines au ministère de la Culture et de la Communication.

11 h 45 – 12 h 15
Avec l’arrivée de l’université, le treizième, un nouveau Quartier latin ?
par François Montarras, ancien vice-président de l’université Paris-7.

12 h 15 – 12 h 30
Débat avec la salle
suivi d’un buffet sur place.

Après-midi
Nouveaux enjeux urbains, nouveaux défis démocratiques : quel rôle pour les associations, dont Ada 13, dans le contexte du Grand Paris ?
Née en 1964, Ada 13 a accompagné toutes les mutations de l’arrondissement en affirmant haut et fort le point de vue de ses habitants. Elle a pris appui sur toutes les formes d’actions et d’interventions dans la vie de la cité : actions revendicatives, défense des intérêts des habitants, participation aux conseils de quartier et aux instances de concertation, propositions et contre-projets…

14 h – 16 h 15
Retours d’expériences participatives

14 h – 14 h 15
Projection d’un film sur les 50 ans de l’association Ada 13
réalisé par Bruno Maruani, qui le présentera au public.

14 h 15 – 14 h 45
Ada 13 : histoire d’un engagement citoyen et de son influence
par Jacques Remond, ancien président d’Ada 13.

14 h 45 – 15 h 30
Le projet participatif de la place Pinel, un exemple du dynamisme des conseils de quartier.
avec Frédérique Lecocq, pour le conseil de quartier nº 4, Geneviève Dourthe, adjointe au maire du 13e, Jean-Marie Rozière et Bruno Duwez, habitants du quartier, Benjamin Le Masson, des services techniques de Paris, et Emmanuel Leguy, président d’Ada 13.

15 h 30 – 16 h 15
Le Comité permanent de concertation Paris-Rive gauche, une expérience historique de concertation sur un grand projet d’urbanisme
Table ronde, animée par David Even, rédacteur en chef du magazine Le 13 du mois.
avec Françoise Samain, Ada 13, Jean-François Gueulette, directeur général de la Semapa, Fabrice Piault, ancien président de Tam-Tam, et Bertrand Méary, garant de la concertation.

16 h 15 – 17 h
Perspectives urbaines et enjeux démocratiques
L’évolution récente du contexte législatif fait apparaître de nouveaux enjeux urbains et politiques, liés à la Métropole du Grand Paris, au réseau de transports Grand Paris Express, aux nouveaux projets d’urbanisme à Paris et dans la petite couronne. Que devient la démocratie participative dans ce cadre de référence ? Comment faire entendre la voix des citoyens ?

Table ronde animée Jean-Pierre Courtiau, fondateur du magazine Objectif Grand Paris (nos 1 et 2)

Vers la Métropole du Grand Paris : quels enjeux pour les Parisiens et comment seront-ils associés aux décisions ?
Intervenants : Dominique Alba, directrice de l’Apur, Marie-Pierre de la Gontrie, conseillère de Paris (13e) et première vice-présidente de la Région Île-de-France, Emmanuel Leguy, président d’Ada 13.

Débat avec la salle

Vers 17 h 15
Clôture
par Jérôme Coumet, maire du 13e arrondissement de Paris, et Emmanuel Leguy.


Pour participer à cette manifestation gratuite, nous vous remercions d’adresser votre demande par courriel à Ada 13 en indiquant votre prénom, votre nom, votre numéro de téléphone et la raison sociale de votre établissement (mention facultative), avant le 12 octobre 2014.
En vous remerciant de votre participation.


Ce programme est donné à titre indicatif, certains intervenants pouvant être amenés à être remplacés pour des raisons d’indisponibilité.
Il est téléchargeable au format PDF à ce lien (1,6 Mo).

Survie des Olympiades :
la mobilisation des habitants

Plan d’aménagement de la Dalle des Olympiades (2012)

Plan d’aménagement de la Dalle des Olympiades
Sources : lettre d’information Ensemble améliorons les Olympiades, nº 7, juillet 2012.

Les élections municipales ont été pour les habitants une occasion d’alerter les pouvoirs publics et l’opinion sur leurs problèmes spécifiques. La dalle est de statut privé mais elle est de fait un espace public. Les propriétaires en paient doublement l’entretien (taxes locales, charges). Le budget annuel est de 7,5 millions d’euros, soit 1,5 million pour l’investissement et 6 millions pour le fonctionnement. Le taux de participation par catégorie a été fixé dès l’origine par l’Association syndicale libre (ASL), gestionnaire de la dalle : 44 % pour les logements sociaux (Paris-Habitat), 36 % pour les propriétaires privés et 20 % pour les bureaux, commerces et équipements. Les copropriétaires des cinq tours de logements privés assurent la charge du surcoût induit par la réglementation sur les immeubles de grande hauteur (25 % du total).

Alors que les salaires stagnent, le montant des charges a augmenté d’environ 20 % en cinq ans. Le coût annuel représente entre 60 et 70 euros par m². En même temps, à Paris, les charges foncières et les taxes d’habitation ont explosé.

La Ville verse une subvention depuis 1977, date à la quelle la dalle et les rues souterraines ont été classées « voies privées ouvertes à la circulation publique ». Dans la première mandature de B. Delanoë plusieurs revalorisations notables sont intervenues, notamment au titre des dépenses de surveillance. En 2007, par contre, le montant en a été baissé en lien avec la mise en place d’un dispositif de correspondants de nuit : elle est passée de 681.000 euros en 2006 à 460.000 euros en 2007 (467.000 euros en 2013). Cette dotation est jugée insuffisante au regard du coût toujours plus élevé des charges communes de gestion et d’entretien (16,5 %) et des charges relevant du domaine public (32,5 %).

Le vieillissement de la dalle nécessite de grands travaux évalués à 20 millions d’euros au début des années 2000 : réfection des canalisations, remplacement d’équipements techniques, réfection de l’étanchéité des sols. Les copropriétaires doivent en assurer seuls le financement. Il faut y ajouter le désamiantage (1,2 millions d’euros pour les immeubles concernés). En plus de ces travaux de réfection, des travaux « d’amélioration du site » ont été jugés nécessaires : démolition-reconstruction de la crèche et de l’école maternelle, reconversion du stadium en gymnase municipal, rénovation des équipements publics. La Ville de Paris a financé intégralement cette rénovation indispensable. Par contre la Ville ne prend en charge que 90 % des frais du réaménagement des accès, entrepris pour la mise aux normes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite : les 10 % restants (1,2 million d’euros) sont à la charge des copropriétaires. Notons qu’ils auront à payer l’intégralité des travaux de l’accès Baudricourt (55.000 euros) qui ne peut être mis aux normes alors que, de fait, cette rampe se révèle utile en cas (fréquent) de pannes d’ascenseur ou d’escalator.

Il importe de remédier rapidement à ces difficultés financières qui risquent d’entrainer une insolvabilité généralisée des copropriétaires et la dégradation des Olympiades. Déjà la baisse du prix du foncier répercute une désaffection grandissante. Il serait dommage de laisser à l’abandon un espace où habitent 10.000 habitants et où existe une véritable mixité sociale ; il faut retrouver une dynamique de quartier et préserver la qualité de la vie sur la dalle qui est un lieu très animé et très fréquenté, surtout depuis la création des nouvelles stations de la ligne 14 et du tramway. Par contre, l’attractivité exercée par le commerce asiatique joue un rôle moindre depuis l‘interdiction d’ouverture des boutiques le dimanche après-midi, et cela juste après que les manifestations organisées en 2013 pour les quarante ans, et notamment l’exposition du Pavillon de l’Arsenal, aient fait redécouvrir l’architecture de Michel Holley.

Une municipalisation de la dalle pourrait être une solution. Elle a été envisagée en 2001 par la nouvelle municipalité, et exigée en 2005 par les habitants qui souhaitaient « la prise en charge par la Ville des charges communes d’entretien ».
Le rejet de cette demande a été justifié par une étude juridique concluant à l’impossibilité de municipaliser les Olympiades qui sont de caractère privé. Le débat est actuellement relancé. Une association locale, le Groupement de défense des intérêts des copropriétaires et des locataires des Olympiades ou GDI réactive l’action en ce sens. Elle a interpellé les candidats aux municipales, en demandant en plus de la municipalisation l’adoption de mesures contre la montée des charges et taxes, contre l’insécurité et l’insalubrité des lieux. Elle souhaite aussi un bilan de la gouvernance des Olympiades et réclame plus de transparence dans la gestion et une participation plus directe des habitants aux choix budgétaires.

Le collectif Dalle des Olympiades ne voudrait pas que la réouverture du débat sur la municipalisation serve d’alibi pour occulter la faible participation financière de la puissance publique. Dans une Lettre ouverte aux candidats, il demande le triplement de la subvention pour couvrir l’intégralité des dépenses communes d’entretien de la dalle, le financement des travaux liés à la fonction d’espace public de la dalle, la prise en charge des dépenses de sécurité de la dalle qui sont assurées aujourd’hui par les copropriétaires privés. Comme le GDI, le collectif souhaite que les propriétaires des tours soient mieux représentés à l’ASLO, mieux informés et puissent intervenir davantage sur les décisions de l’association gestionnaire, en particulier celles qui pèsent directement sur leurs finances. Pour éviter que la dalle ne devienne une friche commerciale, demande est faite de revenir sur le retrait du label de zone touristique du « quartier chinois » qui a entrainé une forte chute de leur chiffre d’affaires. Enfin le collectif, déplorant l’insuffisance du projet actuel de rénovation de la dalle qui ne permet pas de requalifier l’espace public, souhaite un projet urbain plus vaste permettant de tirer parti du potentiel d’attractivité de la dalle et d’accroître son rayonnement.


  1. Le blog de l’association Groupement de défense des intérêts des copropriétaires et des locataires des Olympiades
  2. La page Facebook du collectif Dalles des Olympiades
  3. Marc Ambroise-Rendu. Les Olympiades : une utopie inachevée et sous perfusion. La Lettre de l’Ada 13. P. 2-3. Numéro 15. Juillet 2013

Réponses d’Europe Écologie les Verts au courrier d’Ada 13 du 27 février 2014

Paris, le 10 mars 2014

Madame, Monsieur,
Comme suite à votre courrier du 27 février posant des questions particulièrement pertinentes, je vous adresse, ci-joint, les réponses que je peux vous apporter.
Celles-ci sont nécessairement succinctes et je reste à votre disposition pour approfondir tel ou tel point que vous souhaitez.
Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en mes sentiments les meilleurs.
Yves Contassot


Réponses au courrier du 27 février 2014

1. Révision du PLU
Avant toute nouvelle opération de révision générale du PLU, il conviendra de tirer un bilan détaillé de l’actuel PLU et du PADD. En effet ce dernier prévoyait, à tort selon moi, la construction de bureaux en nombre très élevé, la possibilité de dépasser les plafonds de hauteur et, de façon plus positive, l’obligation de réserver une partie des programmes en logements sociaux ou le maintien de commerces.
Afin de favoriser une démarche participative, il faudra repartir des 11 000 propositions formulées par les citoyens et leurs associations et examiner point par point, ce qui a été fait ou non et les conséquences sur les quartiers.
Cela prendra nécessairement beaucoup de temps et devra être organisé de façon très décentralisée. La création de comités locaux de pilotage de révision du PLU ayant comme mission première de tirer le bilan du précédent PLU me parait une nécessité. lls devront être composés de façon pluraliste intégrant les associations locales, les conseils de quartier (sans élu !), des citoyens, etc.

2. Densité
Paris a atteint déjà un niveau très élevé et la priorité n’est pas à son accroissement. À ce stade il convient plutôt d’avoir une approche métropolitaine afin de répartir les différentes fonctions de la ville à ce niveau : habitat, emplois, loisirs, espaces verts, etc.
De plus la création de nouveaux logements à Paris, notamment dans le parc social, s’est traduite par une diminution de la surface moyenne des logements passant de 80 à 60 m² ce qui implique une dégradation des conditions de logement et une densification par logement. Au surplus cela condamne un peu plus les familles à quitter Paris. En l’occurrence il s’agit d’un artefact permettant d’accroître artificiellement le nombre de logements sociaux, l’IAU ayant publié une étude montrant que 50 % des nouveaux logements ont été créés par découpage d’anciens logements.

3. Plan climat
La solution consiste à imposer la rénovation thermique au même titre que l’accessibilité avec une échéance suffisamment longue (environ 15 ans) pour que les propriétaires aient le temps de s’organiser. Cela dit il ne peut s’agit que d’une décision législative mais la ville peut y contribuer en incitant plus fortement les propriétaires. (Cf. mon programme)

4. Logement
À ce stade, il convient de modifier la répartition des programmes prévus sur PRG pour aller vers un rééquilibrage au profit des logements et au détriment des bureaux. De plus il faut impérativement accélérer la transformation de bureaux vides en logements.
Je préconise une réelle mixité des logements créés en établissant un zonage très fin : davantage de logements très sociaux dans le nord du 13e et plus de logements à destination des classe moyennes dans le sud.

5. Logement (suite)
Limiter la hausse des loyers passe par une lutte plus intense contre la spéculation immobilière, cette dernière alimentant la première. À cette fin la Ville pourrait mettre en œuvre la procédure de préemption renforcée dont elle dispose y compris dans le diffus. Toute DIA qui dépasserait un niveau fixé et rendu public se traduirait par la préemption par la ville faute pour le vendeur de vouloir baisser son prix de cession (pratique de Saint-Ouen). Par ailleurs il faut que les « zinzins » reprennent leur programme de construction, création de logements à prix limité afin de faire baisser les prix de référence prévus dans la Loi Alur.

6. Transports
La priorité consiste à améliorer l’existant par la généralisation des horaires en soirée pour tous les bus, assortie d’une augmentation des fréquences qui ne doit pas dépasser 5 min. en journée et 10 min. en heures creuses.
Je préconise également la mise en accessibilité de l’ensemble de la ligne 6 en commençant par les stations aériennes car cela est très facile et peu couteux.
J’ai proposé que le futur Tzen 5 ait pour terminus la Gare d’Austerlitz et non pas le milieu de l’avenue de France. J’ai proposé également que le 83 passe par Denfert-Rochereau et que soit créées des traverses supplémentaires dans certains quartiers.
En la matière la ligne générale est de privilégier les circulations douces et les transports en commun.

7. Environnement
Pour la Petite Ceinture, je me suis prononcé depuis très longtemps pour qu’elle devienne un lieu de promenade pour les piétons tout en préservant sa richesse au plan de la biodiversité. Quelques aménagements tels que des jardins partagés pourraient toutefois y voir le jour.
Pour ce faire il convient que la Ville de Paris ose enfin lancer une procédure d’achat ou de bail emphytéotique sauf si RFF accepte de mettre gratuitement à disposition l’emprise. La mobilisation de la population à cette fin devrait être organisée par la Mairie afin de peser sur RFF et le contraindre à sortir de l’immobilisme.

8. Environnement (suite)
L’installation de bancs en grand nombre figure parmi mes priorités. L’argument selon lequel les bancs seraient source de nuisance n’est pas acceptable au regard du service rendu.

9. Quartiers isolés du 13e
Au plan de la desserte, j’ai indiqué la nécessité de développer les traverses. Cependant je plaide également pour le prolongement de la ligne 5 jusqu’à la mairie de Montrouge ou la Porte d’Orléans pour désenclaver tout le sud de l’arrondissement.
Cependant l’isolement de certains quartiers ne ressortit pas seulement à la question des transports mais plus largement à la question de l’inclusion sociale, culturelle, éducative, environnementale.
Un effort tout particulier doit être fait pour investir massivement dans ces quartiers et ne pas laisser les associations seules face à ces quartiers.

10. Commerces et services
La création et l’action de la Semaest a été positive mais insuffisante. De même les protections du PLU sont utiles sous réserve qu’elles puissent se traduire au plan opérationnel. Or dans ce domaine la question financière l’emporte trop souvent et il faut que les dotations à la Sem soit plus importantes afin de lui donner des moyens d’agir à la hauteur des enjeux et ce, sur tout le territoire parisien.

11. Conseils de quartier
Actuellement les conseils de quartier sont en phase de déclin avec une faible participation des habitants et une main mise un peu trop avérée des élus et de la mairie sur les Conseils. De plus les moyens alloués aux Conseils sont très faibles notamment en matière de communication ou d’investissements. C’est sur tous ces points que les évolutions doivent intervenir : augmentation significative des budgets laissés à la discrétion des Conseils, suppression des élus référents dans les conseils, dotation de moyens d’information conséquents pour pouvoir informer l’ensemble des habitants des réunions, droit d’inscription automatique des vœux des Conseils de quartier lors de la réunion du Conseil d’arrondissement, etc.

12. Accueil santé
Dans mon programme figure la création de maison de santé (conventionnées en secteur 1) afin d’offrir l’accueil auquel les habitants ont droit. De plus la ville devrait soutenir plus activement les centres de soins pour éviter les fermetures. De même nous préconisons l’ouverture d’un centre de médecine chinoise conventionné au sein de La Salpêtrière (bien qu’un embryon existe déjà).

13. Sans domicile fixe
La question des SDF ne saurait se limiter à la question du logement même si cette dernière est cruciale. D’expérience, pour avoir accompagné des SDF dans leur démarche, je sais à quel point la question de l’accompagnement personnalisé est fondamentale pour la réinsertion de personnes désocialisées. Cela passe donc par un renforcement des moyens humains des services sociaux avec comme priorité d’aller sur le terrain au-devant et à la rencontre des SDF. Une fois ces contacts établis il faut encore du temps, hélas, avant que la plupart accepte de déposer une demande de logement. Le passage par des logements passerelles est à cet égard un moyen souvent efficace s’il est doublé d’un accompagnement de proximité.
Cela doit conduire à multiplier les structures d’accueil et les logements sociaux sous toutes leurs formes, tout en développant en parallèle la mobilité résidentielle, seule à même de sortir du goulot d’étranglement actuellement constaté.

14. Associations
Non seulement l’actuelle Maison des associations est trop petite vu la richesse associative du 13e, non seulement il en faut une deuxième, mais il faut aussi permettre aux associations d’avoir leurs propres locaux si elles le souhaitent.
Cela devrait passer par une tarification spécifique des locaux gérés par les bailleurs sociaux et la rupture avec la politique menée actuellement visant à louer systématiquement au prix du marché commercial.
De plus une deuxième maison ne saurait être localisée tout près de la mairie comme cela est envisagé mais au contraire en tenant compte d’une répartition harmonieuse dans le 13e.
On pourrait même à terme avoir d’autres maisons des associations de taille plus modeste dans plusieurs quartiers pour mailler l’ensemble de l’arrondissement.

15. Paris Métropole
EELV a déposé un amendement lors du débat parlementaire pour que les conseillers métropolitains soient élus au suffrage universel direct. Malheureusement ils ont été les seuls à défendre ce point de vue. En conséquence, les conseillers métropolitains seront élus au deuxième voire troisième niveau donc de façon totalement non démocratique.
Pour ce qui concerne la phase de préfiguration il faut attendre la publication du décret fixant la composition de la mission. Pour ma part je plaide pour une représentation des élus à la proportionnelle des résultats des élections et pas seulement en fonction du nombre d’élus au Conseil de Paris.

16. Paris Métropole (suite)
Le risque d’une distance encore plus grande entre les citoyens et les lieux de décision est réel. Cela implique encore plus la déconcentration au sein de la métropole du Grand Paris selon le principe de la subsidiarité. Cela implique que les niveaux infra-métropolitains disposent d’une autonomie budgétaire réelle pour les investissements à leur niveau, budget eux-mêmes subdélégués à des niveaux plus fins (cf. Conseils de quartier). De plus je plaide pour que les décisions concernant un territoire donné ne puisse se prendre qu’avec une majorité qualifiée afin d’éviter l’actuel système de majorité automatique.


Le projet de Zac Paul-Bourget. Un projet exigeant qui écrira sa propre histoire

Au moment de la publication de la prochaine Lettre d’Ada 13, l’enquête publique diligentée par la Mairie du Treizième aura pris fin et cet intéressant projet aura commencé sa propre histoire, qui le conduira au premier coup de pioche.

Cette note s’appuie sur l’analyse du dossier d’Enquête publique, elle n’est donc nullement exhaustive, mais elle propose un moment de réflexion sur les enjeux d’un projet d’exception qu’en jargon très (voire trop) technique on peut qualifier de « projet de démolition/construction avec opération-tiroir ». Derrière ces mots pas très élégants, mais explicites, se cache une opération complexe de relogement social après reconstruction, dont on peut dégager l’essentiel.

Tout d’abord le contexte. Située à la Porte d’Italie entre le Boulevard des Maréchaux et le périphérique, cet ensemble locatif social de 365 logements, est une ancienne cité d’urgence des années cinquante qui cumule mal-logement, chômage et délinquance. L’ensemble est inscrit dans le programme prioritaire de Politique de la Ville de la capitale et l’urgence à agir ne fait aucun doute, d’autant qu’un incendie a détruit l’un des bâtiments en 2008.

L’enjeu social est donc au cœur de ce projet. Il s’agit de démolir en totalité le parc ancien, très obsolète, et de reconstruire des immeubles locatifs où seront relogées celles des familles qui choisiront de rester.

La fameuse « opération-tiroir » consiste après démolition à reloger les gens dans une première tranche d’immeubles neufs, construite sur le site ou sur d’autres ensembles locatifs, le temps de finir les bâtiments dans lesquels on leur proposera de se réinstaller définitivement. Le processus est complexe et demande un fort accompagnement social, mais en général les bailleurs sociaux savent faire.

La pièce maîtresse de ce dispositif est une Charte de relogement cosignée par la mairie, le bailleur (la SGIM) et l’Amicale des locataires qui figure dans le Dossier d’Enquête. Ce document très structuré pour rendre acceptable ce contrat, car c’en est un, mériterait une analyse approfondie mais on se contentera d’un paramètre essentiel : le taux d’effort demandé aux familles pour accéder aux logements neufs du site n’excèdera pas 20 %  du loyer actuel (après APL ou AL).

En fait, le calcul loyer + charges est le vrai déterminant de la faisabilité sociale de l’opération, ce qui renvoie au contexte environnemental de celle-ci.

L’enjeu environnemental ou plus exactement de « développement durable » est en effet, l’autre facteur  stratégique qui doit attirer notre attention.

L’Étude d’impact sur l’environnement (EIE) figure réglementairement dans le dossier. Elle n’en dit pas plus que ne l’impose la procédure d’enquête et sa structure. Très linéaire, elle aurait mérité de mieux faire apparaitre les trois principes « ERC » (éviter, réduire, compenser) qui parlent au public. Par contre, elle souligne à juste titre que son objet est l’impact du projet sur son environnement et pas l’inverse. C’est important au regard du contexte urbain dans lequel va se construire le projet : un site enclavé dans un faisceau de circulations denses, des sols pollués et la perspective d’une grande opération de démolition. On peut rêver mieux pour installer un habitat agréable et durable…

Singulièrement, cette démolition qui devrait plutôt être une déconstruction sera un marqueur de la démarche durable du projet, avec à la clef une nouvelle étude d’impact (si le montant des travaux est dans la fourchette requise), un « chantier vert » et pourquoi pas ? un bilan Carbone.

Car ce qui rend fort intéressant ce projet urbain c’est qu’il  intervient, de droit — le foncier est du domaine privé de la Ville — dans le cadre de l’application du Plan climat de Paris et s’inscrit dans la réglementation thermique en vigueur (la RT 2012).

Dans les enjeux urbains ciblés par la Ville de Paris figure l’objectif d’un habitat aux performances environnementales et énergétiques exemplaires ; ceci devant être explicité dans un cahier des charges développement durable ou équivalent qui mérite d’être consulté.

Pour faire court, le dessin du projet traduit ces intentions en proposant un « aménagement à la petite cuillère », à opposer à celui dit « au bulldozer », qui réorganise le bâti en fonction des contraintes environnementales, ménage un espace vert central qui deviendra un parc public et désenclave l’opération (nouveau bouclage de voirie et passerelle vers le Kremlin-Bicêtre).

À l’issue d’un long processus découpé en phases techniques complexes, on établira un triple bilan économique, écologique et social d’un très grand intérêt. L’enjeu social croisant l’enjeu écologique puisque les performances environnementales et énergétiques de ce nouvel habitat devraient garantir de substantielles économies sur les charges locatives.

Un écoquartier sans le dire ?
Ce projet écrira sa propre histoire, sûrement passionnante à suivre.

Emmanuel Leguy
Urbaniste environnementaliste
Président d’Ada 13