Street art ou peinture murale ?

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Conor Harrington, Étreinte et lutte, 85 bd Vincent-Auriol

Pourquoi peindre sur des murs « aveugles » ? Ou sur des surfaces extérieures aux habitations ? Que peindre, que représenter ? Il y eut des scènes religieuses en Italie, représentant par exemple une annonciation ou des personnages voulant apparaître comme des passants de la rue, des anonymes qui demandent à être reconnus comme des humains aux États-Unis, ou des manifestants qui annoncent une lutte au Mexique. Dans ces trois pays on a vu des mises en scène d’un groupe plus ou moins rassemblé autour d’un chef : ce fut le cas dans  des régions dites de l’Est pendant la guerre froide. Ou c’est la célébration du chef de l’État : je pense à la Chine, à la Corée du Nord…

À Paris, rien de cela. Quelques scènes plus ou moins légères, qui venaient recouvrir un mur « libéré » par la destruction d’habitations adjacentes, il y a trente ou quarante ans … (rue Clisson) ou quelques peintures « sauvages » éphémères dans des quartiers appelés à être réaménagés… Et, depuis quelques temps, une prolifération d’images surfaces apparaissent sur des murs d’immeubles publics,  souvent non prévus à cet effet par les architectes. Voire même une densification tendant à saturation dans le quartier du boulevard Vincent-Auriol.

Ces productions interrogent sur la « qualité artistique » d’elles-mêmes, c’est-à-dire sur leur place dans la ville et sur leur iconicité. Si l’on considère qu’une ville doit respirer comme une musique donnant des sons qui ont un sens par rapport à des silences, comme une peinture de chevalet  qui joue sur les pleins et les vides, ne faut-il pas s’interroger sur la densité visuelle qui impose un trop grand nombre de peintures, d’autant plus que l’espace vide au sol est de faible dimension ?

Une deuxième question s’impose aussi, concernant l’iconographie de la plupart de ces peintures, de ces objets. Jean Baudrillard écrit dans Le Système des objets : « derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé, écrit ». Pourquoi s’agit-il souvent d’immenses portraits, immenses par rapport à la taille des habitants, des passants ? Un habitant, très connaisseur des pays de l’Est et des « dictatures » d’Asie me disait qu’il n’y a que dans ces pays que l’on impose des images gigantesques aux citoyens. Sans reprendre complètement cette opinion, je pense que la taille des figures humaines a du sens par rapport aux Parisiens. Alors, quel rêve ? Quel sens ? Est-ce le symbole d’un pouvoir qui se voudrait plus grand ou la décoration-collection d’un magasin trop fourni ?

Jean-François Einhorn

Entre le lion et la licorne : le mur qui réunit

Utopies locales et laboratoire social : l’exemple du 13e arrondissement de Paris. Extrait de l’article d’Anne Raulin paru dans L’Année sociologique, 2008/1 (Vol. 58).

Le projet pluriculturel de la paroisse [Saint-Hippolyte] ne voulait pas se limiter aux seuls arrivants du Sud-Est asiatique. Elle chercha à fédérer l’ensemble des cultures présentes sur son territoire en lançant une idée de mur peint sur la façade extérieure des bâtiments de la paroisse, et en faisant appel à toutes les contributions disponibles dans le quartier. Des ateliers de créativité furent mis en place, les écoles furent appelées à participer à un concours de dessin. Il s’agissait de représenter l’imaginaire collectif du quartier, « animaux mythiques issus du fond des mémoires, tronc commun de nos multiples cultures » (documents paroissiaux). Le thème du mur, en réalité mur pignon de la paroisse, fut décliné en fonction de ce projet de rassemblement des cultures : « Les cultures font le mur », « Tu seras le mur de la mémoire des hommes, de la mémoire du monde, le mur de la rencontre […] Je veux fixer la mémoire de demain », « Finis les murs de la séparation, le mur peint va vous réunir », telles étaient les formules qui accompagnèrent la réalisation, d’inspiration quelque peu chagallienne, de ce mur en 1988. La mobilisation et l’organisation de la « fête du premier coup de pinceau » inaugurée par Harlem Désir ,ancien élève du lycée Claude-Monet et ancien du quartier, furent, semble-t-il, exemplaires. Elles impliquèrent la participation de groupes fort divers : conteurs et musiciens togolais, orchestre portugais, femmes clowns, cracheurs de feu, lions asiatiques, buffets multiculinaires… Une licorne de 7 m de long fut transportée de la région de Montargis, apportant avec elle une caution mythique à l’événement. L’association AVRIL 13 ne manqua pas de lancer une campagne de sensibilisation, d’inviter la presse et les officiels…

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Le point de vue d’une habitante du treizième sur le street art

Mon avis : il est dubitatif. Quel est l’intérêt de décorer un pan de mur qui a été pensé nu par un architecte compétent ? L’effet géométrique dans l’espace de ces grands pans de mur est complètement perdu ; je ne vois pas. Autant je suis favorable à des œuvres cache-misère sur des pans de mur abandonnés et disgraciés (pignons pas conçus pour être vus ou panneaux-caches de chantier), autant je suis défavorable à ces “œuvres”.  La surface qu’elles occupent les rend beaucoup plus agressives que la moindre publicité sur panneaux ou abribus. Une fois ça va ; tous les jours, bonjour les dégâts.

Par exemple, je vais assez souvent sur la placette près du métro Nationale et je suis lassée d’y voir le visage exagérément agrandi de Pinel. Il n’est pas photogénique et de plus, rien dans sa physionomie ne rappelle le rôle qu’il a pu jouer dans la vie et dans son siècle. Quant au visage de femme qui lui fait pendant : qui est ce ? que fait-elle là ? Est-elle sensée être une “aliénée” qui a bénéficié de ses soins ?

Jorge Rodriguez-Gerada – place Philippe Pinel – Paris 13

Bien qu’élevée dans l’admiration des murs dénudés des églises romanes – de mise dans les années ’40 et ’50, je ne suis pas pour l’imposer à nos contemporains ni à notre environnement. Au contraire, les photos des murs très colorés par des publicités murales au XIXème siècle me plaisent bien (voir en bas de la rue Mouffetard) et je garde un excellent souvenir des pignons parisiens de mon enfance, couverts de réclames peintes pour des produits de beauté, cirages ou autres disparus. J’aime en retrouver un au hasard, un peu effacé mais encore reconnaissable comme celui de l’avenue des Gobelins. J’y préférais toutefois les affiches ; elles présentaient l’avantage de changer souvent (Ah ! la campagne Garap, ah ! les « ronds rouges” annonçant la campagne pour Total).

Alors une fresque qui présente démesurément agrandie, une sorte d’héroïne de bande dessinée vaguement fantastique – dont on ne connaît pas l’histoire – pourquoi faire ? Un profil de chat bleu, copie exacte d’une fresque qui orne déjà une ville tunisienne (qui a copié ?), pourquoi ?

(Texte écrit en juillet 2017)

Street Art : le point de vue d’un plasticien

DSC01639Sous le boulevard du Général Jean Simon

L’art qui invente, néologisme, choque. Toujours, en Occident. Rappelons-nous l’Olympia d’Édouard Manet (1865), Impressions soleil levant de Claude Monet (1872). Les « barbouilleurs » disaient les défenseurs de l’art officiel. Les artistes fauves étaient comparés à des « sauvages ». Le cubisme, contre le point de vue unique. Le dadaïsme comme  refus des valeurs de société dont le moteur est la guerre…

Le Street Art ? : « l’épuisement des possibles sociétaux, la disparition des opportunités classiques d’épanouissement » écrit Codex Urbanus (2018). Une expression de minorités délaissées, en Amérique à l’origine. Alors, ce qu’on voit sur les murs des propriétés de la Ville de Paris, c’est un travail officiel, académique. Ce n’est pas en peignant en grand à l’extérieur, et parce que les techniques industrielles le permettent aujourd’hui, que l’on pourra parler d’art.

La récupération des inventions artistiques par les pouvoirs, quels qu’ils soient, qui veulent « faire jeune », épuise le sens de l’art. Ce n’est plus de l’art. C’est devenu trop souvent un vernis pour des pouvoirs  qui ne sont plus mus par les inventions nécessaires à la vie de société.

Codex Urbanus écrit : « le street art ne peut exister qu’illégalement » dans Pourquoi l’art est dans la rue ?, Grenoble, critères éditions, 2018.

François Moulin, avril 2018

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Sur le boulevard du Général Jean Simon

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Rue Barrault

 

Des tours, Paris prend garde !

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Avant-propos : il est question ici de tours, c’est-à-dire de constructions en hauteur. Il  ne sera fait aucune distinction entre tours et IGH, la seule chose qui importe est la relation d’échelle. Ainsi, on mettrait sur le même plan une tour de 100 mètres dans un champ de colza et un IGH émergeant des toits d’une ville moyenne. Juger si c’est acceptable est une autre question…


37, un nombre d’or ?

Sur Paris, c’est actuellement la hauteur maximum autorisée par le PLU pour les constructions. Ceci sauf pour les zones de plafond élevé, précisées sur le Plan des Hauteurs.Je me suis livré à un petit exercice de nivellement très élémentaire sur le relief du site parisien. Le cœur de Paris, symbolisé par le niveau de Notre-Dame émarge à la cote 35 NGF. Tandis que le point le plus haut, sur la Butte Montmartre, émerge à la cote 125 NGF. Ces valeurs sont arrondies, ce sont les  cotes naturelles du site et leur moyenne géométrique est à 90 NGF.  Cette hauteur, exprimée en mètres, suggèrerait que la bonne hauteur moyenne pour construire des immeubles, respectueux du relief, se situerait autour de 45 mètres. Soit environ  2 étages de plus que le plafond ultime  autorisé. Ça ne prouve rien, mais c’est troublant.

Deux autres paramètres ne doivent rien au hasard. Entre R+6 et R+12, c’est- à dire en gros entre 21 et 37 m se situe une limite très humaine qui est celle de la montée sans ascenseur. Haussmann l’avait parfaitement appréhendée, pour le petit peuple des mansardes. Enfin, une coupe en travers d’une avenue parisienne démontre, sans commentaire, qu’on se situe ainsi à l’échelle de l’arbre.  Euclide a mis du temps pour affiner son  nombre d’or, les bâtisseurs de Paris auraient-t-ils au fil du temps trouvé le leur?  De cette nappe de toits émergent les plus beaux monuments parisiens, ce qui fait sens. Pourquoi perturber cet équilibre historique, pour quels enjeux ?

Une brève histoire des tours.

L’archétype est Manhattan puissant et superbe bouquets d’IGH. Pour un urbaniste, donc pour moi, c’est le symbole d’un urbanisme pionnier : une armature urbaine de type « grille-pain », orthogonale, sur laquelle on a greffé de hautes tours plus ou moins enchevêtrées, ordonnées par une « skyline », figure de style assez floue… Ce modèle basique est efficace.  Il l’est surtout parce qu’il exprime la puissance et constitue une formidable vitrine urbaine, exposée aux yeux du monde.

Ce modèle a inspiré La Défense dans les années soixante. Il exprime à plus petite échelle la même chose, la volonté d’afficher le renouveau de l’économie, avec l’État aux manettes. Ce fut  une vraie réussite, mais on oublie que s’exposeront  ainsi, face à Paris, les futures multinationales qui donneront leur identité aux tours. Elles auront  pour nom, Elf, le Crédit Lyonnais, le GAN, la Générale des Eaux… qui n’hésiteront pas à y  construire leur siège. Ce modèle-vitrine se perpétuera dès l’ouverture du périphérique. Il prendra une forme plus ouverte aux innovations  formelles, avec de grands noms de l’architecture, en Front de Seine. La sombre stèle de Montparnasse sera un accident de l’histoire…

Juste un mot sur une opération qui a marqué le paysage du Treizième, les Olympiades. Elle vient de fêter ses quarante ans. Elle est à peu près contemporaine des villes nouvelles, avec un fort parti de typo-morphologie urbaine caractérisée par le souci de bâtir sur dalle isolée de la circulation automobile. Les tours de 100 mètres habitées rétablissent une densité décente, elles offrent des appartements vastes et de qualité, à condition de pouvoir payer les charges. Quels que soient les atouts de ce modèle urbain, sophistiqué et multifonctionnel, sa survie pose d’énormes problèmes. Seule la ville nouvelle d’Evry a osé timidement le casser pour finalement tenter de s’adapter.

 Ce qui ressort ce bref tour d’horizon c’est que pour un urbaniste la tour, qu’elle soit occupée ou habitée, est une composante urbaine et une solution architecturale difficile à manier. Parce que fonctionnellement et morphologiquement c’est un « silo », d’une mixité factice, qui ne s’impose que dans des contextes précis et raisonnés (extensions pionnières, quartiers d’affaires, urbanisme de dalles…). Qui n’ont pas tous le même intérêt…

Une histoire de pyramide 

Le marché du tertiaire, qui nourrit pour l’essentiel les modèles de surdensité, autrement dit les tours, a depuis quelque temps des caractéristiques dynamiques de fonctionnement analogues à la célèbre pyramide de Ponzi. L’original est un mode de « gestion » frauduleux d’actifs financiers dans lequel les derniers arrivants dans le fonds d’investissement financent les revenus d’épargne, totalement fictifs, de l’ensemble des porteurs de titres. Le montage s’écroule lorsque la collecte est insuffisante pour rémunérer tout le monde, les actifs s’étant évaporés entretemps. Le système s’alimente par le haut et s’effrite par le bas.

Le marché de l’immobilier d’entreprise, lui  parfaitement légal, fonctionne sur l’agglomération  parisienne sur le même schéma. Le parc de bureaux en blanc livré chaque année (autour d’un million  de m² par an) alimente le marché par le haut et déclasse le parc  plus ancien, souvent intimement intégré dans le tissu urbain. Celui-ci ne s’écroule pas vraiment mais il ne lutte pas à armes égales : pas assez câblé, pas assez modulable, souvent enclavé et moins bien situé sur les nœuds d’infrastructures…Dans ce contexte, construire des tours de bureaux sur Paris, qui bénéficie d’un fort effet d’aubaine, c’est accroître ce déséquilibre concurrentiel. Le vrai gisement d’emplois d’avenir vit bien la mixité de la trame ancienne, en constante mutation. Est-ce encore  une cible prioritaire ? Alors pourquoi Paris, qui mise intelligemment sur son image de capitale des incubateurs de start-ups et autres fablabs, symboles de la nouvelle économie (décentralisée, collaborative, fertilisante), accepterait-elle ces encombrants édifices qui n’incarnent même plus le progrès ?

Il y a plus grave, ce « marché du lourd » qu’on le veuille ou non va s’éclater dans les quinze prochaines années sur les interconnexions du Grand Paris Express, c’est déjà en cours. Et la marée tertiaire risque de refluer vers la périphérie, ce serait par parenthèse  le signe d’un rééquilibrage bienvenu du taux d’emploi… Hors La Défense, intimement liée à Paris, les tours intra-muros resteront-elles dans le marché devenu très fluide ? J’en doute fort personnellement et, en tant qu’urbaniste, je déconseillerai d’en prendre le risque.

La vraie nature des tours

Les tours de bureaux, avant d’être des éléments architecturaux sont des produits financiers, comme les autres. En  moins risqué que les produits de taux et à beaucoup moins long terme qu’on l’imagine. Le trio promoteur / investisseur / architecte est à la manœuvre. Certes, au départ il faut du foncier, mais l’aménageur, généralement une SEM, n’est pas forcément partisan de ce genre de forme urbaine. Cependant, elle peut lui sauver la mise dans des « queues de programme » ou dans des sites scabreux où la commercialisation des sols viabilisés n’offre pas trop d’opportunités. Les tours défient l’environnement, elles sont sourdes, inertes et climatisées. Si on oublie le paysage le problème majeur est en pied d’immeuble, l’idéal est de l’ancrer dans une dalle. Vieille recette !

 Mais c’est le trio qui y trouve le meilleur compte. Le promoteur, généralement spécialisé n’a par définition pas d’état d’âme sur la localisation des édifices, hors leur désenclavement. De toute façon il ne finalisera son montage que lorsqu’il aura pré-commercialisé la plupart des mètres carrés. L’investisseur, s’il est chinois, hésitera peut-être entre 30 hectares de grand cru et un produit immobilier. Si c’est un fonds de pension ou un institutionnel, il n’hésitera pas une seconde : Paris est une marque, le produit est du solide et il sort de terre en trois ans après la signature. Les entreprises  qui ont maintenant des stratégies immobilières, gérées comme des actifs, se mettent également sur le marché immobilier, devenu de plus en plus spéculatif.

Quant à l’architecte, généralement de renom, il y voit la meilleure expression de son art de construire, souvent avec une image en tête. Le problème de l’intégration de son architecture dans l’environnement est toujours soluble puisque, d’une certaine manière, il ne s’adapte pas au contexte, il le recrée. Si on lui demande de concevoir une tour écologique, il fera appel à l’ingénierie nécessaire pour verdir son projet. Celui-ci armé d’une BIM factory pourra facilement simuler les adaptations formelles – échancrures, écrêtements partiels, torsion – des édifices, permettant d’y intégrer du végétal. Les données numériques traduiront une faible diminution de l’empreinte carbone, mais le résultat sera visible. D’autant que la visualisation en 3D sera irrésistible, dans une lumière irréelle.

La démarche de l’architecte, dernier maillon de la chaine, n’est absolument pas critiquable, sauf s’il projette trop haut son ego ; il est dans son rôle et l’art de construire a esthétiquement évolué. Mais c’est aux décideurs de résister quand il le faut à l’attrait des totems siglés. Paris peut tenir son rang sans ces artefacts. Le fond du problème réside dans la tentation perpétuelle d’adapter le droit des sols, déjà  permissif. En urbanisme, il faut toujours faire des choix et garder un cap fort et clair.

Je conclurai brièvement, il n’est pas utile d’en rajouter. Les tours ne sont pas à leur place à Paris, par respect pour le contexte environnemental et parce qu’elles ne font plus sens. J’ai l’intuition que la majorité des Parisiens partagent cet avis et ont une autre perception de la modernité. Ça mériterait qu’on le vérifie.


Postface : une mise au point s’impose. Pour un urbaniste être contre les tours en tant que forme urbaine, donc composante de la ville, serait une sottise. L’avenir des tours, si j’ose dire, est radieux. Il suffit de penser à l’Afrique, qui va doubler sa population en trente ans, probablement tripler le nombre d’urbains. J’ai initié en leur temps des extensions urbaines d’Abidjan, il y a des tours.

Emmanuel LEGUY, Urbaniste Environnementaliste

20 février 2018

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Les avatars des vélos en libre service (VLS)

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Les vélos en libre-service (VLS) ne semblent pas très appréciés dans mon quartier de la Place de l’Abbé-Hénocque. Les dégradations ont commencé sur les petits vélos verts, les Gobee,et uniquement ceux-ci. Maintenant tout y passe, avec la même technique, arrachage ou section des rayons. Vandalisme ou protestation?

Emmanuel Leguy

Il faut préserver le patrimoine du square de Choisy

En plus d’être une oasis de verdure au milieu des tours et des barres, le square de Choisy est un lieu de culture attractif. La plus récente réalisation, qui a donné à ces lieux un coup de jeune, a été initiée par le conseil de quartier n° 5. ll a été installé; sous le préau du parc, une mosaïque belle et colorée, fruit du travail collectif d’enfants de l’école Vandrezanne, de leurs enseignants et d’une mosaïste professionnelle.

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La renommée du parc dépasse le cadre du 13e arrondissement en raison des événements et des manifestations qui se déroulent dans ce parc depuis sa création en 1937. Pourtant, parfois, s’élèvent de vives controverses qui portent souvent sur la sauvegarde du patrimoine local :

  • À la fin des années 1990, la Ville de Paris avait décidé de raser l’îlot de 3 700 m² qui se trouvait à l’angle de l’avenue de Choisy et de la rue du Dr Magnan. Selon un contrat, signé avec la Fondation Eastman en 1934, il avait été en effet prévu que ce terrain servirait de réserve pour, à terme, agrandir le parc. L’ensemble qui n’était plus entretenu par la Ville se dégradait, mais cet îlot était un des rares témoignages du passé, avec ses bâtisses construites sur le territoire d’Ivry avant le rattachement de 1860, ses écuries, ses ateliers d’artisans et d’artistes. Ce projet satisfaisait ceux qui voulaient verdir davantage. Par contre, les habitants, très attachés aux lieux, se sont mobilisés autour d’un artiste, Jean-Paul Couturier, qui avait un contre-projet intéressant : ouverture de l’îlot sur le parc, écomusée, jardin partagé… Après un long combat, ils ont obtenu la réhabilitation d’une partie de l’îlot, mais le reste a été démoli, et des bâtiments modernes ont été construits à partir de 2007. Le confort a été fortement amélioré, mais l’ensemble s’est banalisé, l’esprit des lieux s’est perdu.
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  • Un autre débat a opposé les partisans et adversaires de Clara-Clara, la sculpture qui a été installée un moment sur la pelouse du parc. Le maire, Jacques Toubon, voulait que le 13e arrondissement, oublié parce que périphérique, soit doté d’une œuvre d’art contemporain, celle créée par Richard Serra, sculpteur de renommée internationale. Cette installation, intervenue en 1985, s’accompagnait d’une réhabilitation du parc. De nombreux habitants et des associations ont protesté, décrétant que cette sculpture était encombrante, disgracieuse. Elle a donc été enlevée en 1990. Elle a connu ensuite bien des péripéties, avant de se retrouver en disgrâce dans un entrepôt de banlieue. Mais tous ne l’ont pas oubliée. Les amateurs d’art déplorent que le 13e ait ainsi été privé d’une œuvre de qualité qui contribuait à son rayonnement culturel. Certains rêvent d’un retour parmi nous de cette chère Clara-Clara et ils envisagent même de la réinstaller : pourquoi pas au square Kellermann où il y a de l’espace ?
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  • Actuellement, c’est autour du devenir de l’Institut Eastman que le débat se mène. De nombreux habitants y sont attachés parce que ce lieu est pour eux un souvenir et le symbole d’une action philanthropique remarquable. Pour d’autres, l’élégant bâtiment qui surplombe le parc n’est pas entretenu, paraît à l’abandon et ressemble au château de la Belle au bois dormant. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien, car des activités y subsistent. Et pourtant, pour des raisons financières, la Ville veut se défaire de cet institut dans le cadre du projet Réinventer Paris et délocaliser les travailleurs qui l’occupent. La destination qui serait donnée aux locaux n’est pas assurée. S’ils passent au privé, pour une reconversion ne correspondant pas aux objectifs d’action humanitaire et sociale, définis au départ par la Fondation Eastman, ce sera une perte pour le patrimoine de notre arrondissement et un abandon de l’engagement de la Ville en matière de service public. La vie de notre parc ne sera plus la même !

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Impressions de Bruneseau nord

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Nous partons de la maison des projets de la Semapa, quai Panhard et Levassor et passons sous le pont national. Sur le quai d’Ivry, une station de service, des cimenteries, des entrepôts de matériaux bouchent la vue sur la Seine ; des camions bruyants s’activent. Un grand escalier descend du boulevard Jean Simon qui a été civilisé. Il annonce les immeubles d’habitation à venir jusqu’à la rue Jean-Baptiste Berlier et les premiers contreforts du périphérique : un immeuble en bois de logements privés, un immeuble de logements locatifs intermédiaires et deux résidences étudiantes.

De l’autre côté de la rue Berlier, nous entrons dans la zone de l’appel à projets. Toujours beaucoup de bruit. Vraiment peu d’espace entre la rue Berlier et les bretelles du périphérique. Mais l’immeuble à construire là protégera peut-être les logements et leur petit jardin des nuisances du périphérique.

Nous passons sous le périphérique. Du bruit toujours et des camions. On ne peut pas se parler sans élever la voix. Nous longeons une parcelle qui devra être aménagée en gardant les bâtiments existants : un immeuble des années 50 à l’architecture brutale et bien dessinée regardant vers la Seine et une résidence étudiante le long de la rue Bruneseau. Il ne reste plus grand-chose pour mettre les m² à programmer.

Il n’est pas possible de s’approcher du reste de la zone de l’appel à projets entre les bretelles du périphérique en construction et la rue Jean-Baptiste Berlier également en construction. Nous partons donc explorer l’environnement immédiat, la zone d’activités économiques d’Ivry par la rue François Mitterrand. Nous ne trouvons que des entrées de parkings pour Leroy Merlin, Baktor (qui arrête ses activités), un garage, de grands entrepôts de marchandises, le Syctom et de nombreux gros camions manœuvrent pour y entrer ou en sortir. Personne sur les trottoirs. Difficile de traverser la rue.

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Nous empruntons la rue Victor Hugo jusqu’au pont sur les voies ferrées. Belle vue sur les constructions industrielles et les haubans du périphériques mais l’autre rive nous paraît trop loin pour que nous franchisions les voies.

En reprenant la rue François Mitterrand de l’autre côté de la rue Victor Hugo nous rencontrons des piétons sur les trottoirs bordés maintenant d’habitations dont deux immeubles en construction pour loger les auto-entrepreneurs de la station F (halle Freyssinet). C’est l’heure de la sortie des écoles. Rue Jules Vanzuppe, nous longeons le centre commercial Grand Ciel. Nous continuons jusqu’au quai Marcel Boyer. Celui-ci a été civilisé : élargissement de la voie, terreplein central, requalification des bâtiments des activités sur la Seine qui laissent deviner le fleuve, limitation de la vitesse.

Nous remontons par la rue Bruneseau, constatons le démarrage des travaux sur la parcelle des tours Duo. Nous nous arrêtons rue J.A. de Baïf face à la percée sous la petite ceinture d’un premier tunnel duquel nous voyons le boulevard Jean Simon sous lequel un deuxième tunnel devra être creusé et nous pouvons imaginer qu’au-delà, ce seront le périphérique et ses bretelles qui seront percés de tunnels. L’allée Paris Ivry, la grande rue commerçante de Bruneseau nord, les empruntera tous et conduira à la zone d’activités économiques d’Ivry. Et alors la ZAC Paris Rive Gauche sera terminée.

Pourquoi détruire une zone de grande activité qui semble avoir sa raison d’être au bord du périphérique et de la Seine, en liaison avec Ivry ? Pourquoi ne pas la renforcer et en même temps, comme à Ivry, l’apaiser ?

Françoise Samain

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À la découverte du secteur Bruneseau Nord

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La maquette, exposée par la Semapa dans ses nouveaux locaux de la Maison des projets, apporte un plus par rapport aux plans, en donnant les volumes, en insérant le territoire de l’opération PRG dans son contexte, en mettant en évidence les infrastructures de transport et les liens avec le centre de Paris, avec le 12e, avec Ivry. Cependant, rien ne vaut une visite sur place  qui nous plonge en direct dans le contexte.

Côté Paris, on voit des ouvriers de chantier,  mais ni habitants ni promeneurs. Seuls d’énormes camions manœuvrent et les voitures circulant sur le quai donnent l’impression de vouloir s’éloigner au plus vite. On comprend pourquoi on n’a pas envie de venir dans ces lieux ingrats. On remarque  immédiatement que le site est enserré par la Seine, le périphérique et les rails de chemin de fer. Cette localisation explique qu’on trouve ici essentiellement des activités de logistique, indispensables, mais peu attirantes. On se demande comment implanter logements, commerces et équipements sur de telles parcelles, exposées au bruit et à la pollution. On  nous dit que les quatre tours prévues feront écran mais cette protection sera-t-elle suffisante ? Si le terrain prévu pour les tours Duo est conséquent, on se demande aussi comment on pourra caser  les autres tours sur des parcelles aussi exigües. Les conditions d’installation d’un nouveau quartier de ville ne semblent pas réunies.

Côté Ivry, c’est aussi un secteur d’activités avec des entrepôts, des magasins comme Truffaut et Leroy-Merlin, Baktor, les cinémas Pathé, l’hypermarché carrefour, le Syctom désormais bordé par les ciments Calcia. Ici aussi, les piétons ne sont pas très nombreux  car les clients des commerces locaux, les spectateurs des cinémas, ne viennent qu’occasionnellement, et en voiture pour la plupart. Si on pénètre un peu plus dans Ivry, on finit par trouver des logements mais ni commerces ni équipements de proximité. Il y a bien l’immeuble Niel, destiné à loger les usagers de la station F, mais on peut craindre que ceux-ci ne soient pas incités à s’insérer dans un quartier peu attractif. Ils voudront probablement rejoindre au plus vite le quartier Chevaleret, et  ce sera surtout en deux-roues car la desserte par les transports en commun est insuffisante : on est loin des bus et des métros et  le tramway, plus proche, ne propose pas un trajet qui leur permette d’aller au travail.

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Il est prévu d’améliorer les liens entre le sud 13e et sa banlieue, par le percement de l’allée Paris-Ivry. L’idée est séduisante mais qu’en sera-t-il réellement ? Le parcours devant se faire en passant sous le boulevard Jean Simon, puis sous les bretelles et les voies du périphérique, il est indispensable d’assurer une insonorisation et une sécurité  efficaces. Pour que ça marche, il faut que les gens aient envie d’y aller pour circuler mais aussi pour s’attarder. Il ne semble pas judicieux d’installer les commerces traditionnels (habillement, parfumerie) que l’on trouve à proximité, à Plein Ciel, ou à Bercy. On pourrait prévoir un marché, des jeux et activités pour les enfants et les jeunes, des lieux de loisir et de culture, des bistrots sympathiques… Au départ de l’allée, côté Paris, on est en plein en territoire étudiant à côté de l’École d’architecture,  à proximité de l’université Paris-Diderot et pas trop loin de l’Inalco-Bulac. On a un moment surnommé cette nouvelle voie « l’allée des étudiants » et cela pourrait inspirer le choix des activités à y installer. Pour que le lien soit efficace, il faudrait aussi que le débouché côté Ivry donne envie d’y aller voir et qu’il contribue à désenclaver le secteur Bruneseau.

Brigitte Einhorn

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Réactualisation de la charte des usages du port de la Gare

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Une charte des usages du port de la Gare a été  signée en 2013 pour encourager les bonnes pratiques en termes d’hygiène, sécurité et cadre de vie et faciliter ainsi la cohabitation entre ceux qui gèrent les terrasses et péniches et les habitants. Il est indispensable d’empêcher les nuisances notamment au moment des périodes estivales, mais il faut aussi reconnaître que le quai de la Gare est un lieu attractif avec ses activités économiques et culturelles. Cet accord négocié,  entre les Ports de Paris,  la mairie du 13e et les riverains vient d’être réactualisé le 3 octobre : il a été étendu au 12e arrondissement qui est également concerné par cette volonté de bien vivre ensemble. L’expérience, malgré une saison 2015 compliquée, s’est révélée positive et pourrait être étendue par  l’établissement d’un dialogue constructif entre riverains et acteurs des quais de la Râpée et d’Austerlitz.

La Cité de refuge de l’Armée du salut : une histoire mouvementée

Immeuble Armée du Salut 2007 07Petit rappel à l’occasion de l’inauguration par le Président Hollande, le 23 juin 2016, de la Cité de refuge restaurée :

En 1933, en pleine crise économique et sociale, la Cité de refuge s’est implantée dans le 13e arrondissement, alors industriel et pauvre. Après le Palais du peuple (1926) et  l’asile flottant Louise-Catherine (1929), c’est le troisième et le plus important volet de la collaboration entre trois personnalités qui partagent les mêmes valeurs humanistes :

  • Albin et Blanche Peyron, commandeurs territoriaux de l’Armée du salut, sont à l’origine du projet social destiné à l’accueil des personnes en détresse, sans adresse, sans travail, qui ont besoin de retrouver leur dignité et de reprendre leur place dans la société.
  • Winaretta Singer, princesse de Polignac, soutient les artistes, finance le logement social (HBM de la rue de la Colonie) et les initiatives philanthropiques. Sensible  aux courants avant-gardistes de l’architecture, elle est mécène et marraine de ce projet (elle donne 3 millions de francs sur les 8 millions).
  • Le Corbusier et Pierre Jeanneret, qui appartiennent au mouvement architectural moderne voient en ce projet un moyen de mener une réflexion sur la dimension sociale de l’architecture et de l’urbanisme et d’appliquer les principes scientifiques et la technologie qui peuvent améliorer la qualité du bâtiment et le bien-être des résidents. C’est un des premiers projets d’envergure qu’ils réalisent et la première illustration du concept de cité-jardin verticale ou d’unité d’habitation incluant des espaces d’habitation, de travail, de loisir et d’éducation. L’abattement de 40% consenti sur leurs honoraires n’empêche pas un important dépassement financier.

Le terrain choisi est très difficile à aménager : dénivelé important entre la rue Cantagrel et la rue du Chevaleret, forme complexe de la parcelle, réglementation qui limite les hauteurs. Les architectes tirent parti  de la topographie des lieux, ce qui  relève de la prouesse technique : un accès dans chaque rue est prévu, le dénivelé est pallié par l’utilisation de pilotis et la création d’une rue intérieure au niveau bas. Le Corbusier voulait d’ailleurs faire de cet exercice d’adaptation d’un édifice à un programme et à un terrain un modèle destiné à structurer le tissu urbain environnant, accidenté donc difficile à aménager.

Deux ailes, une pour les hommes et l’autre pour les femmes, sont séparées au centre par les circulations verticales. Le bâtiment de 11 niveaux, évoquant l’architecture d’un paquebot, est en ciment armé, avec des planchers et poteaux en béton. La principale innovation est le mur de verre de 1 000 m²  hermétique, placé au sud devant les dortoirs de cinq étages. Il doit laisser pénétrer au maximum la lumière naturelle et réduire les déperditions de chaleur des ouvertures, créant un univers complètement clos, dit  « à respiration exacte » pour désigner l’air conditionné rendu ici indispensable. Le verre utilisé va du transparent au translucide, selon les points de vue. Le dégradé des vitrages en façade permet de lire les différentes fonctions des lieux. Rapidement, le mur rideau s’est révélé impraticable : la climatisation installée n’a pas fonctionné comme prévu, l’air circulait mal et devenait étouffant en été. En 1935, pour aérer, Le Corbusier a été contraint de renoncer au concept de mur hermétique et de percer des  ouvertures coulissantes destinées à l’aération..

Cette « usine du bien » est une véritable cité réunissant, au-delà de l’hébergement de 500 à 600 personnes, les différentes fonctions donnant aux résidents les moyens de se reconstruire : dortoirs, chambres pour mères célibataires, espaces de préparation et distribution des repas, ateliers de travail, lieux de formation et de culte, clubs pour hommes et pour femmes, une crèche, bureaux pour le personnel, sanitaires. Les services sont multiples : dispensaire, vestiaire du pauvre, soupe populaire. Les innovations techniques de l’époque améliorent l’hygiène et le bien-être physique, jugés prioritaires : système très moderne de chauffage et d’évacuation des extractions de cuisine, sols en pente faciles à lessiver, matériaux modernes (carreaux de céramique blanche, verre, acier, brique de verre Nevada). Les architectes veulent donner une image du rôle de la production industrielle. L’équipement est également moderne : ascenseurs, monte-charge, machines à café, chambres froides.

Au cours du XXe siècle plusieurs modifications interviennent :

– En 1948, Le Corbusier assure la restauration du bâtiment fortement dégradé pendant la guerre. Il remplace le pan de verre, soufflé par une bombe en 1944, par des brise-soleils en béton, comme à Marseille et Chandigarh. Des menuiseries en bois sont posées sur une allège qui n’est plus transparente mais maçonnée. Les chambres, devenues moins lumineuses, sont plus intimes et moins chaudes l’été. La façade est ensuite repeinte avec des couleurs rappelant le drapeau de l’Armée du salut : bleu outremer, ocre, rouge.

– En 1975, une nouvelle restauration, sous la direction de P Verrey, reprend la configuration de 1933, sauf pour les allèges On  installe un ouvrant dans la partie médiane des menuiseries en bois de 1952. La façade est repeinte dans les couleurs antérieures. La même année, la Cité de refuge est inscrite au titre des Monuments Historiques.

– En 1978, le Centre Espoir, centre d’hébergement et d’insertion sociale, est bâti par G Candilis et P Verrey sur un terrain voisin. Les niveaux 2 et 3 des deux établissements sont reliés. Dans la Cité de refuge, les anciens dortoirs sont redécoupés en chambres de 8 à 10 personnes.

– En 1988, l’immeuble de la Cité de refuge vétuste, non fonctionnel et ne répondant plus aux normes de sécurité, nécessite des travaux. Il faut, en priorité, remplacer les châssis de bois et refaire l’étanchéité des terrasses. Ces travaux dénaturent les caractéristiques originales du bâtiment en ce qui concerne les menuiseries, les garde-corps des balcons et des terrasses. Les couleurs sont modifiées.

Une restauration collaborative, décidée en 2007, aboutit à la réhabilitation du Centre Espoir (2014) et à la rénovation-restauration du centre de refuge (20015).

Réaménagement concerté à Oudiné-Chevaleret

Capture d’écran 2016-06-30 à 18.38.14Périmètre quartier Bédier-OudinéUn projet construit avec les habitants

Réaménagement du quartier Oudiné-Chevaleret, au sud du 13e arrondissement.   Des actions ponctuelles ont été engagées par Elogie qui a repris en 2013 à la Semidep le patrimoine de logements sociaux que celle-ci  gérait : la rénovation de l’immeuble Chevaleret est lancée. Elle prévoit la création de nouveaux logements, l’implantation d’activités et le relogement du centre social CAF.

En novembre 2015, plus largement, une étude urbaine a été lancée pour définir un projet de renouvellement du quartier. Dans le cadre  d’une nouvelle dynamique d’intervention en faveur des quartiers populaires, la Ville de Paris a décidé de lier ce projet à celui qui est en cours dans le quartier Bédier-Boutroux, au sud du boulevard Masséna.  Le diagnostic dressé pour ces deux secteurs montre en effet qu’ils présentent des similitudes qui permettent de dégager des objectifs communs plus ambitieux et d’assurer une continuité entre territoires.

Ces objectifs, définis par l’arrêté du 12 avril 2016, sont les suivants :

–  désenclavement par création de nouvelles voies, de dessertes locales, par fractionnement des îlots et par ouverture des façades

– renforcement de la mixité sociale par la création de logements intermédiaires ou en accession à la propriété

– renforcement de la mixité fonctionnelle en créant ou repositionnant des activités, en favorisant l’emploi local, en animant les rez-de-chaussée et en développant les liens

– création de continuités végétales avec la petite ceinture et le potentiel paysager existant

– renforcement des liens avec le secteur voisin e inscription du territoire dans la dynamique de l’Arc de l’innovation Paris-Rive gauche

– revalorisation des équipements publics, acteurs de la recomposition du quartier

– réflexion sur la place des immeubles de logement social existants et sur les améliorations à leur apporter.

En 2016, des ateliers  de concertation ont été mis en place : présentation du projet d’aménagement (9 mai), débat avec les habitants (30 mai et 13 juin), synthèse des échanges (29 juin). Ce projet a aussi été présenté le 17 mai 2016 à 15h00 dans une émission radio sur les ondes de monparisfm.com.

Lors de la réunion du 29 juin, le travail des ateliers était restitué, avec des cartes localisant les remarques et suggestions issues du débat. Deux options majeures se dégageaient : conservation totale ou partielle de la barre, avec réhabilitation ou destruction de cette barre qui serait remplacée par des « plots ». Les réactions ont divergé : il y avait ceux qui voulaient retrouver leur environnement et ceux qui voulaient du nouveau. Dans tous les cas il y aurait création d’une nouvelle rue, assurant la desserte locale, et d’un mail. Faut-il reconstruire le gymnase ou donner la priorité à un objectif d’amélioration de la qualité des logements ? Au-delà des choix d’orientation, la concertation a permis  de faire remonter les attentes de chacun et les observations tirées du quotidien (cour peu attrayante, parcours de circulation à améliorer, problèmes de sécurité…).

Une phase de la concertation est terminée. Il faut maintenant définir les orientations du projet définitif, éventuellement en recourant à une consultation des habitants concernés.

Ateliers concertation Oudiné- Synthèse des propositions-juin 2016

À la découverte du quartier Croulebarbe

Plan quartier Croulebarbe-2

Le 24 juin, Pierre Deblock et Daniel Friedmann nous ont fait découvrir le quartier Croulebarbe, leur quartier. Promenade dans l’espace mais aussi dans le temps, car on y a trouvé un condensé d’histoire locale nous menant de Lutèce au Paris d’aujourd’hui. La visite nous a  permis de retrouver les vestiges actuels de cette Histoire.

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◙ Le quartier Croulebarbe était à l’origine rattaché à l’ancien bourg Saint-Marcel, nommé ainsi  en l’honneur  de l’évêque Saint-Marcel qui y a été enterré au Ve siècle. Les pèlerinages qui s’y sont développé aux siècles suivants ont été l’amorce de l’urbanisation dans le 5e arrondissement et au nord du 13e. La vie s’y est organisée autour des paroisses. Les noms de rue rappellent ce passé lointain : sise au 3-7 de l‘actuel boulevard Arago, l’église Saint Hippolyte, datant du XIe siècle et démolie au XIXe siècle, a donné son nom à une rue dont il subsiste une partie aujourd’hui. Le chemin de l’Oursine, devenu la rue de Lourcine (référence aux cendres ?)  évoquerait les nécropoles voisines. C’est maintenant la  rue Broca. La rue des Cordelières rappelle le couvent construit au XIIIe siècle dont il ne reste que quelques vestiges (baies en arc cintré, troncs de colonne et chapiteaux) intégrés dans l’hôpital Broca (anciennement de Lourcine). On a gardé aussi le souvenir du couvent des Dames  anglaises de la rue des Tanneries.

◙ C’est la Bièvre qui a joué un rôle essentiel dans le développement de l’ouest du 13e. La Bièvre était alors  en dehors de Paris et attirait ceux qui recherchaient le calme et la  verdure : les riches Parisiens, mais aussi les congrégations religieuses (Cordelières, Dames anglaises, Dominicains). Sont venues également s’implanter dans son voisinage les activités, chassées du centre de la capitale parce qu’elles étaient sources de nuisance. On appréciait aussi la qualité de ses eaux qui était particulièrement réputée. Parmi les métiers qui s’y sont développés, il y avait les teinturiers dont un sieur Gobelin, installé en 1443, qui a fait souche. Les membres de sa nombreuse famille ont été relayés par bien d’autres, mais c’est leur nom qui a subsisté. C’est ce nom qui a été donné à la Manufacture, fondée par Colbert en 1662, d’abord royale puis nationale, qui a impulsé le rayonnement national et international des métiers d’art (tapissiers, peintres, orfèvres, fondeurs, graveurs, ébénistes). Un secteur de la très ancienne rue Mouffetard est devenu  en 1869 l’avenue des Gobelins. Outre la station de métro qui porte ce nom, on parle volontiers du  « quartier des Gobelins » même si ce n’est pas son nom officiel. Par contre, d’autres  voies ont été rebaptisées, comme la ruelle des Gobelins appelée aujourd’hui rue Berbier-du-Metz. Malheureusement, la contrepartie de cet essor a été pour beaucoup les difficiles conditions de vie et de travail, la misère avec comme lieu emblématique le passage Moret ; et aussi, la pollution irrémédiable de la Bièvre qui entraîné son recouvrement, puis sa disparition totale en 1912.

Sur place, le souvenir de la rivière est partout :

– Le moulin Croulebarbe, cité dès 1214, a été démoli en 1840 mais il a laissé son nom à une rue, à une station de métro et au quartier administratif créé en 1860 (au moment de la constitution du 13e arrondissement).

– Les rues Paul-Gervais et Edmond-Gondinet sont alignées sur les deux bras de la Bièvre sur lesquels elles ont été édifiées à la fin du XIXe siècle

– Les galeries souterraines qui subsistent après recouvrement ne sont pas visibles mais le tracé des rues évoque le parcours sinueux de la rivière

– Le square Le Gall a remplacé l’île aux singes où, enserrés entre des deux bras de la Bièvre, se trouvaient les anciens jardins ouvriers des Gobelins. Aujourd’hui, ce sont les habitants qui peuvent y cultiver les parcelles d’un jardin partagé. Le square a conservé quelques pans des anciens murets bordant la rivière.

– Au XXIe siècle, les anciens métiers liés à la rivière ont disparu, mais la mémoire des lieux subsiste : la grande mégisserie de la rue Corvisart est devenue le lycée professionnel Corvisart des arts graphiques.  Le Palais du peuple de l’Armée du salut, rue Corvisart, et le lycée Rodin, rue des Tanneries, se sont installés à l’emplacement d’anciennes mégisseries .

– Le château de la reine Blanche, rénové en 2000-2002, nous rappelle les nombreux artisans des bords de Bièvre qui s’y étaient installés.

– La manufacture des Gobelins est toujours là. On peut voir ses bâtiments, sa chapelle, la plaque qui rappelle qu’elle a obligation d’entretenir la rivière devant ses bâtiments sur 137 m.

– Un parcours symbolique de la Bièvre a été établi : il donne des repères (regards d’égout, plaques) et des illustrations (sculpture de salamandre de Véronique Vaster au square Le Gall).

– De nombreux documents et des photos entretiennent le souvenir d’une rivière qui a façonné le quartier

◙ Au XXe siècle, après la disparition de la Bièvre, le quartier Croulebarbe a été remodelé : aménagement du square Le Gall, construction du Mobilier National et d’une extension des Gobelins ; puis rénovation urbaine et modernisation  des années 1950-1960. On envisage alors de prolonger l’avenue de la sœur-Rosalie par une véritable autoroute urbaine (les Champs-Élysées de la rive gauche) reliant la porte Dauphine à la place d’Italie qui aurait fait disparaître l’hôpital Broca et une partie du square Le Gall. L’objectif est de moderniser, d’assainir et de remédier à la crise du logement d’après-guerre. Ce plan d’ensemble n’a pas été réalisé mais des constructions et des aménagements sont intervenus.

On peut voir dans le quartier quelques réalisations d’architectes éminents :

– Le Corbusier a construit en 1926 une annexe de l’Armée du salut rue des Cordelières, 29 rue des Cordelières.

 – Les frères Perret ont  édifié le Mobilier National en 1934-1936 au 1, rue Berbier-du-Metz.

– Jean-Charles Moreux a aménagé le square Le Gall en 1938 sur l‘ancien jardin des Gobelins et a confié à Maurice Garnier des sculptures en rocaille.

– Adrien Brelet a été chargé en 1955du plan d’aménagement du quartier Croulebarbe. Son 2e projet prévoit une importante innovation : la construction de trois tours.

– Adien Brelet et André Le Donné ont construit de 1954 à 1957 un groupe d’immeubles HLM entre la rue Croulebarbe et le boulevard Blanqui

– Édouard Albert a édifié en 1960, au 31 de la rue Croulebarbe, la première tour de Paris, «  la Tour n°1 ». La tour Albert est la première de l’ensemble de trois prévu par le plan Brelet. Les deux autres tours sont situées au 42-52 rue Corvisart(1961)  et entre la rue Émile-Deslandres et le boulevard Arago (1969).

À lire :

– Gaston Digard, Le quartier Croulebarbe, éd. Municipales, 1995, 71 p.

, Simon Texier Le 13ème arrondissement : Itinéraires d’histoire et d’architecture, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 2000, 143 p.

– Renaud Gagneux, Jean Anckaert, Gérard Conte, Sur les traces de la Bièvre parisienne : promenades au fil d’une rivière disparue, Paris, Parigramme, 2004, 156 p.

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Mundo-Montreuil pour l’innovation sociale… et immobilière/financière !

Le Mundo-Montreuil

Le Mundo-Montreuil

L’originalité du nouvel immeuble de l’avenue Pasteur ? 1850 m² de bureaux spécialement destinés aux acteurs de l’Économie sociale et solidaire et du progrès social. Les associations, coopératives, entreprises y trouvent des emplacements à loyer modéré mais aussi des services mutualisés (imprimantes…) et surtout des espaces communs : salles de réunions, espaces de travail collectifs, tisaneries pour la pause. Autant de lieux où tous les occupants peuvent se croiser, échanger, découvrir de nouveaux projets.

Ainsi le « Mundo-Montreuil » se présente comme un immeuble entier de locaux d’associations, aux moyens de prix de location réduits ! La situation peut surprendre, surtout lorsque l’on est habitué aux opérations d’immobilier commercial, financées sur la base de loyers grimpant en flèche, portés par la spéculation. Dès lors, qu’est-ce qui a permis le montage d’un projet si particulier ? Une part de réponse peut être trouvée dans un modèle alternatif proposé par l’entreprise « étic, foncièrement responsable ». Il s’agit de la branche française d’une initiative anglaise « Ethical property » qui depuis 30 ans poursuit un double objectif :

  • D’une part, proposer aux investisseurs des produits d’investissement en immobilier, respectant leurs valeurs de respect de l’environnement, d’innovation sociale et de solidarité.
  • D’autre part, les bâtiments ainsi financés et construits répondent aux difficultés que rencontrent les associations engagées dans ces mêmes causes pour trouver des locaux à loyer modéré tout en maintenant des conditions de travail agréables.

En France, étic a impulsé et suivi plusieurs projets immobiliers. Chacun présente un montage propre, porteur de diverses solutions permettant d’offrir des loyers modérés. L’opération du Mundo-Montreuil est particulièrement intéressante car pour la première fois, étic est intervenue à toutes les étapes du projet. Tout d’abord, le financement du projet a rassemblé, dans une SCI créée pour l’occasion, étic (et ses 45 actionnaires) ainsi que C’développement et la Caisse des Dépôts et Consignations. La particularité des actionnaires d’étic ? Ils sont prêts à accepter une rentabilité limitée de leurs actions pour voir leur capital investi dans une opération « éthique ». Ces différentes sources de financement offrent l’effet levier nécessaire pour obtenir un prêt bancaire.

Le projet du Mundo-Montreuil a également bénéficié de l’aide de la ville de Montreuil qui a cédé le terrain à un prix réduit. Néanmoins, une telle situation n’est pas systématique et ne constitue pas une condition pour le montage des projets d’étic.

Après avoir suivi les travaux de construction et de rénovation, étic prend en charge l’exploitation de l’immeuble. Il s’agit de gérer au quotidien les services utiles au bon fonctionnement des associations, coopératives et entreprises. Dans un objectif de maîtrise des coûts, ces services ont fait l’objet d’un arbitrage pour se concentrer sur les besoins essentiels des locataires.

étic se charge également de trouver les futurs occupants du Mundo-Montreuil. Leur principal souci est de dénicher des acteurs qui partagent le même esprit et avec qui la cohabitation se déroulera sans heurt. Comme toute opération immobilière, l’équilibre économique du Mundo repose essentiellement sur l’occupation de l’intégralité des locaux.

Ainsi, le Mundo-Montreuil a été l’occasion pour l’entreprise étic de montrer de multiples innovations dans le montage et la gestion du projet visant à offrir une alternative à la spéculation immobilière. Il sera intéressant d’observer l’évolution à terme d’étic ainsi que de la ruche bourdonnante d’activité que doit devenir le Mundo.

Si vous voulez participer à cette aventure, il reste encore des emplacements libres au Mundo-Montreuil.
Pour plus d’information, contacter : Clémence Latournerie, étic, responsable Ȋle-de-France, 01 80 89 47 70 – Site internet

Hélène Richard

Réinventer Paris avenue d’Italie : un projet innovant

Le projet atelier d’architecture autogérée est dénommé Wiki Village Factory (WVF)

Le projet de l’atelier d’architecture autogérée est dénommé Wiki Village Factory (WVF)

La Ville de Paris a présélectionné trois projets pour chacun des 25 sites de l’opération Réinventer Paris. Rappelons qu’il s’agit de réaliser, sans dépense publique, des programmes « innovants » sur des terrains appartenant à la collectivité. Un jury international départagera prochainement les candidats encore en lice.

Compte tenu des conditions du concours, peu d’informations circulent. Mais Ada 13 a pu rencontrer le cabinet aaa (atelier d’architecture autogérée) qui a déposé une proposition pour l’avenue d’Italie, sur l’espace compris entre l’avenue et le centre commercial.

L’aaa se veut être une plate-forme collective d’exploration, d’action et de recherche autour des mutations urbaines et des pratiques culturelles, sociales et politiques émergentes de la ville contemporaine. Elle souhaite favoriser la participation des habitants à l’autogestion des espaces urbains délaissés, et contourner les stéréotypes par des projets réversibles.

Le projet de l’atelier d’architecture autogérée est dénommé Wiki Village Factory (WVF). Il est proposé en partenariat avec REI France, la Nef, étic, le groupe SOS, enercoop, biocoop, terre de liens, Jardins de Cocagne, Habitats Solidaires, le 6b, étamine, Oregon, Écodesign Fab Lab, Macogep, Canada et Massachusetts Institute of Technology (MIT), États-Unis. Il s’agit de réunir des organismes d’innovation sociale dans un bâtiment participatif et autogéré.

Les activités proposées sont l’agriculture urbaine, l’apiculture, le recyclage et la réparation (notamment avec des imprimantes 3D), les circuits courts, l’entreprenariat social, une crèche, des restaurants (où seraient proposés les produits cultivés sur place) etc. Chaque programme disposerait d’un accès en rez de chaussée.

Les bâtiments comporteraient quatre étages dans la partie Nord mais seulement deux dans la partie Sud afin de ne pas gêner les habitants de la tour Béryl. Un passage piéton serait réservé entre WVF et l’ensemble Galaxie.

Ada 13 est séduite par ce projet réellement innovant et qui associe des partenaires attachants. Cela nous paraît aller dans la direction de la ville que nous souhaitons pour demain.

Projet-AAA-WVF

Le nouveau stade olympique de Tokyo,
« un éléphant blanc » japonais

Lorsque l’architecte irako-britannique Zaha Hadid remporta le concours international pour un nouveau stade olympique de 80.000 places pour les JO de Tokyo de 2020, rien ne présageait que les choses prendraient une telle tournure. Et pour cause, son projet semblait le mieux correspondre aux nouvelles attentes du cahier des charges du CIO pour le stade : une capacité de 80.000 spectateurs, un toit rétractable, mais surtout un stade avec une excellente performance environnementale, réutilisable, et qui s’intègre dans le contexte urbain.

Mais dés la fin 2012, après avoir été accepté, le projet a du faire face à de vives critiques d’architectes (qualifiant le stade de « monstruosité de 80.000 places »), de l’opinion publique et des politiques, à propos de son esthétique et de son coût. Ce mouvement d’opinion pris ayant de plus en plus d’ampleur, le premier ministre Shinzo Abe a ordonné le 17 juillet 2015 l’abandon du projet et a lancé un nouvel appel d’offres.

Les raisons de la contestation du projet,
et de sa remise en cause

Le premier problème qui est apparu assez rapidement est celui du prix. Alors qu’en 2012 le stade devait coûter 946 millions d’euros, le Conseil japonais des sports (JSC) a révélé le 7 juillet 2015 que le stade devrait coûter 1,9 milliard d’euros, bien plus que n’importe quel stade olympique. Ce prix a été justifié par le dirigeant du JSC, Musao Yamazaki, par le fait que seules quelques entreprises peuvent le réaliser. Le cabinet de Zaha Hadid rétorque que cette augmentation ne peut pas découler du design car les matériaux et les techniques utilisés sont connus.

Le coût annoncé, ainsi que l’opacité entourant le projet, ont déplu aux Tokyoïtes, qui y ont vu un nouvel exemple d’échange secret entre politiciens, bureaucrates et businessmans. Ils leur reprochent d’utiliser des moyens très importants pour le stade, alors que les zones détruites par le séisme et le tsunami de mars 2011 doivent encore être reconstruites. De plus, le gouverneur de Tokyo, Yoichi Masuzoe, n’a pas voulu contribuer au financement du stade (à hauteur de 371 millions d’euros) comme l’avait exigé le gouvernement national.

Enfin, les raisons de la contestation sont d’ordre esthétique et urbanistique. En effet, alors que le projet a été sélectionné par un jury présidé par l’architecte Tadao Ando, un collectif de plusieurs architectes, les « Gardiens du Stade national » s’est formé en 2014 pour protester contre « la monstruosité de 80.000 places ». Le qualifiant « de casque de vélo », moquant sa forme sur Internet en parodiant le stade en WC ou en grille-pain. Si les raisons esthétiques et urbanistiques ont largement été utilisées, le fait que l’architecte du stade ne soit pas japonais a aussi bien sûr déplu aux Gardiens du Stade national.

De plus, la destruction du stade national pour construire le stade olympique, son impact environnemental sur le quartier vert des jardins extérieurs du sanctuaire Meiji, ont fortement déplu aux architectes. Et les tokyoïtes, qui utilisent ces espaces comme lieu de promenade sont également montés au créneau. Finalement, l’impact environnemental a été jugé préoccupant à un moment où Tokyo souhaite organiser des JO verts, en contradiction avec les faibles mesures prises par le Japon pour la COP-21.

Et maintenant ?

Des sportifs médaillés comme Yuko Arimori ont critiqué le projet, des manifestations ont été organisées, et même si les partisans du projet continuent à le défendre, que va-t-il se passer ? Le cabinet de Zaha Hadid a fait connaître son agacement et sa profonde déception, mais n’a pas décidé pour le moment d’engager une procédure. Un nouvel appel d’offres a donc été lancé, comme l’a annoncé le ministre des sports Hakubun Shimomura, avec pour objectif de choisir un nouveau projet en janvier 2016, parmi les architectes japonais, et de terminer ce nouveau stade d’ici au printemps 2020.

Malheureusement, cette échéance implique que le Japon ne pourra finalement pas accueillir la coupe du monde de rugby de 2019, et la fédération de rugby a exprimé « sa profonde déception » en attendant des précisions.

Si, comme le rappelle un éditorial du 18 juillet dans le journal de centre gauche Asahi, « la pagaille autour du stade révèle la réalité de la politique japonaise : les gens au pouvoir agissent pour eux en usant de leur influence », ce stade olympique est un autre exemple « d’éléphant blanc ». Ces projets controversés pour des raisons plus ou moins claires, le plus souvent financières, comme le Centre des Congrès de Lyon ou l’EPR de Flamanville. Cependant, si la tendance aux « éléphants blancs » semble à la baisse en France, cet exemple japonais doit rappeler que nous ne sommes pas à l’abri d’un tel imbroglio.

Forestier Arnaud.
Étudiant à l’Institut français de géopolitique

Le Corbusier dans le 13ᵉ arrondissement
La péniche Louise-Catherine (1929-1930)

La péniche Louise-Catherine (1929-1930) - Photographie : J.-F. E.

La péniche Louise-Catherine (1929-1930) – Photographie : J.-F. E.

♠ La péniche a été construite en 1919 pour alimenter Paris en charbon à partir de Rouen. Elle est alors appelée « Liège ». Elle est construite en béton en raison de la pénurie d’acier dans cette période, est longue de 70 m et large de 8 m, et elle pèse 700 tonnes.

♠ Désaffectée après guerre, la péniche est alors transformée en asile flottant, après avoir été rachetée en 1929 par l’Armée du Salut. Elle est baptisée « Louise-Catherine » du nom de Louise-Catherine Breslau, peintre et amie de Madeleine Zillhardt qui a financé le projet et de la princesse Singer de Polignac, mécène de l’Armée du Salut qui impose Le Corbusier, déjà engagé dans le projet de la Cité de refuge. Celui-ci, amateur de cargos, y aménage trois « nefs » où sont installés des dortoirs de 64 places chacun avec autant de casiers de rangement, un réfectoire de 36 places, une cuisine, des sanitaires, deux appartements pour le directeur et pour le marinier, un jardin suspendu. La surélévation du pont permet d’éclairer et de ventiler le corps du navire où sont installés à chaque extrémité les deux dortoirs, séparés par un bloc de service. L’architecte crée des soupentes pour casser les volumes, et il érige 36 poteaux en ciment armé qui portent le toit-terrasse et libèrent les façades de leur fonction porteuses selon un qui principe sera repris dans la maison « Dom-Ino ». Cet aménagement est en effet l’occasion d’expérimenter des théories de Le Corbusier qui seront développées par la suite. On peut noter aussi que les mesures de la péniche sont calées sur le futur Modulor qui servira à déterminer la structure et la taille des unités d’habitation.
La péniche doit accueillir des personnes en difficulté et servir l’été de colonie de vacances. La Louise-Catherine, inaugurée le 1er janvier 1930, connaît plusieurs emplacements sur la Seine : au Pont des Arts, à Saint-Germain-en-Laye puis au Pont d’Austerlitz. Elle est utilisée jusqu’en 1994 où elle est fermée pour des raisons de sécurité, la coque prenant l’eau.

♠ Après quelques années d’incertitudes, la péniche fortement délabrée est finalement revendue par l’Armée du Salut en 2006. L’association Louise-Catherine veut en faire un centre dédié à l’architecture. La restauration en a été confiée à l’agence Acyc. L’objectif de l’association Louise-Catherine, créée pour l’occasion, est de préserver et de faire revivre cette œuvre, emblématique de la modernité du 20e siècle et de « l’Esprit nouveau » et de rendre visible et lisible la péniche depuis les quais, le pont d’Austerlitz, les bateaux-mouches et le métro aérien. La restauration consiste à aménager trois nouvelles nefs en béton et de nouveaux accès, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Pendant la durée des travaux, une structure métallique nommée Springtechture, réalisée par l’architecte Shuhei Endo, doit envelopper la péniche. C’est un gigantesque ruban métallique flottant, composé de trois séquences. La restauration est soutenue par la Drac, la Fondation Le Corbusier, la mairie de Paris et celle du 13e. Un appel à projets a été lancé par Ports de Paris désireux d’animer cette partie des berges.
Au moment de l’acquisition un état des lieux a été dressé par Michel Cantal-Dupart, président de l’association Louise-Catherine : examen de la coque pour sauvegarder la barge et identification des éléments d’origine (2 châssis, l’escalier principal, les soupentes, les placards, les poteaux).
La péniche doit devenir non seulement un lieu d’accueil, de rencontres et d’exposition sur l’architecture et sur Le Corbusier mais doit aussi rappeler son histoire.

Cinq patrimoines doivent être mis en valeur :

  • La barge en béton. Elle doit rendre visible la structure du bâtiment et permettre une lecture de l’histoire technique des bateaux en béton, une réflexion sur la rencontre entre construction navale et béton armé.
  • Le nom « Louise-Catherine ». C’est un hommage aux grandes figures des bienfaitrices, de l’Armée du Salut.
  • L’œuvre de Le Corbusier. Il s’agit de remettre en valeur l’aménagement de 1929 en rétablissant la lumière grâce à la restauration des châssis et guillotines, en retrouvant les couleurs d’origine et la perspective des 3 nefs (par enlèvement des ajouts), en restaurant l’inscription Louise-Catherine, le mât, les escaliers et soupentes, les casiers et placards, en réinstallant les cloisons, en terminant le jardin-suspendu jamais achevé.
  • La solidarité 1929-1994. L’histoire des 65 ans d’accueil des « sans-adresse, sans-repos, sans-taudis » doit faire l’objet d’une exposition d’archives de l’Armée du Salut (journaux, photos, films…).
  • Le patrimoine du futur « créer dans le créé » 2013-2023-3033. La Louise-Catherine synthétise les vingt premières années de travail de Le Corbusier selon M. Cantal-Dupart. C’est un point d’appui pour la réflexion, l’étude.

Ce « bateau-savoir » témoignera donc de l’histoire du lieu, sera un lieu d’exposition, de rencontres, d’information, d’éducation. Des partenariats doivent être établis avec des écoles et des universités : chantiers-écoles, formation qualifiante sur « la promotion du fleuve »… Ce sera un lieu culturel consacré à l’architecture fluviale : photos, vidéos, installations, et interventions d’artistes, inventions scénographiques.


Bibliographie

  1. L’asile flottant de l’Armée du Salut 1929-1930. Gilles Ragot, Mathilde Dion, Le Corbusier en France, Le Moniteur, 1997, p. 44.
  2. La Louise-Catherine : la péniche Le Corbusier. Décembre 2008, 20 pages.
  3. Aurélie Jacques, La péniche secrète de Le Corbusier. Inouï. C’est en réalisant cette œuvre que l’architecte a mis au point nombre de ses théories. Le Point, 18 octobre 2012.
  4. « Louise-Catherine » et Le Corbusier sont dans une péniche, Le Monde, 11 avril 2013.
  5. Olivier Flandin, La péniche en béton de Le Corbusier devient un centre sur l’architecture. Le Monde, 23 mai 2013.
  6. La péniche en béton de Le Corbusier transformée en centre d’architecture sur le quai d’Austerlitz. 28 mai 2013.
  7. Christophe Riedel, Péniche Le Corbusier restaurée : automne 2015. Parallèles potentiels, 20 octobre 2014.
  8. Édito, vidéo photos « 1919-1920 », « aujourd’hui », « demain » sur le site de Louise-Catherine SAS.
  9. Michel Cantal-Dupart, Avec Le Corbusier. L’aventure du « Louise-Catherine ». CNRS éditions, 2015.

Jean Walter et les Z : deux livres d’aventures à découvrir

Jean-Pierre Clerc, Jean Walter & Zellidja, ou le devenir-homme, éd. Kéraban, 2010, et Z, dix mille voyages initiatiques, éditions Barakah, 2011.

Zellidjalogo

L’auteur, habitant du 13e, ancien Zellidja et ancien journaliste du Monde, commence par nous conter la vie de Jean Walter. On connaît en tant qu’architecte le parcours de celui qui a débuté avec les maisons jardins, comme celles de la pittoresque « Petite Alsace » nichée dans la pente de la rue Daviel. Il s’est aussi illustré dans l’architecture hospitalière qu’il a contribué à renouveler. Son nom, associé à celui de Paul Guillaume, évoque par ailleurs la belle collection de tableaux impressionnistes rassemblés au musée de l’Orangerie. On sait moins que, jeune homme aventureux, il a sillonné à bicyclette les routes d’Europe ; convaincu du rôle pédagogique d’expéditions, menées dans la prime jeunesse avec un objectif de découverte qui va bien au-delà d’un simple voyage touristique, il a voulu en faire bénéficier des jeunes de 16 à 20 ans, en leur accordant une bourse, volontairement modeste. Il fallait partir seul, se débrouiller et, au retour, rendre un compte-rendu écrit. Les boursiers apprenaient à écouter, à voir, à être responsables et à prendre confiance en eux.

Jean Walter a pu financer ces bourses, grâce aux gains considérables réalisés dans l’exploitation d’une mine de plomb située au Maroc au lieu-dit Zellidja. C’est donc ce nom qui a été donné à la Fondation qu’il a créée en 1951. C’est ce même nom qu’a pris l’association constituée par des anciens « Z » pour se retrouver, s’entraider et faire connaître le dispositif aux générations postérieures. Grâce à leur conviction et à la satisfaction d’avoir pu vivre une telle expérience, Zellidja a pu survivre, malgré de nombreuses péripéties et, après 1968, une interruption de quelques années.

Au 60 de la rue Regnault, dans le 13e, est installée l’association Zellidja : vous pouvez vous y procurer ces deux livres qui relatent la genèse et l’évolution de la Fondation et de l’association Zellidja. Le dispositif d’origine s’est adapté en cours de route : le terrain d’aventure, d’abord métropolitain, s’est rapidement élargi au vaste monde ; les rapports de voyage font désormais appel aux multimédias ; le recrutement s’est démocratisé ; et, surtout, les jeunes filles y ont été « admises » et sont devenues largement majoritaires.

Ces livres nous font découvrir la richesse des expériences privilégiées dont ont bénéficié plus de 10 000 boursiers, et montre leur esprit de solidarité, l‘esprit « Z ».

www.zellidja.com